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Frédéric Zeitoun, l’enchanteur à roulettes double la mise

Michel Fugain et Frédéric Zeitoun (photo non créditée)

Michel Fugain et Frédéric Zeitoun (photo non créditée)

Frédéric Zeitoun a consacré toute sa vie à la chanson, écrit pour de nombreux artistes plutôt classés variété, d’Enrico Macias à Louis Bertignac, Hugues Aufray, Zaz et bien d’autres. Il a aussi prêté sa plume d’humoriste et parodiste à Jacques Martin ou Laurent Gerra. Mais je me souviens surtout de ses chroniques sur France 2 le matin où il dégageait un fort capital de sympathie. Ses publications sur la chanson nous disent que toutes les chansons ont une histoire… La sienne fut un peu compliquée, et l’incita à écrire des textes sur ses souvenirs d’enfance et son parcours dont il a si bien tiré parti.

« L’histoire enchantée du petit juif à roulettes » comme il l’a lui-même nommée avec beaucoup d’autodérision – C’était pas gagné, nous dit une de ses chansons – et dont est extrait un album, tout comme En chanteur, son spectacle de 2017-2018 méritent à eux seuls de figurer à notre… palmarès des chansons. Il y invitait déjà de nombreux artistes à venir chanter en duo avec lui.

D’où l’idée de l’album Duos en solitaire, où il reprend six chansons du précédent. Il nous incite encore une fois à penser, par la sincérité dont il fait preuve, par sa finesse d’écriture, que les plus universelles des chansons sont aussi les plus personnelles. La chanson homonyme conclut avec humour sur la nécessité d’un tel album : « Comme le CD est décédé / Sans un duo point de salut (…) Souviens toi de Stephan Eicher [entendre et Cher] (…) et Salvatore et Adamo (…) Moi le duo que je préfère / C’est un duo en solitaire ».

Une des qualités principales de Frédéric Zeitoun semble être la fidélité, et les artistes auxquels il s’est intéressé lui rendent bien cette amitié. Il y a d’abord son éditeur, Gérard Davoust, qui publiait son premier 45 tours chanson, toujours à ses côtés, qui lui a suggéré ce disque de duos.

Duo-En-SolitaireAznavour, compositeur de Bien au contraire. L’entendre en duo sur ce premier morceau de l’album, quelques mois avant sa disparition, avec cette patte musicale si reconnaissable, et sa voix toujours vibrante, expressive, est particulièrement émouvant : « C’est le manque qui se cache à chaque coin de mots / Au détour d’une rue, d’un air à la radio (…) Et tout le temps qui passe ne fait rien à l ‘affaire, bien au contraire ». Cette chanson reprise de l’album précédent a été écrite au décès du père de Frédéric Zeitoun. Inconsolable, il lui promet pourtant vaillamment : « Je vais continuer comme tu me l’as appris / A me tenir debout, à remercier la vie ». La philosophie de toute une existence.

D’ailleurs, La vie continue, comme il nous le chante avec Lynda Lemay, « Comme on n’a jamais pu arrêter le manège / Des flocons désuets d’une boule de neige ». Même message, dans une version très swing, la Politesse du désespoir avec Sanseverino.

Autre type d’absence, moins dramatique, mais douloureuse, que celle de l’être aimé qui n’aime plus, pour laquelle Zeitoun crée ce néologisme si parlant, Je ne désaime pas, avec et sur la musique de Michel Fugain.

Fidèles encore, les Grhenassia père, Enrico Macias, dont il a fait première partie à l’Olympia en 2016, et qui participait déjà au précédent album. Il mène cette fois-ci la danse au son des castagnettes, sur ces souvenirs de Vacances chez Franco, en lieu et place de Chico et The Gypsies, « vacances de blaireau » mais pleine de souvenirs merveilleux et d’innocence.

Et fils, qui a composé la musique de cette « J’ai appris de la vie, mieux que d’un tableau noir cet instinct de survie qu’on appelle l’espoir » chantée avec Yves Duteil, deux voix, deux visions de la vie qui se croisent.

L’album mêle habilement les styles, sur fond d’accompagnement piano-accordéon, guitares et contrebasse ajoutant parfois leur ponctuation. L’humour est toujours présent, drôlatique en mode bal popu sur Le pot de départ à la retraite et sa chute inattendue, où Oldelaf fait merveille. Marie-Paule Belle prête sa verve au Monsieur de la télé, satire aiguisée sur un rythme endiablé qui lui va bien.

On ne s’ennuie jamais musicalement, chaque artiste apportant son empreinte, en dialogue sur fond de reggae avec Doc Gynéco : « Personne n’est comme tout le monde / Personne n’est comme Personne » qui répond à l’injonction parentale « dans la vie faut qu’tu te fondes ». En rythmes caribéens avec Philippe Lavil sur Fromage ou dessert sur les choix et renoncements de la vie. Ou en blues avec Manu Dibango. Et la voix de Zeitoun, grave, douce et bien placée, est bien agréable à entendre.

Un disque merveilleusement consolant, réjouissant malgré les aléas de la vie, pour conserver toujours [sa]Bonne étoile.

 

La page facebook de Frédéric Zeitoun c’est ici.
Il sera le 28 avril 2019  à 21 h au festival Georges Brassens à Vaison la Romaine, le 7 juin au Festival Notes en vert à Périgny en Poitou Charentes et le 16 juillet à Lablachère en Ardèche.

Extrait de Bien au contraire avec Charles Aznavour
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Avec Michel  Fugain, Je ne désaime pas à l’Alhambra
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D’autres extraits
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