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Boucan d’enfer !!!

Boucan, loin d'un doux clapotis (photo de presse non créditée)

Boucan, loin d’un doux clapotis (photo de presse non créditée)

On peut légitimement craindre le pire au moment de glisser dans son lecteur le premier CD d’un groupe nommé Boucan. Ne risque-t-on pas de se farcir une galette post-punk, certes débordante d’énergie, mais ô combien fatigante pour nos pauvres oreilles qui, après tous ces festivals gorgés d’électro-pop sautillant, n’aspirent plus qu’à écouter du Salvador susurré par Carla Bruni ? Toutefois, dans le trio qui compose ledit groupe, il y a Mathias Imbert, alias Imbert Imbert, qui a toujours su nous faire vibrer par sa poésie urbaine et sa contrebasse. Les deux autres sont certes moins connus (Brunoï Zarn et Piero Pipin), mais si ce sont des potes à Mathias, c’est qu’ils sont bons ! D’autant que le disque a été réalisé par John Parish himself, mythique producteur anglais. Que du beau monde, quoi.

Il ne nous faudra d’ailleurs pas attendre la fin du premier morceau pour être sous le charme. Un banjo lancinant, une contrebasse qui martèle le tempo, des paroles mystérieuses (Les femmes étranglent tendrement jusqu’à donner la mort), une ambiance bastringue, une touche de cuivre au final…. Un côté Négresses vertes ou Fils de Teuhpu en moins joyeux. Jouissif. Dès le deuxième morceau, on bifurque pourtant vers autre chose, avec cette longue intro jazzy de trois minutes et demie, qui débouche sur une mélodie comme Blankass aurait pu nous pondre. Et on pourrait continuer ainsi pour chaque titre, Boucan ayant absorbé et digéré de multiples influences, de Tom Waits à Captain Beefheart, pour en fin de compte nous offrir un disque unique, au son qui ne ressemble à aucun d’autre.

« Ça va déborder », nous préviennent les trois comparses. « La sève des arbres / Les montées de lave / Les crachats de l’âme / Les passions sauvages ». Comment pourrait-il en être autrement, tant la liberté seule semble les avoir guidés ? Boucan sort des cadres, brise les carcans, fracasse les attentes, fait péter le son. L’improvisation, on le devine, a dû présider à la confection des chansons : les musiques sont signées collectivement « Boucan », sans compositeur attitré. On en goûte l’urgence et en savoure le partage, non sans admiration pour tant de panache.

DeborderGroupe musical avant tout, les paroles minimalistes – de la plume de Brunoï Zarn ou de Mathias Imbert – vont à l’essentiel. Est-il besoin, pour évoquer la migration, d’en dire davantage que « Les cadavres à la mer / Nos hontes à la dérive / Dans le vent de l’ouest » ? Ou pour résumer l’humanité que « Parce que derrière la couleur de la peau / Dessous les pagnes et les soutanes / Derrière les djellabas, les drapeaux / C’est la mort qui ricane » ? Voici d’ailleurs Boris Vian qui fait son apparition, avec son Temps de vivre (L’évadé), métamorphosé, en accord parfait avec l’anticonformisme du chantre de Saint-Germain-des-Prés. Citons encore Ari Zone A, superbe morceau instrumental, qui débute comme du Ibrahim Maalouf pour s’achever sur un rythme tribal fait pour le pogo. Coup de foudre aussi pour La question des secondes, qui clôt l’album, morceau apaisé et planant, qu’un Higelin aurait pu chanter jadis. Mais mettre en exergue l’un ou l’autre titre n’a guère de sens, tant l’album est d’une cohérence sans faille et s’écoute d’une traite, avec l’envie immédiate de récidiver dès les dernières secondes.

Boucan fait de la chanson avec l’esprit jazz, du jazz avec l’énergie du rock, du rock avec la liberté du punk. Alors on ouvre son esprit autant que ses oreilles, on découvre, on tombe amoureux et on répand la bonne nouvelle. Comme on dit chez les jeunes, faites du bruit pour Boucan !

 

Boucan, Déborder, L’Autre Distribution, 2019. Le site de Boucan, c’est ici.
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2 Réponses à Boucan d’enfer !!!

  1. Franck Halimi 5 septembre 2019 à 12 h 00 min

    Heu… avec un papier comme celui-là, je me tire immédiatement du boulot et cours l’acheter…

    Répondre
  2. seraille 5 septembre 2019 à 14 h 11 min

    Waou, quel beau papier pour un Boucan qui va vite arriver sur ma platine… J’aime !

    Répondre

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