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Un dimanche à Clavel : AnneliSe Roche et Coline Malice

Coline Malice et AnneLise Roche

Coline Malice et AnneLise Roche (photo Anne-Claire Roudeix)

17 novembre 2019, Théâtre Clavel, Paris 19e,

 

Un dimanche par mois, les amateurs de chansons se retrouvent au Théâtre Clavel pour une programmation pointue mêlant artistes confirmés et jeunes talents. Nous y étions pour AnneliSe Roche et Coline Malice.

C’est AnneLise qui ouvre la piste. Ceux qui ont eu la chance de l’entendre à Pourchères ou sur la scène ouverte de Barjac en 2019 se souviennent de moments de grâce. Très peu d’effets de mise en scène, pas de cris ou d’effusions. Tout est sur le fil, mais les paroles scandées ou chantées dans un filet de voix touchent les spectateurs au cœur. Par la maturité du propos tout d’abord, lorsqu’elle évoque tous les instants, petits bobos et grands renoncements, qui forgent la relation entre les parents et les enfants. En écho à « l’amère (la mère ?) responsabilité » parentale, un enfant exhorte les adultes au refrain : « Pardonnez-nous nos enfances »…La pirouette finale, savoureuse, séduira les amateurs de bons mots. La chanson Maryline est aussi une fable puissante sur la façon dont les filles sont parfois dépossédées de leur corps dans les cours d’école, puis plus tard au sein de certaines familles. A l’écoute de cette chanson, on songe à Anne Sylvestre. Pour la progression implacable des refrains et la forme de fable que semble affectionner AnneliSe. On comprend mieux un peu plus tard, lorsqu’elle précise qu’elle a beaucoup écouté petite les histoires de sa mère, conteuse.

(photo Anne-Marie Panigada)

AnneLise Roche (photo Anne-Marie Panigada)

D’ailleurs c’est en conteuse qu’elle nous invite, au début du concert, à entrer dans ce que l’on devine être la maison de son enfance. A chaque pièce sont associées des odeurs, des couleurs, des morceaux d’enfance minutieusement racontés, et qu’elle ne pourra plus retrouver que par la force de la mémoire une fois devenue adulte, lorsqu’elle ne sera plus que de passage occasionnellement dans cette maison familiale. Elle prendra également le temps de faire un détour pour chanter Mon enfance de Barbara et Comme un petit personnage de Sempé d’Anne Sylvestre (encore elle !), qui disent si bien la fragilité de l’enfance et ce sentiment de ne pas être tout à fait dans le courant de la vie. Elle reprendra ces chansons sans se démarquer de ses aînées mais avec une voix chaude pourvue d’agréables moelleux dans les basses. Pierre Chéneau l’accompagne ce jour-là à la guitare avec beaucoup de finesse, tandis que sur certaines chansons AnneliSe ajoute des notes de clarinette ou de piano. Nul doute qu’elle va continuer son chemin de chansons, fragile mais incarnant pourtant si bien la force du verbe et de la poésie. Elle va sortir prochainement un premier album.

(photo Anne-Marie Panigada)

Coline Malice (photo Anne-Marie Panigada)

Avec Coline Malice, changement de registre et d’énergie. On est à mi-chemin entre la gouaille façon titi parisien, les chants gitans et la belgitude des choses, pour cette belge auvergnate d’adoption. L’accordéon diatonique en bandoulière, Coline fait des clins d’œil à la cantonade et bouscule un peu l’auditoire avec mégaphone ou cajon lorsque la nécessité de marquer le rythme se fait sentir. Elle alterne les registres, Coline. Côté pile, l’urgence écologique avec cette histoire de Terre qui se met à ralentir, puis à s’arrêter, avant de se remettre à tourner puisque les hommes n’ont pas perdu espoir. Ou cette chanson Tarek, mise en musique après les attentats de 2015, qui raconte ces deux jeunes gens « plus qu’amis, pour un quart amoureux », que l’islamisme du jeune homme finira par éloigner définitivement. Ou encore le titre Et toi, qui invite chacun à résister, dans les traces d’illustres ainés comme Rosa Parks ou Nelson Mandela. Côté farce, la chanson Poulidor où elle s’agace avec humour d’être l’éternelle deuxième dans tous les domaines de la vie. Dans L’île déserte, chanson également drolatique, elle s’amuse à lister tout ce dont elle aurait besoin sur une île déserte…tant et si bien que l’île est à la fin remplie d’objets inutiles et de gens (et même d’un chien !). D’ailleurs les objets semblent la tracasser puisqu’elle nous encourage dans la chanson Le syllogomane à libérer nos esprits en nous débarrassant de tous ceux qui nous sont inutiles et dont on hésite toujours à se séparer. Sa plume sait aussi se faire mélancolique lorsqu’elle évoque dans Le p’tit Italien, les histoires d’amour qui se font ou se défont dans ce petit restaurant de quartier. On ne sera pas surpris lorsqu’elle entonnera avec fougue L’accordéon désaccordé d’Higelin. A la fin du concert, on aura ri (beaucoup) et été touché par la diversité des thèmes abordés. Et resteront dans l’âme pour les spectateurs une générosité et une joie immense d’être sur scène. Et l’envie peut être d’aller siffler, là-haut, les chansons de Coline.

 

Le facebook d’AnneLise Roche, c’est ici ; ce que NosEnchanteurs a déjà dit d’elle, c’est là. Le site de Coline Malice, c’est ici ; ce que NosEnchanteurs a déjà dit d’elle, c’est là.

La programmation à venir du Théâtre Clavel : Alissa Wenz le 15 décembre 2019, Missonne le 12 janvier 2020, Nicolas Duclos le 2 février, Natasha Bezriche le 8 mars, Coko le 5 avril, Claude Semal le 26 avril, Ben Herbert Larue le 17 mai.

AnneLise Roche : Image de prévisualisation YouTube

Coline Malice : Image de prévisualisation YouTube

Une réponse à Un dimanche à Clavel : AnneliSe Roche et Coline Malice

  1. Hudin Cristine 30 novembre 2019 à 9 h 03 min

    Super article, où l’on ressent la belle ambiance chaleureuse et hyper-sensible que les deux jeunes femmes ont apportée ! Merci NosEnchanteurs d’avoir été là et de le dire si bien !

    Répondre

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