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Marc Servera, 1959-2020

Marc Servera (photo non créditée)

Marc Servera (photo non créditée)

Ainsi donc l’ami Marc s’est envolé. Il nous a abandonnés par surprise. Tristesse générale ici-bas. Et pourtant, je réserve mon chagrin à ses proches uniquement. Je suis tellement persuadé qu’il s’était préparé à ce départ. Peut-être même l’a-t-il appelé de tous ses vœux. Croyant fervent, il est probable qu’il aura trouvé un sens à sa souffrance, la rendant ainsi plus légère et supportable. Somme toute, le trépas n’est jamais que le passage obligé lui permettant de rejoindre ce à quoi il croyait. Pour sûr qu’au fond de lui, il l’aura franchi le sourire aux lèvres.

Je n’ai jamais rencontré Marc Servera en vrai. Pourtant je le connaissais virtuellement depuis… je ne saurais même le dire, tant ça me paraît loin. Beaucoup d’échanges avec lui. D’abord sur la liste Chorus, puis sur Facebook. Il était du genre prolixe et réfléchi. Pas du genre à nous balancer une bêtise découverte au détour d’un mur. Non, toujours des messages réfléchis, appelant des commentaires structurés. Le LOL n’avait pas cours chez lui. Et vous savez quoi ? C’était pourtant que du plaisir, tant il avait un point de vue clair, une réflexion toujours pertinente, une langue qui connaissait le poids et la portée des mots. On pouvait – c’était fréquent – ne pas être d’accord avec lui, il n’en restait pas moins courtois et respectueux. Il ne tendait certes pas la joue droite, mais ne cessait d’argumenter pour comprendre pourquoi on le frappait sur la gauche. Sa formation scientifique (il était docteur en chimie) à coup sûr, qui le poussait à prolonger sa réflexion jusqu’aux derniers retranchements.

Ses chansons lui ressemblaient. De belles paroles écrites dans une langue riche et chantées d’une voix limpide. Des chansons conscientes, jamais gratuites. Sur le sens de la vie, sur la figure de l’instituteur, sur l’espérance ou l’enfance… Des textes empreints de dignité, de solennité ou de nostalgie, rarement de fantaisie. Des sujets jamais anecdotiques, avec une tendance discrète au moralisme. Des chansons à l’ancienne, artisanales, peaufinées, et trop peu connues, bien sûr. Espérons qu’elles puissent un jour ou l’autre trouver massivement l’oreille des amateurs.

J’avais souscrit à son dernier disque, Bleus mezzanine, paru en 2017. En sus du CD, il m’avait envoyé un livre de sa plume, Lucie à la naissance du jour, une sorte de profession de foi. Sa jolie dédicace disait : « Je ne sais, Pol, quelle est ton approche de tout cela. Sache au moins qu’à travers ce petit livre, mon aspiration n’est aucunement de convaincre. Cela ne m’est pas donné. Seulement de rendre compte d’une espérance que je porte comme une évidence depuis un certain jour ».

Je suis certain qu’il a gardé cette espérance chevillée au corps jusqu’au bout. Marc est heureux aujourd’hui, il faut nous en réjouir.

 

Ce que NosEnchanteurs a déjà dit de Marc Servera, c’est ici.

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8 Réponses à Marc Servera, 1959-2020

  1. Gérard 20 juillet 2020 à 12 h 19 min

    Merci pour ce bel hommage, hélas posthume, à Marc Servera.
    Au delà d’un auteur talentueux au verbe riche débordant de poésie et d’humanité, Marc fut une des plus belles rencontres qu’il m’ait été donné de faire dans le monde de la chanson. Il était tourné vers l’autre, avec un sens aiguisé de l’observation et une gentillesse désarmante, toujours intéressant et désintéressé. Un chic type !
    Il affronta la maladie depuis plusieurs années avec un courage exemplaire, sans doute puisé dans sa foi en un monde d’ailleurs qu’il est parti rejoindre avec pudeur et discrétion.
    Salut, mon Ami…

    Lanières de cuir et cadre en bois
    De couleur qui vire au sépia
    Des taches d’encre à l’intérieur
    Et poignées patinées de sueur
    Étiquetée d’un temps d’avant
    Bamako, Le Havre et Rêvant
    De points de rouilles et d’éraflures
    Et de fermoirs mais, sans serrures

    On se trimbale (ter)
    Une vieille malle

    Parfum de jadis ou jamais
    A son couvercle entrebâillé
    De souvenirs en vrac, en vrille
    De rêves intacts à la consigne,
    De porcelaine, et de cristal
    Une poupée dans un journal,
    D’insouciance au fond d’un coffret
    De poire aussi, dans le buffet

    On se trimbale (ter)
    Une vieille malle

    Dans les soupentes de la mémoire
    Le temps vient coller des costards
    A l’ancre du port au canif
    Un tri plus ou moins sélectif
    Tout ça tient dans un vieux caisson
    On fait la route et le dos rond
    On allège et rien n’amenuise
    Là sous les yeux l’heure des valises

    On se trimbale (ter)
    Une vieille malle

    Lanières de cuir et cadre en bois
    De couleur qui vire au sépia
    Des taches d’encre en artifice
    Étoiles au ciel en négatif
    Au bord des docks un paquetage
    Une vie avec armes et bagages
    Au tampon rouge avant qu’elle file
    Une vieille malle marquée FRAGILE
    …..
    Une vieille malle marquée FRAGILE.

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    • Gérard 20 juillet 2020 à 12 h 21 min

      « Une Vieille Malle »
      Paroles & Musique : Marc SERVERA
      Album « L’heure Venue » – 2012

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  2. ROGER Annick 20 juillet 2020 à 21 h 08 min

    Merci pour ce bel article

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  3. André Robert 21 juillet 2020 à 7 h 52 min

    Bien que n’ayant jamais rencontré Marc Servera j’ai de la tristesse, comme si je perdais un ami. Et j’aime l’hommage qui lui est rendu ici.
    Comme tu l’écrivais dans ta chanson « P’t'être », cher Marc, pour moi « tu serras de ceux qui laisseront trace de leurs pas »

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  4. MARTINE 21 juillet 2020 à 19 h 53 min

    Merci Pol … tout ce que tu dis est tellement juste … merci …
    Il va manquer … il laisse sa trace si belle, si pure , pleine d’espoir, si … vivante … merci à lui !
    Je t’embrasse,
    Martine

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  5. lagarde 25 juillet 2020 à 8 h 11 min

    Merci pour ce bel hommage au grand Marc !

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  6. Béa 3 août 2020 à 19 h 36 min

    Bel hommage, merci, ça je ne sais pas faire!
    Je suis sure qu’il est heureux désormais d’avoir rejoint son Père mais c’est tellement douloureux la perte d’un Ami.

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  7. Jacques 3 août 2020 à 20 h 33 min

    Bel hommage à cet auteur à l’écriture d’une grande richesse poétique et sensible, que j’ai découvert bien tard dans un petit théâtre parisien, Les Rendez-vous d’Ailleurs.
    Je garde le souvenir d’un artiste attachant, plus à l’aise avec les mots qu’avec la musique.
    L’homme dégageait une gentillesse, une générosité et une empathie qui emportait le public malgré une présence scénique parfois incertaine.
    Il laisse derrière lui plusieurs CD magnifiquement réalisés, avec peu de moyens et beaucoup de sincérité.

    Jacques L

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