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Classique et chanson, telle est Joëlle Mauris

Joëlle Mauris (photo Studioregard.ch)

Joëlle Mauris (photo Studioregard.ch)

Joëlle Mauris est violoncelliste. Son nom est crédité sur plusieurs albums (ceux de Ludiane Pivoine, Lilou, Pascal Rinaldi, Alain Nitchaeff, Gérald Métroz, etc), mais pas les siens. Elle n’avait pas de disque en propre, à son nom. Et ce premier opus peut surprendre : c’est certes une disque de musique « classique », sur neuf morceaux. Et un album chanson, qui le revendique, avec huit titres.

Dans un milieu qu’on imagine aussi fermé à la chanson que sont les musiques contemporaine et classique (Joëlle a créé des œuvres de violoncelle solo et de musique de chambre écrites par plusieurs compositeurs canadiens), ça doit être au mieux incongru, au pire tempête dans un bénitier. Mais telle semble être l’Helvète Joëlle Mauris, par ailleurs actrice, qui goûte à plus d’un genre, en cohérence, en harmonie, en talent. Bravo !

Le visuel de ce premier CD, qu’on doit à Hugh Syme, fait dans l’heroïc fantasy : ça ajoute au mystère. Rien que ce visuel paysage rugueux, l’orage qui menace ; elle, loup et corbeau) secrète sa petite et inquiétante musique, appelle des réponses. Alors on pose le disque sur la platine, on précède même l’écoute par le lecture des textes sur le livret… On n’a pas de réponse, mais d’autres éléments encore, les uns bienveillants, d’autres inquiétants. En fait rien qui ne puisse laisser indifférents, fusse l’insolite, comme ce périple africain d’une baleine tombée amoureuse, ou je me trompe, d’un éléphant. Avec mélancolie, la chanteuse souvent parle d’elle, de ses îles flottantes, des barrières de son corail, de ses archipels, de sa tristesse et de ses nuits d’angoisse : « Mon amour est en veille / L’archet frôle la corde / Au fin fond de la cale / La musique m’emporte ». Si l’amour est évoqué, de ci, de là, c’est en raison de son absence : « Je n’écris pas de chanson d’amour / Nul ne m’a permis d’avoir cet honneur… » Ces chansons sont toutes tirées d’un spectacle, Il était deux fois, un Phoenix – Traversée d’une violence invisible, et sont, pour ce disque, arrangées pour plusieurs instruments dont le violoncelle il va de soi, mais aussi le piano, le hautbois, la clarinette, le saxophone, le tuba, la guitare et les percussions.

JOELLE.MAURIS.Cover_.3000x3000-1536x1536Chaque chanson nous donne un instant de ce spectacle et permet de nous en faire une idée. Mais toute la poésie de ces mots, de ce chant, stimule notre imaginaire (le visuel, j’insiste, doit y être pour quelque chose…) et c’est peut-être une version mutante qu’ainsi nous traduisons, nous adoptons. Ce qui est sûr, c’est que ce mariage entre chansons et musique « classique », cette brillante orchestration, nous amène hors de nos champs battus, chants rebattus.

Nous parlons souvent d’abattre les cloisons de la chanson. Ce disque abat de bien plus grandes cloisons encore, entre genres. Sans heurts, avec bonheur. La voix de l’artiste, son art, tracent une autre voie. Les sectaires d’un bord ou de l’autre ne vont pas l’aimer. Nous, nous adorons !

Signalons que, à deux titres près (dont un de Romain Didier), le compositeur des chansons, Lee Maddeford, est aussi celui des neuf instrumentaux, entre classique et jazz. Et que, si Joëlle Mauris est l’auteure de la plupart des paroles, elle cède ce rôle par trois fois à Jean-Pierre Gos, à Josianne Robert ainsi qu’à Alain Nichaeff, ce dernier que nos lecteurs connaissent pour être le patron de L’Esprit frappeur de Lutry, en Suisse.

 

Joëlle Mauris, Mon plus bel bel héritage, Compagnie vidARciTA 2020. Le site de Joëlle Mauris, c’est ici ; ce que NosEnchanteurs a déjà dit d’elle, c’est là.

Pas de chanson d’amour : Image de prévisualisation YouTube

Madeleine (la baleine) : Image de prévisualisation YouTube

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