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Barjac 2022. Véronique Pestel et son Aragon

Véronique Pestel ©Anne Marie Panigada

Véronique Pestel ©Anne Marie Panigada

30 juillet, Barjac m’en chante,

Première soirée de Barjac et premier choc : un plein plateau de poésie, comme c’est rare. A l’énoncé on pourrait croire un peu casse-gueule une telle proposition : Marion Cousineau, Laurent Berger et Véronique Pestel. Bien entendu que la chanson est déjà poésie en soi, mais elle atteint avec ces trois-là un niveau rarement atteint. Nous les connaissons tous, pour déjà les avoir applaudis à Barjac, dans la cour du château. Même s’il y a trois ans, l’orage avait bouté la prestation de Marion hors de l’espace châtelain.

On ne distinguerait pas le piano du ciel, noirs comme l’ébène, si ce n’étaient des lumières qui en soulignent les contours. Et la crinière fauve de la chanteuse, qui après les élans successifs de Marion et de Laurent, vient y pousser sa poésie. La sienne… en fait celle de l’un de ses poètes de chevet : le fou d’Elsa, notre Aragon.

La forme est surprenante, qui tient autant de la conférence chantée que du strict récital. Pestel y raconte son Aragon, dans l’esprit et dans la lettre, dans le récit du poète, dans ses engagements, ses doutes comme ses certitudes, ses erreurs parfois. Et dans l’histoire de la jeune Pestel, qui le découvre et s’en entiche, qui dès lors ne la quittera plus jamais.

0cP1060865 webNotre mémoire garde vives les chansons d’Aragon principalement mises en voix et en musiques par Ferrat et Ferré. Des titres ravis à son œuvre qui nous sont désormais autant de chansons distinctes, prises et appréciées séparément. L’approche de Véronique Pestel est autre qui s’en va visiter, plus que musarder, presque questionner Louis Aragon. Si l’approche de Ferrat est populaire (il a porté Aragon a un large public, gloire lui soit rendue), celle de Pestel est à l’image de notre dame de Haute-Savoie : éminemment, résolument littéraire. Et toute aussi belle, gonflée de mélodies somptueuses, ici interprétées au piano avec cependant des inserts musicaux conçus en studio lors de l’enregistrement du disque. L’interprétation est magistrale : si vous avez vu ou simplement entendu Pestel, nous le savez, c’est je crois une de nos plus belles voix. Jamais artiste ne nous aura fait entrer si loin en Aragonie, dans une dimension poétique il s’entend, mais aussi politique de l’œuvre. On tutoie l’excellence pour moins que ça. A plus forte raison à cette heure tardive où presque hier et déjà demain se saluent, se succèdent, la fatigue aidant, on peut ne pas tout comprendre : il est vrai que la poésie d’Aragon est parfois difficile, qui jamais n’abdique face à la facilité, Pestel non plus. Mais on s’en fout, nous avons là une matière raffinée qui entre en nous et fait son chemin. Un tel récital peut nous poursuivre longtemps, nous inciter à aller chercher, retrouver encore l’Aragon, faire plus ample connaissance. En cela, Véronique Pestel est une des plus grandes passeuses qui soient. En cette soirée partagée avec Cousineau et Berger, elle a fait plus encore de Barjac ce lieu de douceur, de tendresse, de poésie. Merci.

Petite indiscrétion, Véronique envisage pour le futur, pour demain, comme une compile en scène de son œuvre : un « Pest’off ». Déjà, on s’impatiente.

 

Le site de Véronique Pestel, c’est ici. À lire sur NosEnchanteurs à propos de son Aragon, c’est là. Ce que nous avons déjà dit de Véronique Pestel, c’est ici. 

Mon Aragon, captation à l’Esprit frappeur Image de prévisualisation YouTube

 

 

 

 

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