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Antoine Hénaut, bientôt populaire

 

Antoine Henaut (photo ©MaraDeSario)

Antoine Henaut (photo ©MaraDeSario)

Album 46, tel est le nom du nouvel opus du Belge Antoine Hénaut. Un titre intrigant, l’homme affichant 10 ans de moins au compteur. La clé de l’énigme a été dévoilée dans une interview : c’est tout simplement parce qu’il n’avait pas d’idée de nom (à part, nous dit-il dans le livret, Un deux trois cul cul, que son tourneur lui a chaudement déconseillé d’utiliser !) et que le disque dure 46 minutes en tout !

Cette anecdote en dit long sur l’état d’esprit de l’artiste : humour et coolitude sont bien les piliers de l’album. Qui débute sur les chapeaux de roue par un meuglement de Milkache la vache et un hennissement de Rafal le cheval, héros possibles d’un livre pour enfants, introduction sonore à J’ai pas demandé, chanson bastringue sur la naissance. Un morceau léger en apparence, angoissant pourtant par les interrogations qu’il soulève (Quel sera mon sort ?, se demande le nouveau-né mis en scène). Plus loin, la maternité sera encore évoquée dans le très beau Entre nous, de manière plus apaisée, entre tendresse réaliste (Y a quelque chose entre nous qui sent le pipi) et espoir mêlé de peur.

S’il n’hésite pas à donner dans le souvenir personnel (Mon banc décolle, sur sa scolarité chahutée d’enfant rêveur) ou à imaginer la grande histoire d’amour qui se cache peut-être derrière deux noms graffités sur un pont (Michel et Océane), c’est dans le portrait rapidement croqué qu’Antoine Hénaut excelle. A la collection de losers des albums précédents, ajoutons donc l’enfant sage qui inculque de bons usages à ses géniteurs foutraques (Mes parents rock’n roll), l’amoureux qui retrouve son amour de jeunesse et se prépare à cette rencontre (Le grand soir), le chanteur de bal au destin tragique (Chanteur amateur) ou l’homme viré de chez lui après la découverte par sa compagne d’un soutien-gorge oublié (Sans toit).

Antoine-Henaut-Album-46-Visuel-album-300x300Et puis il y a l’irrésistible Pop en l’air, délicieux sommet d’autodérision. Une sorte de méthode imparable pour concocter un tube et récolter le succès : ne pas dépasser les 3 minutes, prévoir des vocalises, faire en sorte que l’on puisse taper dans les mains, instaurer un changement de ton avant le pont musical, tout miser sur le refrain (plagiat éhonté et crânement assumé du Ce n’est rien de Julien Clerc). Le résultat ? En principe, une vraie chanson populaire, qui passera sur France Inter et qu’on entendra chez les voisins ! Mais ce n’est pas gagné…

Album 46 se partage ainsi entre chansons entraînantes et drôles, tenant même de l’exercice de style loufoque (Olé !), titres plus graves mais jamais plombés (Les gens qui vivent trop longtemps) et histoires d’amour de guingois (Cuisine interne, Jour sang). L’écriture est fine, les orchestrations riches, les rythmes variés (coréalisation de son complice habituel Jérôme Hiernaux). Un travail d’orfèvre pour un album qui fait un bien fou.

Dans les remerciements du livret, Antoine Hénaut écrit : Merci au label 30 février de toujours croire en moi après tant d’années alors qu’ils perdent de l’argent. Un clin d’œil ironique, provocateur et salutaire, rappelant au passage la difficile situation économique des artistes. Courez dès lors vous offrir ce bel album : en sus de l’immense plaisir que ce judicieux achat vous procurera, vous acquerrez la bonne conscience d’être venus en aide aux firmes de disques nécessiteuses. D’une pierre deux coups !

 

Antoine Hénaut, Album 46, 30 Février/PIAS, 2023. Le site d’Antoine Hénaut, c’est ici ; ce que NosEnchanteurs a déjà dit de lui, c’est là.

 

« Pop en l’air » : Image de prévisualisation YouTube 

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