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Mozac 2023. Il suffit de traverser Larue

Dans la cour du cloître de Mozac (photo non créditée)

Dans la cour du cloître de Mozac (photo non créditée)

Festival « On connaît la chanson », 6 juillet 2023, abbaye de Mozac,

 

Il est de ceux qui font l’unanimité comme rarement chez NosEnchanteurs. Et partout ailleurs, comme au Festival Pause Guitare, aussitôt après Mozac, où il a glané quatre prix d’un coup. Comme ici donc, en ce cloître de l’abbaye où, pour être franc, personne ne le connaissait vraiment. Mais la rumeur lui était favorable ; comme le chante Noir Désir, le vent le portera…

Après le set jazz tout en douceur, en retenue, de Marion Rampal, l’ambiance sera forcément autre. Si le cadre, assez exceptionnel, suggère le recueillement, le concert qui se prépare fera passionnante dissonance, effet de souffle : « Une renaissance / Un premier cri / On entre à nouveau dans la danse / Pour donner du sens à nos vies / A nos baroufs / Au premier souffle. » C’est à peine chanté, d’une voix grave, graniteuse, organique, qui vous saisit sur l’instant, comme le magma au sortir de son antre du dedans de la terre. Une voix qui a d’la gueule, qui en impose, comme on dit. Son nouvel album a pour titre Souffle(s), ce souffle qu’on retient à chaque titre, chaque évocation, chaque presque supplication.

Les vers semblent toujours accoucher dans la douleur, dans un tourbillon de musique mais « c’est rien / tout ira bien / c’est rien/ rien que le temps qui prend de l’âge / rien que la vie qui tourne les pages ». Dès les premières paroles, le public est scotché ; il le reste jusqu’au bout, jusqu’à l’ovation finale.

On a souvent évoqué Leprest pour qualifier Larue. Il y a de cela, d’autres aussi, fameux comme lui, mais Ben Herbert est assez grand pour défendre seul son art, sans renfort. Son répertoire est majoritairement fait de son second opus qui, concert après concert, fait son chemin dans le cœur et le corps des gens. Il nous parle des gens, avec empathie, avec passion. Comme de ces vieux « des présidents et leur vérole / ils en ont connu toute une liste / des qui tiennent jamais leur parole / qui ont fait d’eux des anarchistes », ceux qui se battent, « les oublié.es précarisé.es transformé.es en chair à canon », les copains… De la voix de Larue, chaque mot est important, grave, quand bien même il le serait moins. C’est de cette voix, plus que de sa présence en scène, qu’il met en scène la dramaturgie de chaque chanson, qui toutes font comme cinéma. Étrange et passionnant concert sous la lune, face à un gigantesque arbre plusieurs fois centenaire. Remarquable artiste, remarquables musiciens aussi (Xavier Milhou à la contrebasse ; Nicolas Jozet Fabre aux bugle, piano et beat box) pour un public attentif comme rarement. L’un des grands moments de ce festival.

Un illustre plaisantin a dit qu’il suffisait de traverser la rue pour trouver un job. Pas sûr, mais il suffit d’entrer en Larue pour trouver le bonheur.

 

Le site de Ben Herbert Larue, c’est ici ; ce que NosEnchanteurs a déjà de lui, c’est là.

 

« Droit d’asile » : Image de prévisualisation YouTube

« Pas dormir » : Image de prévisualisation YouTube

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