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Camille Laïly, à vive-eau

Camille Laïly ©agnes André

Camille Laïly ©agnes André

Salle du Sénéchal, Détours de chant (31), 25 janvier 2024 (12 h 30)

 

Camille Laïly rêve de rivières. Rêve de douches glacées, de gouttes d’eau voyageuses ; d’eau pour arroser les capucines, les véroniques, la rose et l’olivier. Oh, ondoyantes et vivaces comme l’eau et les fleurs sont ses chansons !

« Tout n’est que fraîcheur et délicatesse, plaisir des sens et raffinement de l’esprit », écrivait Pol de Groeve sur son concert solo à Liège au printemps dernier. Accompagnée cette fois-ci d’Hugo Corbin à la guitare, c’est une même petite douceur sans eau plate qu’elle nous sert : l’énergie entre les deux est d’un parfait accord ; les sons chauds et profonds, lancinants de l’électrique, mêlés à des couleurs d’ailleurs (rythmes africains, rock planant, bossa-nova…) viennent se couler entre et le long des mots, dans un tour de chant rondement mené, sur les titres de son album Crépuscules, sorti en février dernier.

Ah ! C’est cela qui ravit chez Camille Laïly : la manière dont ce liquide musical vient porter la parole de goutte d’eau en tempête maritime ! De silences bien placés en chœurs enveloppants, tout en crescendo et diminuendo, tout en respirs et en fredons. On glisse sans accrocs dans les chansons qui ruissellent, tantôt bercés, tantôt haletants avec la voix qui reprend sa course effrénée : ces mains qui frappent son corps, sa respiration qui s’accélère – et nous percutés et à bout de souffle sur cette grandiose interprétation de Nougaro !

LAILY Camille -2 ©agnes AndréOn aimerait bien justement que l’eau de ses mots parfois trop calme et candide morde davantage, comme sur ce morceau emprunté qui soudain saisit entre ode sélène et silence du désert. Et qu’à attiser notre soif, elle nous surprenne d’une goutte plus froide que les autres, et que « nos deux cœurs battent dans le vide » (suaves Cataractes), ou que « quatre fragments de mosaïque partent au ciel se loger » (Les Véroniques, ces fleurs qui bordent les chemins, et ces paroles hors du sentier).

Admirons alors son art de la ballade (La Rose et l’Olivier, un curieux amour au conditionnel et en rimes alternées), et cette saveur délicate et élégante qui de ses mots s’exsude et tantôt rappelle une Anne Sylvestre (tiens, elles ont le goût du coquelicot en commun, cette « flaque rouge » fragile mais qui claque !) tantôt une AnneliSe Roche – avec qui elle aura d’ailleurs joué.

Dans la salle comble du Sénéchal, certains étaient venus voir la Camille Laïly jazzy passée par le CMDL* à Paris, ils repartent avec la délicatesse de sa plume, et celle du toucher d’Hugo Corbin. À la Pause midi-musicale du rendez-vous toulousain de la chanson, ivresse de l’eau remplace vin sur la table, et sourires flottants se font sur les visages. Vous reprendrez bien un peu de cette eau rare…

 * Centre des Musiques Didier Lockwood

La désormais lyonnaise Camille Laïly est présentement en tournée en France et en Belgique jusqu’à mi-juillet. Toutes ses dates iciLe site de Camille Laïly, c’est ici ; ce que NosEnchanteurs a déjà dit d’elle, c’est là.

« Les Véroniques », audio 2023 Image de prévisualisation YouTube

« Avant l’orage » (chanson écrite en 2020 dans un atelier de Claude Lemesle), avec Thibaud Defever, AnneliSe Roche et Marie Cheyenne, Péniche El Alamein, 2023 Image de prévisualisation YouTube

 

 

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