Michèle Bernard et Frédéric Bobin se croisent en scène
Michèle Bernard et Frédéric Bobin (photo Guylaine Coquet)
Michèle Bernard, Frédéric Bobin : convenons que les présentations sont superflues. Les voir se produire ensemble sur une même scène, une même tournée, était écrit depuis longtemps tant c’était évident. Ces deux figures de proue de la chanson lyonnaise ne pouvait qu’unir, que croiser leurs répertoires. C’est chose faite : cet enregistrement public, capté en janvier dernier dans la petite salle d’À Thou bout d’Chant à Lyon, leur antre naturel, vient juste parachever ce bel hymen.
Pour Michèle Bernard, ce disque s’ajoute au récent enregistrement public de la tournée Miettes, capté en juillet 2025 à Avignon, sorti il y a seulement quelques mois, lui aussi chez EPM.
Que deux artistes amis, d’une même famille artistique, mêlent leurs chansons, l’idée n’est pas nouvelle. Ici, c’est autrement plus subtil. Les chansons de l’un, les chansons de l’autre, vont deux par deux, se complétant, s’ajustant, se répondant. Se tenant la main. Elles font conversation. Comme l’idéal de Nous les baleines, chanson de Bernard sortie des Nuits noires de monde de 1992, « Nous les baleines, on part dans la lune / Dans la lune y’a des rêves c’est étrange… », à mettre en relation avec celle de 2018 de Bobin : « Faut pas regretter quoi qu’il arrive / La vie qu’on aurait pu vivre », comme une baleine qui se déballonne.
Comme ces deux, l’une rêvant de grands espaces, l’autre qui roulotte sa bosse, Tatiana et Maria Szusanna, existences cabossées et incertaines, à jamais exclues et résignées, deux prénoms qui sont autant de voyages. D’autres prénoms suivent, égrenés, chantés en duo : ceux des Communardes.
Dans le mille de l’actualité de ce monde fou, Michèle constate « Et pis voilà que la guerre / Le monde a changé de couleur » ; « Tant qu’il y aura des hommes / Y’aura des villes en flammes… » rétorque presque Frédéric. Les chants sont désabusés, même si l’ultime vers, fragile, maintient l’espoir : « Tant qu’il aura des hommes / On pourra espérer ».
Il nous parle de travail à conjuguer à l’imparfait, dans sa vieille ville ouvrière du Creusot comme à Singapour, là où immigrent les machines-outils ; elle chante la force de travail de quatre-vingts beaux chevaux remontant la rive et ces « hommes (qui) vont toujours où la vie les pousse ».
Les chansons sont presque les mêmes, seules les focales diffèrent, les mots varient, de peu. « Faut pas regretter quoi qu’il arrive » chante l’un, « Qui vivra verra / C’est maintenant ou jamais qu’il faut s’aimer » répond l’autre. A l’évidence, leurs chants chantent à l’unisson : c’est du cœur croisé.
Élégante fidélité de ces deux-là, Sylvestre est là, là aussi en binôme : Madame Anne et la reprise de Lazare et Cécile.
Sans surprise, le CD se clôt sur Nomade, ce formidable chant d’espoir qui, malgré le répertoire pléthorique de Michèle Bernard, reste sa chanson-phare, son oriflamme, son étendard. C’est quand même, hors compilation et intégrale, la septième fois qu’elle la grave sur disque.
Vous pouvez avoir toute la discographie de Michèle Bernard, toute celle aussi de Frédéric Bobin, ce disque ne fera pas doublon : au-delà du choix judicieux, malin, des titres, au-delà de ces nombreux duos, il y a cette amitié, ce respect mutuel, cette complicité qui suinte de partout. Il y a cette toute beauté qui va plus loin encore que ces deux très grands de la chanson.
Michèle Bernard & Frédéric Bobin, Balades croisées, EPM 2026. Le site de Michèle Bernard, c’est ici ; ce que NosEnchanteurs a déjà dit d’elle, c’est là. Le site de Frédéric Bobin, c’est ici ; ce que NosEnchanteurs a déjà dit de lui, c’est là.




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