CMS

Off Avignon 2026, Ubu président, Voter pour un Ubu est toujours très fatal

Ubu président Photos ©Catherine Laugier

Ubu président Photos ©Catherine Laugier

16 juillet 2026, L’Arrache-Cœur, Avignon,

Plus que deux jours, vendredi 24 et samedi 25 juillet à 13h00 pour voir la pièce musicale Ubu président (production Cie Sea Art) au Théâtre de l’Arrache-Cœur à Avignon, dans la grande salle de l’Alizé de 126 places.
Cette farce politique d’Alfred Jarry (Ubu roi) actualisée par Mohamed Kacimi et mise en scène par Isabelle Starkier, sur la musique d’Alain Territo,  dénonce avec humour et férocité la folie de notre monde. Elle est d’une urgence absolue à voir, en ces périodes de pré-élections où les candidats populistes promettent mesures irréalistes mais surtout jouent sur la haine, l’envie, la radicalisation d’un monde au bord du gouffre. Dans ce lieu, ce marché d’Avignon où artistes et Compagnies tentent désespérément d’attirer l’attention de programmateurs plus encore que celle d’un public blasé, au moment où les moyens diminuent sans cesse, où la concurrence fait rage, et où seuls une poignée d’artistes considérés comme bankables sont mis en avant par les médias nationaux téléguidés par les monopoles financiers, répétant les mêmes jusqu’à satiété, inondant de stimulations les cerveaux disponibles pour les conduire dans les canaux commerciaux dont ils tirent leurs profits disproportionnés.

C’est en suivant Stéphane Barrière que j’ai découvert l’existence de cette pièce où il joue un rôle important. Chanteur pianiste compositeur et comédien, je venais de chroniquer son album dans son solo L’homme Héron – mais il faut le voir sur scène, l’an dernier à la Maison de la Poésie-Le Figuier pourpre, cette année pour deux dates seulement les 15 et 22 juillet à la salle Boris Vian, dans ce seul en scène poétique, humoristique et virulent, où le dévoilement intime s’accompagne d’une analyse sans concession de la nature humaine, et d’une satire aiguisée de notre société, à la pointe de sa plume de Héros (Ulysse)-Héron. La pièce surréaliste et absurde résonne particulièrement avec sa vision comme avec l’actualité. 

UBU_20260716_111852306.N 490x368 ©CLaugierPXL_20260716_113331114.MPUbu_20260716_114148402.350x467Avec les comédiens-musiciens-chanteurs Michelle Brûlé, comédienne, accordéoniste (mais aussi philosophe, autrice de théâtre et metteuse en scène) qui saura jouer les animatrices déjantées et écervelées d’un « Niouze », show-chaud télévisé ratissant bas et large, Stéphane Miquel le père Ubu, inculte, méchant, envieux, égrillard, Clara Starkier la mère Ubu manipulatrice, le saxophoniste Michel Oberli, et donc Stéphane Barrière au piano, synthé, président sortant, mais aussi… Il vous faut découvrir les différents personnages, masculins et féminins, que jouent tour à tour les cinq intervenants dont il faut souligner les multiples talents. À droite, les musiciens, un saxophone qui jazze à lui seul, le clavier impertinent, l’accordéon…En fond de scène les artistes se changent tels des transformistes, sans déranger la mise en scène et je parierais que certains dans le public ne s’en sont pas aperçu. Les costumes, d’Aurore Popineau, combinent tissus rembourrés faisant penser aux Gilles des carnavals belges qui symbolisent bien l’enflure morale combinée au vide abyssal de leurs cervelles, et costumes et robes en papier dessinant les conventions sociales. 

À l’initiative d’un journaliste, les misérables Ubu mari et femme décident de sortir de leur condition en postulant, pour lui, au poste de président, pour elle, à celui de première dame qui pousse à la roue. La pièce d’origine date de 1895, époque où ce sont généralement les hommes qui dirigent, où le personnage veut devenir… roi. Mais à notre époque, c’est sans doute plus facile de devenir président, en brossant l’électeur dans le sens du poil. Même s’il ne sait pas aligner deux mots : on improvise au fur et à mesure en proposant suppression des impôts, des limitations de vitesse et de la réglementation de l’alcool… , on raccourcit les mois pour supprimer les fins de mois difficiles, on crée un abattement d’âge pour ne pas avoir à payer la retraite des vieux… et la sécu rembourse les pleins d’essence. On trouve un bon nom, Le parti à tout berzingue, on désigne des boucs émissaires avec le slogan qui va bien : À mort le couscous ! et les sondages montent, montent…
Ubu s’impose par sa naïveté charismatique, sa méchanceté énergique, ses propos de pilier de bar portés aux sommets de l’expertise, l’audace de ceux qui ne doutent pas d’eux-mêmes, aussi peu doués soient-ils. Sa femme est à la fois complice et dominatrice, le président sortant joué par Stéphane Barrière est hilarant d’auto-satisfaction et de mépris du peuple, il s’exprime avec aisance en langue de bois. Pourtant le débat entre eux n’est pas gagné d’avance… Mais je ne vais pas tout vous raconter, précipitez-vous… 

Propos radicaux sans complexes, clins d’œil appuyés à l’actualité, aux plateaux des medias… Les comédiens jouent, dansent, chantent, font de la musique sur un rythme endiablé. On rit beaucoup, avec la sourde angoisse que la situation grotesque de la pièce ne soit qu’une version atténuée de la réalité. Car toute ressemblance avec des personnages existants serait purement fortuite. « Entendez de cette pièce la morale géniale / Voter pour un Ubu est toujours très fatal. »

 

Encore le 24 et le 25 juillet au Théâtre de l’Arrache-Cœur. Le site de Sea art avec Ubu président c’est ici. Ce que NosEnchanteurs a déjà  dit de Stéphane Barrière, là. Reportage photographique sur facebook ici

Bande annonce Image de prévisualisation YouTube

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Vous pouvez utiliser ces balises et attributs HTML : <a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <strike> <strong>

Archives