CMS

Marie Paule Belle : « Je suis arrivée à cinquante ans de scène, sans m’en rendre compte ». Entretien inédit

Nouvelle compilation (pour la commander, cliquer sur la photos)

Nouvelle compilation (pour la commander, cliquer sur la photo)

– NOSENCHANTEURS, ROBERT MIGLIORINI. Vous chantez au Théâtre de Passy, à Paris jusqu’au 31 mai. Au revoir et merci, le titre de ces récitals, marque cinquante-cinq ans de carrière et quinze albums studios (entre 1973 et 2023). À qui ou à quoi dites-vous au revoir pour vos quatre-vingts ans ?

MARIE-PAULE BELLE : (rire !) Au revoir et merci à tout le bonheur que j’ai eu de chanter, de donner de la joie. Que d’échanges merveilleux avec les auteurs, le public et tant d’autres encore.

Au revoir encore à toute une époque ? Celle que l’on pourrait qualifier de celle de la chanson de caractère, cousue mains, avec de bons textes ? Comme une nostalgie ?

– Je ne vais pas jusque là. Beaucoup de personnes évoquent devant moi de sentiment d’une page qui se tourne. Avec des formules comme : « Tu n’es plus à la mode, chère Marie-Paule. Ta manière d’écrire des chansons non plus ». Je réponds plus simplement : il faut savoir s’arrêter avant que l’énergie, l’envie, ne vous quittent ! J’ai eu de la chance et je suis tombé sur les bonnes personnes.

Vous continuez à suivre l’actualité musicale en général ?

– Je ne suis plus trop au courant. Je regarde les émissions à la télévision où l’on ne ménage pas l’art des paillettes. Je préfère les artistes qui ont une véritable personnalité grâce à leur signatures vocale et musicale. Et il n’en manque pas. Comme Eddy de Pretto par exemple, ou Juliette Armanet.

La chanson populaire a été votre choix très tôt?

Comme vous le savez, j’avais un autre métier en tête. Ayant grandi dans une famille de médecins je m’imaginais m’inscrire dans cette lignée en suivant une formation de psycho clinicienne. Mais en fait j’écrivais depuis mes neuf ans des chansons. Je les chantais pour les copains. Je me suis inscrite à un radio crochet télévisé de l’époque (l’émission Chapeau sur RMC) et je l’ai remporté. C’est arrivé comme cela. J’ai suivi mon instinct. A fur et à mesure. Avec la volonté de rester libre.

R-16937802-1610711389-3093Avec l’aide notamment d’un duo d’auteurs, des littéraires, Françoise Mallet-Joris et Michel Grisolia pour les textes ?

– J’ai toujours écrit mes chansons en osmose avec mes auteurs qui ont été aussi des amis et des très proches. Paroles et musiques se sont ajustées au fur et à mesure de nos séances de travail. Nous nous enfermions du matin au soir, riant beaucoup, rencontres gourmandes et remettant l’œuvre commune sur le métier. C’est un peu la façon de créer comme d’autres duos, Voulzy-Souchon par exemple. Je poursuis actuellement ainsi pour des nouvelles chansons avec Isabelle Mayereau.


Quels conseils donneriez-vous aux générations montantes ?

– Pas des conseils mais plutôt un constat à partir de mon parcours : il s’agit de cultiver sa singularité. Si vous avez une passion pour la chanson et que vous estimez ne pouvoir vivre sans, alors écoutez votre petite voix. Et allez-y à fond, j’oserais dire. Sans se laisser influencer outre mesure par les diktats, comme ceux des représentants du marketing. Vous pourriez le regretter.

Estimez-vous que désormais il serait plus facile d’être une chanteuse ?

– Peut-être. L’essentiel est de proposer des chansons qui racontent des histoires, comme des petits films. Il s’agit de créer des climats différents à chaque titre. Il est vrai que nous étions peu nombreuses à mes débuts à pouvoir vivre de ce métier. J’ai toujours aimé les belles voix – à la façon de Maurane par exemple – et le jazz vocal classique, genre Ella Fitzgerald.

6f6e9452092e4028e09e9421d3d5d930cfd5921cDans votre répertoire, vous n’enfoncez pas le même clou, comme vous dites. L’humour, l’engagement, la mélancolie sont au programme.

– C’est gentil de me dire cela. Il est certain qu’il est plus facile d’avoir plusieurs facettes. Ce qui se transforme en avantage. J’ai franchi les portes qui s’ouvraient devant moi. Sans regret. Ce que me proposaient mes auteurs correspondait à ce que je voulais faire. Je suis passée rapidement à la vitesse supérieure. Mes chansons ont aussi un caractère intemporel qui peut traverser les époques et les modes. On n’a pu me faire entrer dans une case.

Vous passiez des commandes aux auteurs ?

– Non. Comme je l’ai indiqué, nous nous réunissions et l’inspiration venait. En échangeant. Alors ce qui importe c’est l’éclairage que l’on apporte, tout autant que les sujets retenus. On peut estimer que le nombre de sujets possibles n’est d’ailleurs pas infini et que le bonheur permanent, brut, n’intéresse a priori pas grand monde. Mais ce qui importe ce sont les mots pour le dire qui comptent. Et l’ambition de donner du plaisir au public. Et, dans ce cadre, l’expérience de la scène est première. Là on ne peut tricher. Je me souviens de mon premier Olympia : j’avais un trac fou et j’ai vomi sur les chaussures du patron de l’époque, Bruno Coquatrix. Il m’a alors rassuré et m’a dit que Brel l’avait fait avant moi.

La Parisienne, (1976) une de vos chansons les plus connues, résume votre histoire ?

– Effectivement. Née dans l’Oise, j’ai grandi à Nice entre 8 et 23 ans. Je suis comme on dit montée à Paris, avec l’excuse pour mes parents de poursuivre mes études de psychologie. J’avais la ferme et secrète intention de passer des auditions dans les cabarets célèbres et incontournables d’alors. J’en garde des souvenirs émus. On ne gagnait pas de quoi vivre mais quelle école. C’est à l’Écluse (cabaret rive gauche où débutèrent Brel et Barbara) que j’ai rencontré Serge Lama avec qui j’ai fait une tournée en France. Les conditions parfois étant difficiles, surtout en province. Vous pouviez chanter devant des personnes qui avaient apporté leurs tricots pour passer le temps !

1900x1900-000000-80-0-0Vous vous êtes peu à peu distinguée par le style de récital piano/voix  depuis 1994?

– J’ai commencé avec une guitare. Plus facile à transporter ! Et puis j’ai suivi le conseil de William Sheller m’invitant à m’accompagner au piano. Il m’a prévenu que j’aurais la trouille de ma vie mais qu’au final je m’y trouverais à l’aise. Vous pouvez vous arrêter, reprendre un temps, raconter une histoire. Mais il ne faut pas oublier que pendant vingt ans j’étais accompagnée par des musiciens dont je salue le talent.

Au revoir, ce n’est pas dire adieu ?

–  Je suis arrivée à cinquante ans de scène, sans m’en rendre compte. Adieu, ça me fait un peu peur. Tout le monde me cite le cas de Charles Aznavour qui, d’adieu en adieu, revenait régulièrement sur scène. On verra quand la situation se présentera vraiment. En attendant, je continue à écrire des chansons. Il ne me manque que quelques titres pour boucler un nouvel album. Sans oublier que sur 300 chansons, 90 sont inédites. J’arrive parfois à m’étonner de trouver de nouvelles mélodies. Et j’interroge mes amis pour me rassurer sur leur originalité.

On reparlera peut-être d’un autre inédit ?

– Vous voulez parler d’un opéra bouffe, sur un livret de Françoise Mallet-Joris, intitulé La bonne action de Lucrèce Borgia. Mais il faudrait que je me replonge dans les musiques.

Marie-Paule Belle, « Au revoir et merci » jusqu’au 31 mai. Au théâtre de Passy, à 20 heures. Matinée le dimanche. Tél.01 82 28 56 40 Le site de Marie-Paule Belle, c’est ici ; ce que NosEnchanteurs en a déjà dit, c’est là.

 

Teaser « Au revoir et merci » : Image de prévisualisation YouTube

« La Parisienne » : Image de prévisualisation YouTube

« Vieille » : Image de prévisualisation YouTube

 

 

70_0602507453749Michèle Bernard sur France Musique dans les grands entretiens

Une rediffusion à ne pas manquer. « La chanson comme jouvence » en cinq émissions. Entretiens avec Laurent Valéro, datant de 2018.

De la ferveur de Mai 68 aux planches du théâtre, Michèle Bernard a fait de la musique un océan de liberté. Cette amoureuse des mots et de l’accordéon raconte son parcours de femme engagée pour qui la poésie est un compagnonnage quotidien et la création un rempart contre le temps.

À retrouver également sur le site de Michèle Bernard les autres entretiens avec Laurent Valéro retraçant sa carrière ainsi qu’un florilège d’articles de Presse, dont ceux de NosEnchanteurs.

Ce que NosEnchanteurs a déjà dit de Michèle Bernard, c’est ici.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Vous pouvez utiliser ces balises et attributs HTML : <a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <strike> <strong>

Archives