Imbert Imbert, le feu de vivre
« Quand on regarde le monde on n’y voit que du feu ». Partir, ou plutôt arriver, sur cette constatation, pourrait amener à penser que Mathias Imbert fait allusion à ce monde qui nous dépasse, que nous ne pouvons appréhender. Ou encore, avec ce jeu de mot, à notre impuissance face à cette planète qui brûle, que ce soient les forêts en flammes ou les canicules sans fin, ou les guerres qui flambent un peu partout, surgies de la volonté d’hommes malades et tout puissants, alors qu’on pensait avoir contenu le problème en guerres FROIDES, « Le soleil parle de feu à la terre / elle ne veut pas comprendre ». Même s’il n’ignore pas cet environnement brûlant, ce petit journal raconte autre chose. Il s’agit en fait d’un drame intime, la mort d’un père très aimé, très admiré et très proche de Mathias, Dominique Imbert (regardez la photo de cet alter ego paternel) dont l’histoire entière est intimement mêlée au feu. Ce père, en effet, a eu tout enfant le dos dévoré par le feu. Il a vécu une grande partie de son enfance dans les hôpitaux. Au lieu d’en tirer une peur panique, ce père décida d’apprivoiser le feu, d’en faire un animal soumis : forger le métal, se couper les cheveux au briquet, attraper les plats sortant du four ou les bûches à même le feu à mains nues… à la grande fascination de Mathias.
C’est à cet émissaire du feu qu’est dédié cet album peu ordinaire – mais Mathias Imbert a-t-il jamais créé des albums ordinaires – constitué d’un recueil de textes qui sont autant de poèmes, illustrés par Delphine Fabro dont les dessins peints ponctuent les objets ou portraits sélectionnés par le cousin de Mathias, Olivier Imbert. Cela en fait un livre d’Art de chevet qui peut vous suivre partout en cet été brûlant. La première partie, #1, c’est onze chansons pour dix textes, le septième morceau étant un instrumental apaisant, une Virgule, mais il y a sur le disque douze titres, Que du feu étant doublé d’un « radio edit » qui achève l’album, un hymne à la vie « si petite qu’elle est inestimable ». De la rugosité de Langue d’os qui sent la pierre à feu, à la tendresse infinie, câlinée de bisous d’enfant, de ce petit chien à « la langue baveuse du bonheur ». De cette étoile qui manque « J’écoute le bruit de la mer, j’entends le silence du père » à cette chanson manifeste, Comme on reçoit, où dans une douceur calme il dénonce la folie du monde et des français en particulier, dans un cri qui s’élève enfin, désespéré… « fin du monde oblige ». Pendant trois ans après le décès de son père à l’âge de 80 ans, des mots se sont accumulés sous sa plume sans qu’il puisse nous les souffler. Ils ont couvé sous la cendre jusqu’à ce qu’ils s’élèvent en autant de flammèches pour célébrer la vie.
C’est aussi en #2, 51 poèmes dont certains repris des Mémoires d’un enfant de 300 000 ans (2020), vous pourrez donc avoir une impression de vie (brûlante) presque chaque semaine de l’année. Avec ces fulgurances tout imbertiennes de ce cracheur de mots, ce percussionniste de sons, de sens, et de… contrebasse, comme autant d’aphorismes. « Je renais, je revis, je redoute ». « L’étoile filante, elle a lui ». « L’imagination est le lieu de débauche de l’esprit ». Avec cette verbalisation des noms, ces anaphores, ces mots au pied de la lettre « des boutons d’étoile pour fermer le veston de l’âme », il célèbre l’éphémère, le jaillissement de la vie, la liberté, le désir, l’amour et les bleus à l’âme, l’enfance ouverte et la vieillesse sage, le temps et sa fosse commune, le soleil et la lune.
Mais n’oublions pas que Mathias est musicien, et entouré d’un aéropage de musiciens tous aussi doués que lui : sur son CD pour les amateurs d’objet, ou en lien numérique vous pourrez donc écouter, outre sa grand-maternelle contrebasse, Mathieu Werchowski au violon – un violon expressionniste qui à la fois approfondit l’atmosphère, la calme, l’élève, l’illustre. Brunoï Zarn le frère de Boucan à la guitare déchirante, Laurent Paris aux percussions, Lucie Delmas au marimba donnent ce côté tout à la fois brûlant et léger, qui flamboie avec René Lacaille à l’accordéon sur trois titres. Esther Marlot et Emmanuelle Ader aux chœurs soufflent avec légèreté sur les flammes. Car « Sans musique, les mots chantent, avec, ils dansent », vous pourrez en juger sur ce « Tout doit disparaître » ou dans l’extraordinaire « Il n’y a qu’un souffle de vie », Soufflons-le, mais en fait dans tout l’album, d’une virtuosité habitée d’une folle envie de vivre.
Imbert Imbert, Petit journal du feu, numérique, CD (fin septembre), livre illustré, 2026. La page facebook d’Imbert Imbert, c’est ici. Ce que NosEnchanteurs en a déjà dit, là.
« Ton étoile », 2024 
« Petit journal du feu », 2026 
« Ne pas confondre » avec Cédric Piérini, 2025 


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