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Erquy 2026 : Frasiak, à l’ancre de ses mots

 

Eric Frasiak (photos d'archives Vincent Capraro)

Eric Frasiak (photos d’archives Vincent Capraro)

10 octobre 2026, festival Le Chant des Vagues, Erquy (Côtes d’Armor),

 

Nous avons souvent ici chroniqué Frasiak, une des grandes figures de son art que tous nous chérissons, vedette qu’il est de la marge, de cette chanson drapée d’invisibilité. Son répertoire est entre tous exemplaire, d’une dignité absolue. Qui nous parle de nous, de cette société qu’on voudrait à hauteur d’homme, qu’on aimerait digne et fraternelle. C’est peut-être parce qu’elle ne l’est pas qu’un Frasiak existe, qu’il en colmate comme il peut les maux avec ses chansons. Qui sont autant un baume apaisant que de fragiles rustines.

Ce soir, dans cette salle joliment baptisée « A l’ancre des mots », il arrime les siens, polis par des décennies de chansons et des souvenirs à la pelle. Visiblement, pas grand’monde le connaît ici : la surprise n’en sera que plus belle, plus franche. Vu le nombre de disques qu’il vendra à la sortie, il est sûr qu’on l’écoutera longtemps encore dans ce coin des Côtes d’Armor, qu’il y fera naître un nouveau camp retranché d’admirateurs. Un bout d’Erquy serait né d’une éruption volcanique. Tout comme Frasiak, natif d’une région rude, calaminée par le travail, laminée par le chômage, pourtant peuplée de ces mains d’or chères à un autre que lui. Sa chanson Monsieur Boulot est une colère à peine retenue, reproche à celui qui s’est cassé vers d’autres cieux, là où on paye bien moins les ouvriers. Erquy aurait inspiré le dessinateur Uderzo pour le village d’Astérix ; autre irréductible gaulois, Frasiak nous apparaît comme rude gaillard, taillé pour soulever des menhirs, pour forger des serpes, tel que pourraient l’être ses potes sidérurgistes. Mais c’est aussi et avant tout un tendre, un barde, un émotif, qui vous ferait chialer en chantant le Jardin de [son] papa : « Si tu voyais l’jardin dans l’état / Ça t’ferait comme du chagrin, du tracas / Une des graines que t’as semées c’était moi / Et tu vas lui manquer, mon papa… »

Frasiak 2Frasiak 3 Vincent CapraroL’ami Frasiak ne chante vraiment que des choses simples, qui plus est simplement. Il est de ceux qui appellent un con un con, fut-ce un ancien pote qu’à mal tourné, mal voté. Il célèbre la militante Greta Thunberg, elle et sa colère : « Aux nations désunies quand s’élève sa voix / Le monde écoute, petit, la colère de Greta ». La colère de Frasiak, son indignation aussi, n’oublient rien, pas non plus ce temps du Non-essentiels qu’a décrété ce pouvoir imbécile, quand il nous était interdit d’acheter un livre, un disque ou le moindre vêtement.

On aime ces Aujourd’hui qui chantent de Frasiak, bel auto-portrait, bilan sans amertume d’un chanteur délibérément tenu à la porte du succès : « Bienvenue dans mes chansons combattantes ». De ces chansons qui tranchent tant de ce monde qui déchante et risque de bientôt plus encore déchanter. Le chant de Frasiak, de lui et de nombre de ses confrères, sera dès lors plus nécessaire encore. Pour s’y chauffer, pour s’y rassurer, s’y ressourcer, y trouver l’énergie de plus encore se battre. Dans On en reparlera (clip ci-dessous), sa voix franche, assurée, assène des mots qu’il conviendrait d’entendre, de se mettre en bouche. De se saisir avant qu’il ne soit trop tard, avant l’ère de la blonde aux dangereuses idées brunes. 

 

Le site d’Eric Frasiak c’est ici ; ce que NosEnchanteurs a déjà dit de lui, c’est là.

 

« On en reparlera » : Image de prévisualisation YouTube

« Le Jardin de papa » : Image de prévisualisation YouTube

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