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Florent Marchet, « J’aime que les chansons soient utiles »

NOSENCHANTEURS. Vous publiez avec « Mobil home » votre septième album studio. Nous vous avions quitté, dans le précédent, en banlieue parisienne ; nous vous découvrons en Tunisie. Qu’est ce qui explique ces sortes de bascules régulières depuis votre enfance berrichonne?

Florent Marchet Photos © Bachir Tayachi

Florent Marchet Photos © Bachir Tayachi

FLORENT MARCHET : J’ai toujours aimé le déplacement, les voyages, les sorties de l’univers familier. Ainsi en passant aujourd’hui de Maisons-Alfort où je réside en famille à La Marsa, dans la banlieue de Tunis. C’est là que j’ai écrit toutes les chansons de cet album. A la fois je parlerais d’une bascule intime, géographique et artistique mais s’inscrivant dans une continuité. J’ai très vite compris que je n’aimais pas écrire enfermer dans un appartement parisien. Il me faut de l’espace. 

C’est-à-dire ?

A chaque album je choisis de transformer mes habitudes. J’aime découvrir des instruments nouveaux. C’est ma façon de remettre les acquis en question. On n’est pas le même à 20 ans et à 50 ! Pour cet album la rencontre avec le producteur belge Xavier de Maere répond à cette feuille de route. Après la phase de préproduction à Tunis nous avons enregistré à Paris. Avec les musiciens Louis Delorme, à la batterie, Elise Blanchard à la basse ou Marc-Antoine Pério à la guitare, ainsi qu’un ensemble de cuivres. Le guitariste François Poggio est venu enrichir la matière sonore. Je leur ai demandé de me surprendre. Ce qu’ils ont réussi à faire !

Qu’est-ce que vous a inspiré ce choix de prendre en compte les deux rives de la Méditerranée ?

Ce déplacement me conduit à poser un autre regard sur le monde ; alors qu’en Occident, pour faire bref, la tentation est forte de privilégier une vision autocentrée de la situation. Sans compter sur cette façon , ce rythme, de la vie en société que j’ai retrouvé. Je veux parler de ces moments non programmés où entre voisins on sort le soir pour échanger. Tout simplement. Le petit fils d’agriculteurs que je suis a pensé aux veillées à l’époque de mes grands-parents. Loin d’être une image d’Epinal voilà une valeur qui compte. En France je retrouve une société de plus en plus polarisée, individualiste et inquiète. Sous la dépendance des réseaux sociaux.

C’est la couleur dominante de cet album ?

MARCHET Florent  - PHOTO PRESSE (CREDIT @Bachir Tayachi) 350x350« Mobil home » se veut plus lumineux que le gris dominant. J’ai pris du recul au fil de l’écriture et les couleurs musicales apportent leurs éclairages variés. Cela dit, je n’oublie jamais mon souhait de traduire la vie de celles et de ceux qui sont privés de paroles et dont la vie est difficile. Comme un reflet de nos sociétés à chaque étape. Le chanteur se fait conteur. J’aime que mes chansons soient utiles.

On pourrait parler d’être comme la voix des sans voix ?

C’est une façon de rester connecté au monde. Composer, écrire, sur des thèmes contemporains comme l’exclusion sociale, les masculinités, les passages délicats de la cinquantaine, c’est ma façon de ne pas oublier ceux qui peinent sur le chemin. Et du coup de partager la chance que je peux ressentir en vivant du métier que j’ai choisi dans un pays où la démocratie existe. Il est vrai qu’aujourd’hui il est plus difficile à des nouveaux talents d’émerger. A l’époque de mes débuts les cafés concerts ou petites salles ont compté. Et puis l’âge avançant, ce sont les amis proches qui disparaissent parfois brutalement. Comme Jean-Louis Murat ou François Donzé, une figure de Lignières, un ami musicien qui a compté dans mon parcours. C’est ce qui peut expliquer que l’album envisagé au départ comme dans une sorte de plénitude tient compte de ces évènements. Sans faire disparaître d’autres sentiments que la perte ou le déclassement. Comme l’amour de l’être cher.

On découvre encore que la chanson n’est pas la seule corde à votre arc ? Comme le suggère Charlélie Couture vous inscrivez-vous dans la lignée des « multistes » ?

- Il importe que varier les outils. C’est ainsi que comme avec une caméra on réussit à changer d’angles de prise de vue. L’écriture de romans (le troisième est en route) m’a permis de dire ce que je n’arrivais pas à exprimer clairement dans une chanson. De même pour les musiques de films.

Le fil rouge de vos albums dessine votre propre vie ?

Oui. Comme lorsque je parle de l’adolescence, l’âge de mes deux enfants. Mes chansons sont comme un carnet de bord. Elles vieillissent avec moi. Comme la somme de tout ce que j’ai traversé. Dans ma jeunesse j’entendais des propos sur le thème « Chanteur ? C’est une métier pour des bons à rien ». Chaque concert où je rencontre le public me prouve l’inverse. C’est aussi pour cela que je tiens à me produire à domicile, chez l’habitant. Les chansons prennent une autre dimension à ces moments-là. Comme j’aime aussi aborder les foules des Francofolies ou du Printemps de Bourges ou autres festivals. Je ne suis pas là pour divertir. J’aime les artistes qui tentent d’unir leur existence et celle de la société où ils vivent.

Propos recueillis par Robert MIGLIORINI.

- « Mobil Home », l’album

Un conteur au regard documenté

MARCHET Florent 2026 Mobil home 500x500Nous voilà prévenus : Florent Marchet n’écrit, ne compose et ne chante, pas pour occuper la rubrique divertissement. Son nouvel album « Mobil Home » s’inscrit bien dans le registre du conteur au regard documenté dont les chansons sont là aussi (déclaration sur France Inter) « pour susciter de l’empathie sur des sujets difficiles, pour porter des sujets de société. » Ainsi la chanson titre est venue après une conversation avec une personne vivant dans un mobil home. L’enfant de Lignières, né à Bourges, passé par Paris et désormais installé partiellement en Tunisie, capte l’air du temps. Comme celui de la montée de l’extrême droite et de courants comme le virilisme ambiant. Il constate que le tableau de son carnet de bord affiche des couleurs plus grises que lumineuse. Il veut aussi nous mettre sur la voie d’un monde plus beau que la seule caricature que l’on pourrait en faire. D’où cette volonté de célébrer la vie, l’amour familial. Tout ce qui met en joie. Sans éviter donc les sujets plus sombres. C’est lors d’une balade que Florent Marchet a ressenti un moment de panique. D’autant que des amis proches disparaissent. Poètes et musiciens comme lui.

Le réel est bien présent dans ces chansons. Non sans surprise. Comme cet aboiement de chien, dénommé Raymond à la ville, capté au hasard d’une promenade. Florent Marchet explique aimer capturer les sons depuis son premier album où l’en entendait les cloches de l’église de son village.

Quinquagénaire préoccupé d’autrui Florent Marchet offre quatorze chansons qui sont autant de remèdes à ces peurs qui nous guettent et pourraient nous paralyser.

 

« Mobil Home », un album Nodiva. Le site de Florent Marchet, c’est ici ; ce que NosEnchanteurs a déjà dit de lui, c’est là. En concert le 12 novembre 2026 à Grenoble, le 14 à Boulogne sur Mer, le 19 à Nantes, le 20 à Avrillé, le 26 à Toulouse, le 27 à Cenon, le 10 décembre à Allonnes et le 16 à La Cigale à Paris. Toutes les dates sur son site.

« Irréel » Image de prévisualisation YouTube

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