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Le premier qui dit la vérité…

J’ai des amis formidables. Il s’en trouve toujours un pour enregistrer une émission télé sur Bernard Lavilliers pour le cas où je ne l’aurais pas vu et que je passe prendre l’apéro, pour bien en rire ensemble.
C’est ainsi que je viens de regarder cette émission signée Jacques Pessis, diffusée le jeudi 29 décembre dernier sur France5, dans le cadre de la série L’air du temps.
Nous avons ri, l’ami et moi, du ridicule achevé de cette émission, qui a la prétention de convoquer des images d’archives (un peu vite rassemblées il me semble) pour rentrer coûte que coûte, même au chausse-pied, dans la légende Lavilliers. Rien n’est crédible, tout est bâclé. C’est énervant.
J’avais plutôt une image de grand sérieux de France5, dont « les programmes sont axés sur l’éducation, le savoir et la connaissance » et dont l’actuel slogan est « Explorer, étonner, éclairer ». Pas désinformer, que je sache…

Ce n’est certainement pas l’auteur qui est le plus à même de chroniquer son œuvre. D’où mon embarras… Paraît en librairies ce mercredi 10 novembre un livre singulier, biographie non autorisée de Bernard Lavilliers : Les Vies liées de Lavilliers, chez Flammarion. J’en suis l’auteur. Sans se perdre dans la nuit des temps, le genèse de ce livre est lointaine, six ans et demi déjà que Fred Hidalgo, fondateur deChorus et directeur de collection chez un autre éditeur (le livre a été à l’origine une commande des éditions Chorus-Fayard), m’a encouragé à m’atteler à ce travail qui devait être, collection oblige, un livre écrit à quatre mains : Lavilliers et moi. Beaucoup de temps et d’aventures éditoriales, d’avancées, de reculs, d’attentes, d’enthousiasme et de contrariétés aussi, la rencontre avec la belle équipe de Flammarion, tout ça pour en arriver à ce livre-là… Que vous lirez sans doute. En voici le texte de la page 4 de couv’. Ça peut vous en donner une juste idée : « Entre rêve et réalité, Bernard Lavilliers a plus d’une vie. Il existe en conséquence plusieurs manières de le raconter. On peut s’enfoncer avec lui au plus profond de la jungle amazonienne, se ganter de boxe, croupir dans d’infâmes geôles, se la jouer Borsalino… Ou, plus sagement, retrouver les traces d’un jeune homme dont l’ambition n’a d’égal que son talent. D’un chanteur qui, fardé pour l’éternité d’une palpitante légende, s’imposera comme un des géants de la scène et le restera.  Ce livre est un choc et fera débat. Ce n’est pas l’histoire officielle, mythographie mille fois imprimée, qui y est racontée : c’est l’envers de la légende. Longue enquête de plus de six ans qui démêle le vrai du rêve, de l’usage du rêve, où, pour la première fois, nombre de ses compagnons de route racontent leur Lavilliers, ce livre révèle la part d’ombre d’un artiste qui s’est inventé un nid pour y accoucher d’une œuvre majeure. Après long silence, la légende s’entrouvre enfin, mettant en lumière un personnage digne des plus beaux romans. »

LES VIES LIES DE LAVILLIERS
« Les Vies liées de Lavilliers » est paru en novembre 2010 chez Flammarion. Toujours disponible, on peut le commander à son libraire de proximité. NosEnchanteurs a consacré de nombreux articles à cet ouvrage qui, à sa sortie, a subit une rare omerta par l’ensemble de la presse écrite ainsi que radios et télés, à de rares exceptions près. Voici, en guise de succincte présentation, le texte de la page 4 de couv’. Ça peut vous en donner une juste idée :
« Entre rêve et réalité, Bernard Lavilliers a plus d’une vie. Il existe en conséquence plusieurs manières de le raconter. On peut s’enfoncer avec lui au plus profond de la jungle amazonienne, se ganter de boxe, croupir dans d’infâmes geôles, se la jouer Borsalino… Ou, plus sagement, retrouver les traces d’un jeune homme dont l’ambition n’a d’égal que son talent. D’un chanteur qui, fardé pour l’éternité d’une palpitante légende, s’imposera comme un des géants de la scène et le restera.
Ce livre est un choc et fera débat. Ce n’est pas l’histoire officielle, mythographie mille fois imprimée, qui y est racontée : c’est l’envers de la légende. Longue enquête de plus de six ans qui démêle le vrai du rêve, de l’usage du rêve, où, pour la première fois, nombre de ses compagnons de route racontent leur Lavilliers, ce livre révèle la part d’ombre d’un artiste qui s’est inventé un nid pour y accoucher d’une œuvre majeure.
Après long silence, la légende s’entrouvre enfin, mettant en lumière un personnage digne des plus beaux romans. »

Comment vous dire ? C’est comme si on niait les dinosaures, la théorie de l’évolution, les talonnettes de Sarko et le réchauffement climatique. Un déni. Si au moins cette émission avait été précédée d’un avertissement, du style : « Ce programme de pur divertissement fait le choix de n’explorer et de n’entériner que la fantaisiste légende de Lavilliers, sans le moindre recul », je comprendrais, bien que nous soyons, dois-je insister, sur la « chaine du savoir », pas sur TF1. On pouvait, jadis, feindre d’ignorer que toute la légende de Lavilliers, tout ce que Nanar nous sert depuis quarante ans n’est que du pipeau, qu’il n’y a ni maison de correction, ni folles aventures brésiliennes, ni boxe ni prisons… Rien, si ce n’est l’usine d’armes et une incroyable part de rêve. On pouvait… Plus maintenant, plus depuis la parution du livre Les vies liées de Lavilliers, en novembre 2010 chez Flammarion. Mais, plus que taire ce livre (ce que fait très bien la presse, nous l’avons vu), il faut au contraire en repasser une couche, défendre l’indéfendable, faire du mensonge la seule et unique vérité, taillée dans la pierre, coulée dans le béton. Pourquoi ? Pourquoi cette obstination, cet entêtement du mensonge ? Stakhanoviste de la biographie et du documentaire télé, Pessis ne peut pas ne pas avoir pris connaissance de ce livre. Il savait donc pertinemment qu’il faisait un faux, au sens qu’il ne colportait peu ou prou que du faux. Pourquoi l’a-t-il fait ? Est-ce de la fainéantise, du « parer au plus pressé », est-ce un travail de commande dicté par Lavilliers lui-même ?
Eh bien oui, ou presque. Contactée hier par mes soins, la maison de production, P6 productions, dit avoir toujours travaillé en collaboration avec les artistes, et que ce travail-là a été supervisé par Lavilliers, rectifié et validé par Frédéric Vinet, le manager et bras droit de Lavilliers, gardien de temple s’il en est. « On ne fait pas du reportage, pas de sensationnalisme » se défend Delphine, la chargée de production de P6 : « On dit la vérité que les artistes ont envie. » Ce film, dont la réalisation a débuté en septembre 2011, est de fait, même à l’insu de P6 productions, une réponse au livre Les vies liées de Lavilliers, une réponse par l’absurde.
Je crois l’avoir déjà dit ici : il n’y a pas de petits arrangements avec la vérité. Que la chaine du savoir s’accommode d’un tel tissu de mensonges et il n’y a plus de savoir. Encore cela ne concerne qu’un chanteur : qu’en est-il de la politique, de l’Histoire, des sciences humaines ?… Si on traite tous les sujets avec un tel mépris de la vérité, où est donc la vérité ? Existe-t-elle encore ?

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