CMS

Le chanteur n’est-il plus qu’un produit ? Oui !

Le merchandising de Gauvain Sers, que le commerce n'a pas oublié (DR)

Le merchandising de Gauvain Sers, que le commerce n’a pas oublié (DR)

La toile a ceci de bien qu’elle nous permet de tout savoir ou peu s’en faut sur nos artistes : leur vie, leur œuvre, leur actu. Je tape Machin.com et j’ai ses news, ses photos, sa bio, sa discographie, des clips… à savoir l’outillage nécessaire à l’amateur de chanson.

Mais ça se fait bien plus rare.

Nombre de chanteurs ont abandonné leur site qui leur coûte du temps et de l’argent, se contentant désormais d’une bien plus modeste page facebook : tout ce qui fait l’intérêt d’un site y est absent.

Et, l’avez-vous remarqué, tendance lourde de ces derniers mois, de plus en plus de sites se vident complètement de leur contenu pour n’être plus qu’un « store », une simple et affligeante boutique, un étal numérique…

A quoi bon en effet que le fan soit instruit du pourquoi et du comment de l’artiste, qu’il sache tout de lui ? Un fan a une responsabilité limitée : il se doit d’aimer aveuglément, pas de se poser des questions. D’idolâtrer, pas d’être informé. Le fan n’a, je crois, qu’une seule et unique fonction : acheter. Car le chanteur, le savez-vous, n’est qu’un produit ; la star une tête de gondole. Achetez, achetez, achetez, le fan n’est qu’un porte-monnaie !

Mugs Clara Luciani

Mugs officiels du « Encore tour » Collection Clara Luciani

Ainsi, le site de Clara Luciani n’est qu’étal de disques et de song-book, de mugs sérigraphiés « J’étais au concert de Clara Luciani » et de tee-shirts, de patchs, de médaillons, même de bougies et de puzzles : portrait de la star en mille pièces. Quant à celui de Gauvain Sers, c’est une micro-entreprise de revente de casquettes (elles sont fabriquées en Italie, ne pourrait-on localiser la production en Creuse, chez Les Oubliés ?), de porte-clefs, de mugs, de briquets, de pin’s et de badges, de tee-shirts homme, femme et enfant. Plus sobre, le site de Bernard Lavilliers se résume à vendre les multiples déclinaisons de son dernier album, avec cependant un argumentaire sur cet opus.

Exit l’humain, vive le commerce ! L’artiste – au moins son empreinte officielle sur le web – n’est plus qu’incitation à faire chauffer votre carte bleue. L’émotion initiale, celle qui vous a amené à l’artiste, ne serait-elle donc qu’un leurre, un attrape-couillon ? De là à penser que le répertoire présent et à venir de nos artistes est calculé au plus juste pour susciter l’acte de consommation (le disque mais pas que), il n’y a qu’un pas.

Luciani, Sers, Lavilliers, ce ne sont ici que trois artistes parmi plein d’autres. Leur site n’est plus qu’un « store », la version « e-commerce » de leurs tables de ventes à l’issue de leurs concerts respectifs. Trois chanteurs qu’on dit à qui veut le croire être « engagés », la première pour avoir abordé les violences faites aux femmes (encore faut-il, c’est vrai, arriver à comprendre ses textes quand elle chante), le second pour des chansons qu’on dit être au mieux la résurgence, au pire la survivance de cette chanson engagée, dans le sillage de Renaud. Quant à Lavilliers…

Mais quel engagement au bout du compte : celui de vous refourguer d’inutiles maillots et colifichets vendus avec une marge confortable ? Où est l’art de l’artiste ? Où est sa sincérité ?

N’en déplaise à des artistes qui, a priori, méritent mon respect, cette part vénale me chagrine beaucoup : j’ai beau me dire qu’ils sont otages de leur propre bizness, de gens qui décident à leur place, ça renforce ma distance, ma méfiance. Ça ruine quelque peu mon envie…

18 Réponses à Le chanteur n’est-il plus qu’un produit ? Oui !

  1. Marlène Ingrand 17 septembre 2022 à 17 h 41 min

    Hélas, il est vrai que de nos jours tout s’achète, même et surtout l’inutile…. J’avoue que ça m’agace beaucoup tous ces sites qui essaient de nous vendre n’importe quoi. Dans un chanteur, ce que j’aime avant tout c’est ce qu’il chante. A condition, encore, de comprendre ce qu’il dit, bien sûr, et hélas c’est de moins en moins le cas ! Ou bien ils parlent entre leurs dents, ou bien ils murmurent, ou bien la musique est si forte qu’on n’entend plus qu’elle. Dans tous ces cas je fulmine ! Merci, Monsieur, de remettre parfois les pendules à l’heure !

    Répondre
  2. Christophe Artannes 17 septembre 2022 à 17 h 45 min

    « Quand on pense qu il suffirait que les gens ne les achètent plus pour que ça ne se vende pas »

    Et pour compléter ton édito je rajouterai que sont des produits ceux qui acceptent de l être. On a toujours le choix. C est juste une question de savoir où mets tu ta passion d artiste et que veux tu en faire ?
    Es tu honnête avec toi même ?
    Bref… je préfère ne pas m’étendre sur le sujet

    Répondre
  3. Dim Dim 17 septembre 2022 à 17 h 46 min

    Ça a toujours existé ça c’est juste accéléré comme le débit internet et la masse réseaux social !

    Répondre
  4. Dalele Muller 17 septembre 2022 à 17 h 47 min

    En effet, les temps sont durs… Mais pas mal d’artistes cherchent des alternatives. Hauts les coeurs !

    Répondre
  5. Dalele Muller 17 septembre 2022 à 17 h 50 min

    Respect à Christophe Miossec qui estime que lorsque les gens dépensent pour une place de concert, c’est déjà beaucoup et refuse cette consommation superflue.

    Répondre
  6. Paul Granié 17 septembre 2022 à 17 h 52 min

    Il y a 30 ans déjà à un concert d’Alain Souchon, la demande était d acheter des briquets pour faire « la fête à Alain »… déception.

    Répondre
  7. Mag River 17 septembre 2022 à 19 h 11 min

    Il existe beaucoup d’artistes engagés auprès de leur porte monnaie ; J’aime les idées et les paroles qui aident à vivre avec différents points de vue évidemment pour développer de la richesse ; pour ceux là j’aimerais promotion de disques et diffusion (radio, tv et magazines), les maillots et porte clés sont ridicules, mais où c’est qu’ils sont allés chercher ces idées de cloportes ?

    Répondre
  8. Adriana Gonzalez 18 septembre 2022 à 8 h 28 min

    Merci pas pour moi ! Par principe je n’achète rien sur le web ! J’aime aller au magasin, parler avec le vendeur, voir, toucher, sentir le produit, le prendre dans mes mains… Même pour un bouquin, ma passion, je peux attendre et l’acheter moi-même dans une belle librairie (je fais la commande à ma libraire française à BA et j’attends les deux mois pour son arrivée), ou demander à quelqu’un qui me l’achète et apporte quand il vient à BA (amis, élèves…), ou aller à la bibliothèque (Amazon n’existe pas pour moi). Le merchandising me débecte, aimer un artiste ce n’est pas aller à Disney (j’aime pas non plus !) et acheter le porte-clés de Minnie ou le mug d’Alladin. Porter le t-shirt de ma bande ou artiste aimé étant ado, même pas ! Jamais ! C est dommage pour Gauvain Sers que j’aime beaucoup, les autres je m’en fiche ! Ma maman dirait  » la culpa no es del chancho sino de quien le da de comer ».

    Répondre
  9. Tocade 18 septembre 2022 à 8 h 58 min

    Brassens vendrait-il de fausses moustaches aujourd’hui ?

    Répondre
  10. CHRISTIAN CAMERLYNCK 18 septembre 2022 à 9 h 57 min

    Je souscris à cet article. J’aimerais quitter Facebook et n’être que sur mon site. Je n’ai à vendre que les CD chez les courageux de EPM. Par les temps qui courent vite et mal nous pouvons nous poser quelques questions. Pourquoi si peu de vente de CD ? Pourquoi n’y-a-t-il pas plus d’abonnés à Hexagone, NosEnchanteurs, Franco-fans, Je chante ? Pourquoi une baisse conséquente de la fréquentation dans les lieux chansons ? Pourquoi le Forum Léo-Ferré menacé de suspendre sa programmation cet automne ? Pourquoi ai-je vu, tel Sisyphe, quelqu’un circuler dans les rues de Barjac avec un chariot pour vendre CD et livres ? Je suppose que c’est pour tenter de rencontrer le public.

    Répondre
  11. Myckaël Marcovic 19 septembre 2022 à 9 h 10 min

    Tant qu’à être un produit, autant être un multiplicateur de bonnes chansons et tant mieux s’il touche des dividendes.

    Répondre
  12. Steve Normandin 19 septembre 2022 à 9 h 12 min

    Ça fait longtemps que ça dure, je trouve…

    Répondre
  13. Philippe Noulette 19 septembre 2022 à 9 h 13 min

    Le plaisir extrême c’est le lien entre l’artiste et le public, un simple dédicace vaut bien mieux que les objets fétiches qui ne sont que des produits du marketing, l’essentiel se dit avec le coeur, le reste ne devient plus qu’un souvenir et ne dure pas longtemps. Vive les artistes qui embellissent le ciel de milles étoiles, pour qu’une poussière retombe sur nos pas de chaque jour…. Filou (Suisse)

    Répondre
  14. Joël Luguern 19 septembre 2022 à 23 h 13 min

    En juillet 2021, j’avais déjà manifesté, ici, ma « surprise » – et ma déception – de voir que le site de Gauvain Sers était surtout une boutique de « produits dérivés », telle une banale boutique du PSG ou du Mont Saint-Michel. Du coup , moi qui voulais acheter son disque « Les oubliés », je ne l’ai pas fait.
    Oui, c’est très décevant quand un chanteur agit ainsi tout en dénonçant , dans ses chansons, la commercialisation de la société.
    Ce qui me rassure, avec cet article de Michel Kemper et les points de vue de nombreux lecteurs, c’est que je ne suis plus seul à trouver cela, disons le mot: choquant.

    Répondre
  15. Hervé Suhubiette 20 septembre 2022 à 16 h 01 min

    Plutôt assez d’accord avec tout ça mais il me vient quand même à l’esprit que si tout ça est fabriqué et vendu, c’est bien parce que le public achète volontiers ! Ceci dit, je ne sais où va l’argent récolté avec ce merchandising, mais si je découvre qu’une casquette ou un mug « I love Hervé » peut financer mon prochain projet, je vais y réfléchir à deux fois !

    Répondre
  16. Desjardins 23 septembre 2022 à 0 h 16 min

    Cela me parait un reproche un peu facile quand même… j’aimerai voir la maison de l’auteur de ce texte, le nombre de bibelots souvenirs qui s’y trouvent…
    Quant à reprocher à Lavilliers de vendre ses disques sur son site, ça ressemble à un procès d’intention…
    Facebook, il suffit de n’y pas avoir de compte, ce qui est recommandé, pour ne pas pouvoir le consulter et s’éviter des énervements :-)

    Répondre
    • Michel Kemper 23 septembre 2022 à 11 h 26 min

      Pas un seul mug, pas un tee-shirt, pas un porte-clef, pas une casquette, rien, pas un seul bibelot ! Quand un site ne sert plus qu’à exposer des produits à vendre, et rien d’autres (c’est le cas aussi de Lavilliers qui n’existe que son dernier albums), ce n’est plus un site, c’est une boutique.

      Répondre
  17. Desjardins 2 octobre 2022 à 10 h 28 min

    Bon OK, c’est vrai qu’on trouve des sites autrement plus intéressants, par exemple le superbe site suivant :
    https://nicolas-bacchus.com/accueil

    Répondre

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

*

code

Vous pouvez utiliser ces balises et attributs HTML : <a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <strike> <strong>

Archives