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Françoise Kucheida « Le chevalet de Liévin »

KUCHEIDA Françoise 1995 De la Scarpe à la Seine 500x500Il attend quel pinceau, quelle couleur, quel génie ?
Il attend quoi l’puits trois, pour briller en galerie ?
« Picassiette » ou Miró, Goya ou Velasquez
Il attend quel musée, il attend quelle cimaise
Quel mur, quel atelier, quelle palette et quelle main
Le chevalet posé sur la place de Liévin ?
Le chevalet posé sur la place de Liévin
Il attend quel pastel, quel crayon, quel fusain ?
Il attend l’œil mineur de quel collectionneur ?
Il attend quel marteau de quel maître-priseur ?
Quel clou pour l’accrocher à quel vieux p
apier peint
Le chevalet vissé sur la place de Liévin ?
Crever de quelle critique dans quel cadre doré ?
Être acheté combien, de qui être admiré ?
Quel tournesol, quel cri, quel chant, quel Guernica
Resteront à venir sur ces poutrelles en croix

Françoise Kucheida

Paroles Allain Leprest, Musique Romain Didier. Extrait de l’album « De la Scarpe à la Seine » 1995

Nous continuons notre rendez-vous avec les chansons qui évoquent la peinture, avec ce titre du premier album de Françoise Kucheida sorti chez Saravah. C’est l’occasion de rendre hommage tant à Françoise Kucheida, décédée le 17 juillet 2023, et qui avait créé un Festival Le 6eme son à Liévin, malheureusement disparu depuis – il avait justement lieu dans la Salle Allain Leprest du Centre culturel Arc-en-Ciel – qu’à Allain Leprest qui mettait fin à ses jours le 15 août 2011. L’auteur-compositeur-interprète, également dessinateur et peintre de talent. 

Ce chevalet de Liévin joue sur le terme employé pour le peintre comme pour la mine, le chevalet où l’on pose sa toile pour une création peut-être mémorable, et celui de la cité minière du Pas-de-Calais, Liévin. 

De 1857 à 1980, sur une période seulement interrompue par des grèves ou des guerres, la ville sera minière et le chevalet, c’est un chevalement bleu qui permet de descendre au fond du puits.
En 1974 survient la plus grande catastrophe minière européenne d’après-guerre, dans ce puits 3 des mines de Lens Saint-Amé, un coup de grisou qui fera 42 morts et sonnera le glas de la mine à l’activité déjà très déclinante. « Il attend quoi(…) pour briller en galerie ? » Admirez le choix des mots d’Allain Leprest, briller, pour une explosion suivie d’un incendie, galerie, non pas d’exposition (quoique… d’exposition au danger !), mais de mine.
Et ce Guernica, n’est-ce pas ce massacre dû à la folie des hommes, « qui  exploitent et sacrifient la santé ou la vie des travailleurs à la productivité », selon le réquisitoire de Jean-Paul Sartre, une fatalité factice. Leprest doit se souvenir que Miró a peint des œuvres illustrant la  lutte du peuple, en faveur des républicains espagnols, que Goya a peint des scènes de violence, de crimes et de guerres (Les peintures noires), s’est attaqué à  l’injustice de la mort d’hommes fusillés par d’autres hommes (Tres de Mayo, 1814), que Velázquez dès le XVIIeme siècle a peint les gens du peuple d’une façon très naturaliste, n’hésitant pas non plus à rendre les défauts des grands de ce monde (famille royale, pape Innocent X), inspirant à sa suite Goya ou Picasso.. 

Voilà  ce qu’attend ce  chevalet : « Il attend un cortège de figures noires peintes / Des regards sans poumons et des lampes éteintes / Il attend sa mémoire dans les rues incendiées / Il veille sur un trou rebouché sous ses pieds ». On ne peut s’empêcher non plus de penser à ce « C’est peut-être Van Gogh, le môme qui grave des ailes » (2007), qui finira peut-être à l’usine ou à la mine : « On le saura jamais, pauvre flocon de neige / Pour un bon Dieu qui naît, cent millions font cortège ».

 

 

 

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