Nammour / Lantoine : onze portraits jurés crachés
Loïc Lantoine et Marc Namour (photo de presse)
Ils se prénomment Franck, Bintou, Rebecca, Sophie, Yacine, Dylan, Sylvia, Olga, Mathieu, Bernard Jr et Thomas. Pas des gens de la haute, plutôt de la basse, tous (si ce n’est Bernard Jr, le flambeur : « Moi j’ai tout, moi / C’est tout moi ») à vivre, souvent survivre, des plus modestement. Ça pue la misère à chaque rime. Pour chacun d’entre eux, une chanson, comme un photomaton. Chaque fois le « je », censé signer l’autoportrait.
Marc Nammour et Loïc Lantoine en sont les porte-parole, presque les avocats. Dans une chanson-slam criante de vérités, qui souvent saigne, souffre, étale des existences blessées, contraintes, parfois misérables, toujours miséreuses. Avec, ici et là, des p’tites lumières, lueurs d’espoir, condensés d’humanité. Comme Sophie qui nous dit « J’arrose le bonheur / Pour qu’il pousse haut ».
Onze chansons que vous écoutez presque bouche bée, d’une seule traite, comme un passionnant long-métrage, utile reportage, sur ces femmes et hommes qui, vaille que vaille, coûte que coûte, se débrouillent, tentent de vivre. D’aimer, de bouffer, de vivre ensemble ou de faire semblant.
Parmi eux, des gens qui luttent. Et d’autres qui, non ont baissé les bras mais ont porté leur énergie ailleurs, en d’autres causes. Comme Olga : « J’lance plus d’pavés / Je les peins ». Elle ne veux plus désormais que le beau à chaque instant « en freinant la course des ans ». Des mains créatrices et d’autres qui peinent à les retenir, a réfréner leur violence, comme Franck, qui aime pas se brûler mais aime jouer avec le feu : « Je m’débats pour lutter contre tout c’qui me retient ».
Il y a Rebecca, mère célibataire dont le seul objectif est de gagner ses 200 balles pour nourrir son Gavroche. Elle ne vit pas, elle survit, toujours d’humeur incendiaire, en un état permanent de petite mort : « J’ai perdu l’innocence dans des caves et des garages » nous confie-t-elle. Mathieu, lui, est toujours stressé, tétanisé, pour l’heure satisfait d’avoir passé une nuit sans les tutos. Yacine rassure son enfant : « Si tu casses joujou / Papa va réparer… » A l’hôpital, Bintou tente de se convaincre : « J’ai la vie qui r’pousse / J’ai plus froid… »
Peu de traits d’humour ici, si ce ne sont des fulgurances d’une étrange poésie (« J’ai l’humeur radicale / J’ai le gospel fumigène », « Y’a toujours du sang de pauvre dans l’argent des riches »…) mais le froid témoignage, désillusionné, parfois carrément désespéré, micro-trottoir, micro-quartier, en direct live de la vie d’autrui.
Nammour et Lantoine sont ici brillants reporters, à même le terrain. Pas une seule seconde ils ne forcent le trait, se contentant de chanter, de slamer, de transmettre. Ces onze titres, onze tranches de vie sont un condensé d’humanité.
On savait la complicité de ces deux-là qui déjà unirent flows et mots sur un précédent album (et spectacle) Fiers et tremblants. En décortiquant l’intime, en y injectant une poésie qui éclairent comme jamais ces vies souvent ternes, monotones, en scandant le mal de vivre, en allant de l’autre côté du miroir de notre société, ils font œuvre nécessaire, salutaire.
Ce CD est composé de onze plages : ces onze portraits. Il est complété, dans une sorte de « version intégrale » par les interludes correspondants (qu’on peut écouter ici).
Marc Nammour & Loïc Lantoine, Portraits crachés, La Station service/L’Autre distribution 2026. Le facebook de Marc Nammour, c’est ici ; celui de Loïc Lantoine, c’est là. Ce que NosEnchanteurs a déjà dit d’eux, c’est là.


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