Jeanne Cherhal, la tête et les jambes
Bruxelles, le W:Halll, 8 avril 2026
Le dernier album de Jeanne Cherhal, sorti voici un an, s’intitule sobrement Jeanne. Sur la pochette, elle se la joue légèrement provoc, avec sa tenue ne nous cachant rien de ses gambettes et sa pose de danseuse chargée à l’énergie. Pas le genre de photo que l’on attend d’une artiste cataloguée féministe et œuvrant dans la chanson de paroles…
Et pourtant, ce portrait glamour est l’exact reflet du concert vécu ce mercredi soir. Qu’on se le dise : Jeanne Cherhal a décidé de nous offrir un spectacle où les yeux sont autant sollicités que l’esprit. A voir et à manger ! Pour le plus grand plaisir de l’assistance enthousiaste venue en nombre.
En fond de scène, un rideau fait de longues tresses, sur lequel seront projetées quelques ombres et sa signature en guise de baiser final. Au centre du plateau, un étrange et original double piano siamois, muni d’un escalier qui s’avérera bien utile, orné lui aussi de sa dédicace. Jeanne est partout, comme si elle voulait souligner qu’elle est une star à sa manière et combien elle s’est investie personnellement dans le spectacle. L’instrument permet en tout cas à la vedette et à son pianiste/trompettiste de jouer ensemble, chacun à un bout de l’appareillage. Pour entourer le duo, un batteur, un bassiste et un guitariste connaissant leur affaire.

Et puis il y a la Jeanne, en grande forme, tout excitée à l’idée de retrouver le public belge (selon ses dires, le meilleur du monde, avec celui de Lille). Qui débute le show par deux morceaux enchaînés : Rodrigues (partie 1 et partie 2) et J’ai faim. Une chanson nouvelle pour une ancienne. Tel sera à peu près le pourcentage du répertoire de la soirée : 50% de nouveautés et 50% de titres anciens, de Ça sent le sapin (2004) à Noxolo (2014) ou Le feu aux joues (2019). Des chansons magnifiées par le talent des accompagnateurs ou plus sobrement interprétées en piano-voix par l’artiste. Sheller et Sanson ne sont jamais loin. Mention particulière pour La station, extraite de son premier album 12 fois par an (dont la chanson-titre nous a été par ailleurs offerte spontanément, la chanteuse étant – on saura tout – justement ce soir-là dans sa mauvaise période).
Sans se départir d’un second degré de bon aloi, Jeanne Cherhal a décidé de s’abandonner au clinquant, telle une Dalida ressuscitée, arborant trois tenues différentes, passant d’un pantalon scintillant à une longue robe dos-nu en lamé, avec une étape de transition sur un mini-short sexy. Pour permettre une meilleure vision de ces habits de lumière, elle n’hésite pas à grimper sur le piano, pour y esquisser des pas de danse ou lancer ses jambes en l’air mieux qu’une show-girl du Moulin Rouge… Du bling-bling souriant et bien rodé, qui ne masque pourtant en aucune façon le fond de ses chansons et n’empêche nullement l’émotion de nous saisir sur certains titres, comme La Marée, La vie est trop courte ou Sous les toits.
Nous quittons l’artiste sur Le cri des loups, chanson sur le harcèlement et le patriarcat nocif, s’achevant par les mots d’Emmanuel Macron défendant Gérard Depardieu. La preuve que l’on peut jouer la carte du music-hall sans brader ses convictions. Soyez-en bien persuadés : Jeanne Cherhal n’a pas vraiment changé et c’est ça qui nous la rend si précieuse.
Le site de Jeanne Cherhal, c’est ici ; ce que NosEnchanteurs a déjà dit d’elle, c’est là.
« La vie est trop courte », session RTL 
« Le cri des loups » 



Commentaires récents