CMS

Gilbert Laffaille « L’infinitif »

LAFFAILLE Gilbert 1985 L'année du ratCrier, pleurer et naître
Aimer donner sourire
Apprendre dépendre grandir
Changer renier subir
Jouer sembler paraître
Vouloir avoir et jouir
Tricher ruser se fuir
Tomber saigner rougir

Aimer donner sourire

Gilbert Laffaille

Paroles Gilbert Laffaille, Musique Laurent Angrand. Extrait de l’album « L’année du rat » 1985

J’aime beaucoup cette chanson, ici dans sa version réorchestrée dans le triple album florilège « La valse bleue », 2023, la version d’origine, en vinyle, grattant un peu. Constituée uniquement d’infinitifs, elle résume les expériences d’une vie et est en partie autobiographique. Gilbert nous dit qu’il l’a longtemps gardée dans ses tiroirs avant que Laurent Angrand n’en fasse une valse lente. Elle me rappelle un peu la chanson Mousse d’Anne Sylvestre, 1968, qui, elle, exprime aussi beaucoup d’émotion avec un mot par vers.

Un goût commun des mots bien choisis, de leur sens et de leur sonorité. Gilbert Laffaille a été professeur de Lettres quelques années, et accompagnateur touristique en Orient proche ou lointain. Il a surtout le goût de l’observation des choses de la vie et des gens, un sens de l’absurde, un esprit critique et satirique, et très tôt il a intercalé des sketchs en respiration au sein de ses récitals de chanson. Ou des chansons-sketchs baptisée skontchs.
LAFFAILLE Gilbert 2026 Mardi gras 235x350Maintenant qu’il a quitté la scène, il a tout le loisir d’écrire des livres, et après avoir rendu hommage à son grand-père Jean Carol, déjà romancier et voyageur (un deuxième volume, « Jean Carol Contes et Nouvelles » est paru en 2025), il vient de publier sa première pièce de théâtre, « Mardi Gras », développant en plus grand toutes les qualités de ses sketchs.
Une réjouissante satire de la vie bourgeoise avec des personnages archétypaux, la maîtresse de maison cordon-bleu, la jeune fille de la maison, la bonne, le couple d’invités qui porte le nom d’une de ces associations qui sous couvert d’action humanitaire favorise d’abord leurs propres privilèges
« Qui sert le mieux profite le plus », le professeur, l’amiral, et de passage, des éboueurs – rebaptisés du haut de la classe supérieure boueux – revenant réclamer leurs étrennes a posteriori, et auxquels on envoie la bonne avec une aumône dérisoire (ils ont fait grève !)
La discussion rebondit entre les convives déguisés pour le mardi-gras, entre menu pantagruélique de tenants de la gastronomie française carnée traditionnelle, jeux de société servant au professeur à faire étalage de sa science – vous saurez tout sur les tatous géants ou les chauves-souris, les homonymes, homographes ou homophones… – ou propos belliqueux, colonialistes et traditionalistes de l’amiral. Tous propos remplis de préjugés condescendants qu’on qualifierait de banalités de café du commerce sur les végétariens, les grévistes, le théâtre moderne, l’éducation,… s’ils n’étaient tenus en langage châtié. La domestique, naïve et de bonne volonté est aux ordres, et la jeune fille essaie par tous les moyens d’attirer l’attention de sa mère sur un gros problème personnel dont la mère ne prend même pas conscience. C’est drôle, rythmé, avec les imprévus du théâtre de boulevard, mais aussi féroce et loufoque. L’absurdité, entre Beckett et Ionesco, naît de la superposition de ces egos indifférents et de la vacuité de leurs propos sous le vernis apparent. On aimerait voir montée cette pièce à Avignon ou à Paris, mais la lecture même silencieuse vous régale déjà ! Veillez à ne pas déranger vos voisins par des éclats de rire que vous ne pourriez retenir !

Le livre est disponible aux éditions Ex Æquo (Collection Entr’Actes) ou en librairie sur commande.

Et bon anniversaire à Gilbert Laffaille !

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Vous pouvez utiliser ces balises et attributs HTML : <a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <strike> <strong>

Archives