Les Volo, fin’amour fin’humour
Aix-en-Provence, 2 avril 2026, Le Petit-Duc, suivi sur la chaîne web
Il y a deux ans, nous les avons vus, fêtant leurs vingt ans de carrière, même s’ils n’en avouaient que dix, à la MJC de Venelles (13). Les voici au Petit Duc à Aix-en-Provence pour la sortie de leur dernier album, Mine de rien, toujours gémeaux si loin si proches. Les frères Volo sont inquiets, pas seulement pour leur parcours de vie personnel, qui d’entre nous se demande s’il a bien fait ses choix, si son travail ou sa vie privée le satisfait, si sa vie d’une façon plus large mérite d’être vécue. Mais aussi pour l’évolution du monde, et tout particulièrement celui de la chanson, de plus en plus attaqué, ignoré, ou banalisé. Pour quelques minutes à la radio, quelques secondes d’extraits de chanson, par les derniers journalistes qui s’y intéressent un peu, ni statuette, ni classement au top, ni record de streaming, ni sommet de l’affiche ou potins de pipoles, mais est-ce vraiment ce qui les motive ? Pour nous, en tout cas, ils font partie de ceux qui comptent, qui restent, qui nous sont proches dans leurs confidences sur leurs vies comme dans leurs révoltes qu’ils partagent et que nous partageons. Parce qu’ils ont l’art de toucher à la fin de l’envoi, mine de rien, en poésie à la fois quotidienne et originale, en voix douce, en humour et en sincérité.
Septième album donc, dont ils nous ont chanté quelque huit chansons, des amours perdues ou finissantes et pourtant toujours présentes de Chanson de geste « Je t’ai perdue tu m’as manqué / À moins que ce soit le contraire / Et tu danses toujours / Dans un coin de ma tête » ou de Plus loin « Nous on va pas aller beaucoup plus loin / Nous c’était bien », à la coexistence pacifique et réconfortante, en amour ou en amitié « Quand ça va pas bien, autant moi que toi, on tient » même si « On a le droit au chacun pour soi je crois » ou, plus encore, la bouée de sauvetage qu’on agrippe : « Dans l’eau qui passe sous les ponts, j’écope ma tombe » (Quand même!) « Mais dans tes yeux, je respire ». En passant par les indignations qui ne les quittent pas depuis l’enfance, l’égoïsme des Français de souche ou le bilan pessimiste d’une ère des faits alternatifs, pensé après la relecture de 1984 : « Si tout est son contraire et réciproquement / Si l’on peut faire tenir ses idées dans un slogan / Bientôt il ne s’agira plus que de sauver les apparences / Dans les couloirs des ministères de l’amour et de l’abondance ». Sans oublier la délicate chronique de la genèse d’une chanson, Ratures.
Chaque chanson est rapidement présentée par une anecdote, et chacun tour à tour passe de la guitare au petit clavier /synthé, chante à tour de rôle ou ensemble, tant qu’on ne distingue pas trop Frédéric, l’ex des Wriggle à l’humour rock et extraverti, d’Olivier son cadet plus intériorisé et qui reste imperturbable, même quand il chante la provocatrice C’est pas tout ça (mais quand est-ce qu’on baise), ni dans l’interprétation ni dans même dans l’écriture, parfois retravaillée en commun.
C’est avec la reprise des anciennes chansons de leur répertoire qu’on voit la cohérence de leur parcours, avec ces chansons universelles qui ne se démodent jamais.
Elisa du premier album de 2005, cette vendeuse de pizza pour laquelle on se fait livreur, juste pour pouvoir en effleurer la main, ce T’es belle (tout le temps), vrai tube d’amour inconditionnel du deuxième, ou Dimanche du troisième, éternelle chanson pour se sentir bien « Des gens qui s’aiment, qui se racontent / De temps en temps. » avec cette merveille mélodique sur la cohésion d’une famille, Tu connais, et cette si douce « C’est toi c’est moi c’est nous, et c’est déjà beaucoup », de 2013.
Celle pour le jeune de 17 ans qui se fout des anciens, avant de le devenir à son tour, comme pour sa fille, Joséphine, qui grandit, avec cet hommage appuyé à Bashung. De chaque album une, ou deux essentielles, jusqu’à ce souhait de s’endormir à jamais dans l’herbe au bord d’un lac québecois, dédiée à l’ami de là-bas, si proche si loin, qui peut-être, suit le concert à des milliers de kilomètres de là, grâce à la magie de la toile.
« Et si on continue, c’est bien, mine de rien, qu’on n’a pas disparu ». On peut rassurer les Volo : aucun de leurs textes ne manquent sur le web, et au Petit Duc, on a été obligés de rajouter un deuxième concert parce que le premier a été immédiatement complet… On n’a aucune envie qu’ils s’arrêtent !
– CATHERINE LAUGIER
Le concert de Volo – Sortie d’album – prévu le 2 avril – (en salle et sur la chaîne web) ayant immédiatement été complet depuis novembre 2025, a été complété d’un deuxième concert le 1er avril uniquement accessible en salle.
Vingt et un ans depuis leur premier album. Dans les faits un quart de siècle, mine de rien, depuis ce jour où, dans un bar d’une rue piétonne de Saint-Étienne, les deux frangins, tout deux membres du groupe Les Wriggles (Fred comme chanteur, Olivier comme régisseur), étrennaient publiquement leurs premières chansons communes loin de leur épicentre tourangeau. J’y ai vu naître ce duo si original, si différent, si pertinent aussi. Heureux depuis de chaque fois les retrouver, en scène ou sur ma platine.
La recette est toujours identique, seul le dosage diffère parfois. Des textes chantés/scandés, doucereux, mélancoliques, interrogatifs, revendicatifs. Des qui touchent à l’intime, d’autres qui remuent dans la plaie les mots de notre société, de la violence du monde, avec élégance mais sans nul ménagement. Si, à un moment de leur parcours, il s’entourèrent de musicos, c’est en duo qu’ils s’exposent à nouveau, avec toutefois l’aide d’Alexis Campet qui ajoutent à leur art, leurs arpèges, des thèmes pour claviers et pianos. Pas de tube ici, quoique le premier titre, Je respire, au refrain diablement entêtant, en ferait bien fonction : « Mais dans tes yeux / Dans tes yeux, dans tes yeux / Je respire, je respire.. ». Mais, comme à l’accoutumée, des histoires que les deux se partagent, se chantent, se content, se racontent mutuellement. Histoires qui chaque fois engendrent moult émotions et quelques frissons. Comme dans Autour, quand naît en soi le sentiment amoureux et qu’on n’ose se l’avouer.
Et des sujets que seule la chanson absente des grands médias peut traiter. Ainsi Français de souche (« En préambule ces quelques mots pour rappeler / Que le fait de maltraiter les immigrés / De pourchasser les sans-papiers / De les arrêter de les embarquer / De les mettre dans des camps […] Ne garantit pas au français de souche / Que sa vie soit plus douce… »), une chanson qu’on pourrait inclure sinon dans la Constitution au moins dans un possible ABC d’apprentissage à la citoyenneté, pour faire barrage aux idées brunes qui envahissent notre horizon.
Drôle de duo, ce Volo, comme un psy qui se penche sur nous et sur notre environnement. Utile et fonctionnel, car ces deux-là cultivent en plus une musicalité remarquable dont les mots sont les clés, presque les passe-partout.
– MICHEL KEMPER
Volo, « Mine de rien », CD, vinyle, numérique At(h)ome 2026. Le site de Volo, c’est ici ; ce que NosEnchanteurs a déjà dit d’eux, c’est là. En concert en Normandie le samedi 16 mai 2026, à Lyon le 23 mai à la MJC Barbara, autres dates sur leur site.
« Plus loin » avec Mesparrow mars 2026 
« Joséphine », acoustique 2022 
« Bientôt » audio 





Commentaires récents