Renaud, d’ombres et de lumière. En replay sur France.tv
Renaud (photos d’archives Vincent Capraro)
Il y a l’empreinte carbone. Et, à l’évidence, l’empreinte Renaud. Le chanteur qui se rêvait comédien, le phénix aux multiples résurrections, rebonds. On ne sait trop comment dire. Une empreinte, à la façon du titre d’un gros dossier de la revue amie « Hexagone » (reprise d’un titre fondateur de l’artiste comme on sait) qui parlait du chanteur « Innervant ». Une empreinte certaine, ajoutez à cela un public fidèle, des hommages réguliers et fédérateurs, des chansons épatantes, de la plus corsée à la plus tendre, il n’en faut pas plus pour entrer vivant dans la légende, le Panthéon des artistes. En attendant le prochain épisode se dit-on.
Je viens de visionner le documentaire « Renaud à cœur perdu » réalisé par Tancrede Ramonet et Lolita. Pour avoir tout vu, lu , écouté sur le sujet depuis plus de quarante ans je peux dire que ce documentaire est incroyablement bien écrit et d’une justesse rare . Un travail remarquable, singulier, riche d’images et vidéos inédites, qui pour une fois relate à la fois toute la complexité du personnage mais surtout l’ampleur des engagements personnels et artistiques de Renaud. C’est toute une vie d’artiste qui défile, complètement ancrée dans son temps et qui met en évidence combien ce bonhomme est un acteur incontournable de notre société. Artiste singulier, il est le porteur, l’instigateur de toute une génération qui refuse l’injustice, les discriminations en tout genre. Ce message demeure incroyablement d’actualité et résonne encore largement dans la société contrairement à ce qu’on nous fait croire. Toute l’œuvre de Renaud, parfaitement évoquée ici, accompagne nos vies et la rend universelle tant par sa poésie que par son engagement politique. Peu d’artistes auront réussi cette performance en chanson de dépeindre avec autant de poésie notre société.
Il faut noter les moments forts des témoignages inédits, généreux et très très émouvants de Dominique et Mourad tout au long du documentaire .
Si Renaud semble un peu désillusionné depuis quelques années, il peut malgré tout être immensément fier des bijoux de chansons qu’il nous a offerts, fier des valeurs et émotions transmises à un immense public tout au long de cette carrière, fier de ce patrimoine artistique et politique qui a inspiré beaucoup d’artistes, et fier du travail de Tancrède et Lolita qui nous livrent là un formidable documentaire sans concessions, avec beaucoup de bienveillance et d’honnêteté.
VINCENT CAPRARO.
C’est ainsi que France 2 a diffusé ce mardi soir un documentaire aussi riche qu’un nouveau couplet de « C’est quand qu’on va où ? », version 2026, « Renaud, à cœur perdu » réalisé par Tancrède Ramonet et Lolita Séchan, sa fille à qui il a consacré 24 chansons (narration de Marilou Aussilloux). Il fourmille d’archives inédites et de propos de proches dessinant le portrait d’un artiste soucieux de s’inscrire dans son époque, et pour sa part en souffrance. Avec des premières images furtives où le gamin du XIV ème arrondissement de Paris est filmé après une explosion lors des attentats de l’OAS en 1962. Que de moments de notre histoire qui ne rencontrent les mots de Renaud. Mai 68, l’élection de François Mitterrand, l’attentat contre « Charlie Hebdo »… Ses engagements l’ont aidé à rester debout. Croix huguenote à l’oreille gauche, le chanteur rebelle se dit placé sous le doigt de Dieu. Avec la peur, selon lui, rappelle le doc, que Dieu lui fasse payer un jour pour ces grâces reçues. Et l’histoire se poursuit : « On n’est pas obligé d’aimé tout Renaud » résume un proche, « mais on est obligé d’aimer Renaud ». Une preuve d’amour comme ce documentaire qui précède trois jours de concerts à La Villette à Paris.
Voilà pour cinquante ans de carrière et une vraie vision de cinéaste capable de tenir la distance. Le parti pris est moins de s’immiscer dans l’intime – ce qui est réservé aux voyeurs de la presse pipole – que de souligner la dimension sociale d’un artiste. Avec ses ombres et sa lumière. Son ex-femme Dominique, toute en empathie, son frère jumeau David, un ami d’enfance et son ami musicien complice de toujours, n’en rajoutent pas et ne cachent pas non plus ce qui ressemble à des tourments. Des délires paranoïaques diagnostiqués comme tels. Avec la peur qu’une foule d’admirateurs puissent se transformer en hordes hostiles et menaçantes. Moscou, Cuba, autant d’étapes sur lesquelles reviennent les témoignages. Au total, l’enfance n’est jamais loin en nos destins. À l’école d’un artiste, un jour Renard, l’autre Renaud, le phénix qui a su trouver les mots pour le dire.
ROBERT MIGLIORINI.
« Renaud, à cœur perdu », en replay sur France.tv, 2h21, disponible jusqu’au 27 août 2028. Pour consulter les collections de photos sur Renaud par Vincent Capraro, c’est ici. Ce que NosEnchanteurs a déjà dit de Renaud, c’est là.



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