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Cyril Mokaiesh, rouge Mélenchon ?

Le showbiz aime à se surprendre, se faire peur, frissons délicieusement calculés pour rafler des parts de marché. Imaginez aux heures de grande écoute une chanson toute drapée de rouge, telle un Mélenchon sur le canapé de Drucker, un cheveu gras sur l’audimat, à faire s’indigner l’ump, s’étouffer le médef. Le Communiste de Cyril Mokaiesh est à peu près ça et c’est tout son intérêt.
« Ça les perdra / De mondialiser l’injustice / D’s'en asperger de bénéfices / Ça les perdra / De cocooner le patronat / De « bouclieriser » l’élite / Qui t’embauche pas / Mais qui profite / De ses villas la la / A Ibiza c’est fantastique / Un bain de minuit dans le capital / Pendant qu’ t ‘as mal aux Assedics / Et moi… / J’suis communiste  / A c’qui paraît / Rien d’héroïque  / Oui mais / J’suis communiste. » Bon, Communiste, que je sache, ne hante pas précisément les play-listes. Mais quand même. Mokaiesh, belle gueule de jeune révolté bcbg, bourgeois gagné par une sincère empathie, séduit les médias, et pas que Libé, France-Inter, Les Inrocks et Télérama. Et a d’abord séduit une major, journalistes et programmateurs ayant depuis longtemps abdiqué tout esprit de découverte qu’ils sous-traitent paresseusement aux maisons de disques.
Mokaiesh est un jeune chanteur de 24 ans. Il fut auparavant champion junior de France de tennis et, comme chacun sait depuis Noah, les enfants de la balle deviennent chanteurs (Olivier Béranger en est un autre et bel exemple). Mokaiesh s’est donc (re)fait connaître il y a quatre ans par un groupe rock éponyme, groupe « lettré » dit-on, un cran au-dessus du rudimentaire du genre, un peu Noir Désir mais pas tant. N’attendant même pas la gloire, Mokaiesh s’extrait de son rock qu’il tient pour impasse et se lance dans une carrière solo dans la chanson à texte. Avec d’emblée une première chanson, toute rouge, pour marquer les esprits, titiller la presse, avant de sortir un premier opus dont le titre, Du rouge et des passions, ravive la teinte d’origine. Pour peu, ça ferait penser à un plan de carrière…
Le disque, par bribes, à petites doses, est intéressant. L’écouter en entier, d’une seule traite, est impossible, irritant au-delà de tout. Ce n’est pas tant sa plutôt belle voix (un peu le timbre de Nicolas Peyrac) que cette interprétation forcée, compulsive, nerveuse, lyrique, son continuel passage en force qui font de chaque titre un grand moment. Trop de grands moments nuisent à la respiration, énervent l’oreille, l’épuisent.
C’est par touches qu’il faut goûter à ce rouge, à ces passions. Tantôt s’habiller de saines colères, tantôt se laisser envahir par le romantisme exacerbé que suppose la chanson-titre. Car tout est intéressant, mais pas tout en même temps. Car tout est bien écrit : « Mon époque broie du noir / Qu’elle étale sur ces cils / Des pétales à ses lèvres / Elle séduit ses amants / S’abreuve des tendres gens / Qu’elle effrite au couteau / S’enrichit sur le dos / De nos jolis printemps. » Comme quoi sport/études ça donne des résultats…
La presse se veut toujours pressée, à vite voir en chaque artiste la réincarnation d’un autre, des fois qu’il n’y ait plus d’après, que sa carrière s’arrête là par décision de l’arbitre, de ventes trop décevantes. Ici on lit Brel à propos de Mokaiesh, là on tente « le dialogue entre Ferré et Noir Désir. » Calmons l’ardeur et goûtons à notre rythme cet album qui ne peut nous laisser indifférents.

Cyril Mokaiesh, Du rouge et des passions, 2011, AZ Universal. Le site de Cyril Mokaiesh, c’est là.

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5 Réponses à Cyril Mokaiesh, rouge Mélenchon ?

  1. Norbert Gabriel 23 octobre 2011 à 19 h 36 min

    ça peut surprendre, mais une des premières émissions télé (et peut-être la seule à l’avoir invité) est Chabada de Daniéla Lumbroso.
    Je l’ai découvert par Le Doigt dans l’Oeil, et ce fut un vrai choc, et en scène il tient toutes les promesses de l’album

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  2. Norbert Gabriel 23 octobre 2011 à 19 h 38 min

    Pour les apparentements plus ou moins terribles, j’aurais plutôt pensé à Jacques Debronckart… Mais bon …

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  3. Solvej 24 octobre 2011 à 11 h 44 min

    Excellente critique, il y a des diamants dans cet album, mais « trop de diamants »… »Du rouge et des passions » ou « des jours inouïs » auraient gagné à être « mises en avant » plus que « communiste », il me semble…et en effet, tout écouter à la suite, waouh ! une épreuve…

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  4. sejour en amoureux 14 novembre 2011 à 14 h 09 min

    Post vraiment instructif et carrément vrai.Je me permet de le blogger !

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  5. MARTINE ULLMANN 20 septembre 2016 à 6 h 11 min

    Il continue de de se faufiler parmi mes artistes favoris, le beau gosse ….. poète, révolté, belle voix …. et en plus, il chante avec Lavilliers, alors là …..

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