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Gérard Delahaye, autobiographique

EDF. Ewen, Delahaye, Favennec. Nos amis bretons sont désormais inséparables, mus par l’incontestable succès de leur trio entre tous décapant. Pourtant nos trois compères viennent de faire chacun un nouvel album, les trois disques sortant simultanément, à l’enseigne de la même crémerie il va de soi. On en parle ici, mais séparément. Lire les articles sur Patrik Ewen ici et Melaine Favennec là.

Si son plus récent album « adulte » (1), Guillou pour les intimes, d’il y a tout juste onze ans, le voyait seul à la guitare, en une formule volontairement épurée, ce nouvel opus gagne en instruments, pas en musicien(s). Gérard Delahaye y est tant la voix que les chœurs, les guitares acoustiques et électrique, la basse et le violon, la batterie… Tout tout seul pour un résultat encore une fois à saluer.

C’est avec sa douceur habituelle que Delahaye s’empare de sujets qu’il traite avec empathie, avec regrets et tristesse vraie. Qu’il nous entretienne de ces losers, paumés de la vie, recalés du bonheur et du confort, à dormir dans la rue, ou nous évoque le souvenir de Lady Di, qu’il se rappelle à plus d’un titre d’anciennes amours (« Je m’disais ce soir / C’est ce soir c’est cett’nuit / Je m’disais ce soir / C’est le Jour J / Elle dira oui ») ou qu’une photo réveille en lui le spleen d’un passé disparu, ce nouvel opus est frappé du coin de la tristesse du présent et de la nostalgie d’avant. Le propos est forcément plus nuancé, plus tourmenté, quant à son papa, quant aux violences paternelles : « Papa pourquoi tu m’bats ? », une chanson qui, non qu’elle passe mal, mais vous laisse quelque chose d’amer dans la gorge, confession publique qu’on imagine douloureuse, coups qui n’en finissent pas de meurtrir l’âme d’un gamin même s’il a grandi.

Il y a cette gamme de gravité, du presque léger au carrément dur, dans les mots. Qui tranche tant avec cette musique toujours légère, souvent enjouée, aux frontières du trad’ et du blues souvent. Et cette voix toujours jeune, presque gamine, un peu naïve, qui panse les plaies et ravive les quelques moments de bonheur qui sont évoqués même quand il s’agit d’amours sans lendemains, de tentatives sans suite, de presque râteaux. « Y’a pas d’médailles / Pour mes héros / Y’a pas d’batailles / Juste un p’tit bistrot / Sur le quai d’Versailles / Juliette et Pierrot. » Ce huitième disque de Delahaye est livre de mémoire. Y’a du Cavanna, du Cabanes là-dedans, de tous ceux qui ont osé l’autobiographie sensible et émue, replongeant avec émotion dans l’enfance, l’adolescence. Rue Poulic al Lor et alentours, ce sont des tranches de vies d’un gamin, -parfois d’un déjà adulte-, des photos sépia fixées dans la rétine du cœur. C’est touchant, sans doute le disque le plus perso de l’ami Delahaye, d’une vérité vraie.

Gérard Delahaye, Rue Poulic al Lor, 2012, Dilie/Coop Breizh. Le site de Gérard Delahaye, c’est ici.

(1)     Delahaye mène aussi carrière pour le jeune public, pour lequel il a déjà enregistré une dizaine d’albums. Lire ici.

 

 

 

 

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