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Ces chanteurs prompts au prompteur

Prompteur de Patrick Bruel aux Vieilles Charrues (photo empruntée à Ouest-Francfe)

Prompteur de Patrick Bruel aux Vieilles Charrues (photo Ouest-France)

Un ami chanteur me disait sa déception, lors d’un spectacle collectif où il participait il y a peu, de voir de ses collègues chanter qui avec les paroles des chansons bien posées sur un pupitre, qui avec une feuille de pompe plus ou moins discrète posée sur le piano ou sortant de la manche (en ce cas c’est le regard qui ne l’est pas, discret).

Ah ! chanter des trucs qui ne sont pas de son propre répertoire et ne pas s’accorder le temps de bien les travailler, de les assimiler. Je suis de ceux que ça énerve au plus haut point. Quand bien même on reprendrait La mémoire et le mer il faudrait, à mon sens, la connaître par cœur, sur le bout des doigts, le bout des lèvres, de pied en cap : c’est l’élémentaire respect qu’on doit au spectateur qui a payé. Après tout, je ne connais pas de travailleurs qui bossent avec, en mains, le mode d’emploi, sauf ma nièce Carole quand elle monte un meuble Ikéa ou mon cousin Philippe quand il change une durite. Mais eux ne chantent pas, si ce n’est du Claude François dans Si j’avais un marteau

Le chanteur qui chante sa feuille, ça fait pas et je crie (pas trop fort, Kemper, il chante !) à l’imposture, au sacrilège. Bon, sans qu’il soit atteint de l’Alzheimer (ou pas encore), il se peut qu’à un certain âge (je ne trouve aucune excuse aux jeunes !) ça mémorise plus trop, ça imprime moins le cervelet. C’est possible. Mais qu’au moins, si on a recours aux textes, qu’on le fasse discrètement, pas vu pas pris !

J’ai vu Jamait chanter des textes de Leprest qu’il ne connaissait pas, remplaçant au pied levé un de ses collègues. Le sol de la  scène fut jonché des paroles de l’Allain, tant et si bien qu’il marchait dessus et chantait en lisant : personne ne s’en est aperçu. Bravo !

A-t-on déjà vu, en scène, l’Eddy Mitchell, l’aqueu Johnny, le Bénabar ou le Paaaaaaaatrick Bruel avec leurs chansons à la main ? Non ! Et pourtant ils pompent durant tout le concert. Mais vous ne le voyez pas : ils ont l’art, ils ont la manière. Et souvent le matériel qui va avec : un prompteur. Comme les présentateurs télé, comme notre président quand il allocutionne. Nos artistes le font avec grâce, eux, dans des postures très rock n’roll. Et t’as rien vu et t’applaudis !

Voilà. Si vous avez la mémoire qui flanche, ou la fainéantise d’apprendre vos textes, pourquoi pas. Mais équipez-vous en conséquence. Le public paye pour de bons ouvriers, pas pour de mauvais tâcherons.

32 Réponses à Ces chanteurs prompts au prompteur

  1. Cathy 14 avril 2014 à 7 h 53 min

    En total accord avec ce billet. Combien de fois ai-je été excédée, triste, déçue de voir des artistes participant à tel ou tel hommage, pourtant prévu depuis des mois et qui n’avaient pas pris le temps d’apprendre la chanson et chantant les yeux rivés sur l’anti-sèche, en mode lecture, sans un regard vers le public !

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  2. Maryse Ariane 14 avril 2014 à 8 h 02 min

    Tout est dit me semble-t-il.

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  3. Bernie Calatayud 14 avril 2014 à 8 h 05 min

    Je suis d’accord avec vous… mais me vient un artiste… une chanson… une exception à ce que vous dites… car le texte est long, beau et bon, et la mise en scène est belle… l’intégration de la feuille sur scène… https://www.youtube.com/watch?v=ZUAf2P2CQ3c

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  4. Danièle Sala 14 avril 2014 à 8 h 16 min

    Natasha Bezriche n’a pas besoin de prompteur pour chanter « La mémoire et la mer », mais juste une salle, à Roujan par exemple.

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  5. Christian Camerlynck 14 avril 2014 à 8 h 26 min

    Ce n’est pas qu’une question de mémoire… Tu as beau travailler tes chansons, les connaitre par coeur, faire des Italiennes… Tu chantes une fois de temps en temps, tu attends longtemps dans ta loge le signal du début de spectacle, tu rentres en scène… Au premier rang certains auteurs des chansons que tu vas chanter, et puis les téléphones portables qui se mettent à te prendre en photo, gênent les spectateurs et d’autres envoient des SMS (c’est urgent le monde peut changer) et l’autre là au fond qui commente ton entrée en scène… Alors oui je préfère avoir mes textes avec moi…pour protéger mon interprétation. Il y a quelques années quand on chantait plus souvent et qu’on avait les moyens de répéter d’avantages c’était très différent. Ne tirez pas trop sur les saltimbanques, ce sont des humains.

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  6. Laffaille 14 avril 2014 à 9 h 12 min

    Lorsqu’on interprète la chanson d’un autre on n’a plus sur scène aucun de ses automatismes et le trac est bien là en face du créateur ou de l’auteur. J’ai ainsi le souvenir cuisant de m’être trompé devant Francis Lemarque en chantant « L’assassin du dimanche »… l’émotion d’être devant un artiste qu’on aime et qu’on admire. Pour interpréter une chanson de Bühler au Théâtre de Beausobre devant un millier de personnes, sans trou de mémoire et en en faisant une interprétation personnelle, il m’a fallu huit jours pleins de travail. Michel était content, moi aussi et le public aussi. Mais on a bien rarement le temps et les moyens de faire correctement son travail. Je partage l’avis de Christian Camerlynck et il n’est pas nécessaire d’utiliser des mots blessants à l’égard des artistes, surtout pour terminer par un éloge du prompteur. Il est un peu rapide de stigmatiser et d’évoquer « le spectateur qui a payé » lorsque souvent l’artiste sur scène ne l’est pas… Pour un Rémo Gary, un Michel Bühler, faisant les choses dans les règles de l ‘art, avec envoi des textes bien à l’avance, répétitions prévues, etc. combien de « final » improvisé au dernier moment, de balances bâclées où l’on n’a prévu ni le nombre de micros nécessaire, ni l’emplacement de chacun, ni la tonalité qui conviendrait à tout le monde, ni la façon de saluer!

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  7. Michel Kemper 14 avril 2014 à 9 h 33 min

    Merci pour ces réactions. Pas de mots blessants mais un billet d’humeur qui permet le débat, ce que nous aimons ici par dessus tout. Ce sujet a déjà été exploré sur NosEnchanteurs. Et si je parle de « fainéantise » (là, ça peut être blessant), c’est un peu en souvenir d’un article qui avait en son temps hérissé les poils de certains : http://www.nosenchanteurs.eu/index.php/2013/01/31/marcel-kanche-pourquoi-chanter-ferre/

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  8. Norbert Gabriel 14 avril 2014 à 10 h 22 min

    Ce débat qui s’anime me rappelle une anecdote assez significative, sur l’art du comédien. Dans un film de Pagnol (Naïs) Fernandel avait un monologue très émouvant, et c’est un moment très fort du film, il est face à Naïs et ses parents, et les yeux baissés pendant toute la scène il « joue » son monologue d’une manière très statique, en tenant son chapeau sur la poitrine, les yeux baissés, sans un regard pour ses partenaires. La scène est d’anthologie, (quand il était petit, sa grand’mère lui disait que les petits bossus étaient des anges dont les ailes n’étaient pas dépliées… et puis quand on grandit ..). Bon la scène est formidable. Tout le monde a salué cette formidable émotion qui passe vers le spectateur… Trente ans plus tard, Fernandel a raconté, il n’arrivait pas à mémoriser le monologue, et à l’insu des comédiens et du metteur en scène, il a proposé ce jeu de scène statique, qui lui permettait de regarder dans son chapeau, où il avait collé un aide mémoire… Je ne sais pas si ça fait avancer le débat.
    Il y a un point que je partage avec Christian, le public parfois grossier et tous les troubles qui perturbent le spectacle, et les buveurs de bière qui vont se servir au bar, les photographes très amateurs avec des coups de flashes (qui ne servent à rien quand on est à 15 m avec un mini flash), ou les boitiers avec la petite lumière rouge … Et les salles qui offrent à boire pendant le spectacle, ça se généralise, même le Café de la Danse… Quand on est plutôt au fond de la salle, et qu’on voit la scène avec plein de petits écrans de téléphones brandis, ou même simplement consultés, c’est désagréable pour les spectateurs et ça ne doit pas aider à la concentration.

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  9. Cathy 14 avril 2014 à 11 h 36 min

    J’entends parfaitement ce qui vous dîtes Christian et Gilbert. Mais ce n’est pas la même chose d’avoir appris la chanson et d’avoir le texte à la main au cas où les émotions trop fortes feraient perdre le fil du texte, et ne pas l’avoir appris du tout et le chanter en lisant sa copie. Je l’ai vu souvent ce second cas de figure.

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  10. Norbert Gabriel 14 avril 2014 à 11 h 47 min

    Alors comme ça, y en a qui se gaussent des feuilles de pompes ? Mais qui est donc cet apprenti à côté d’Evelyne Gallet ? un gars qu’est même pas foutu d’apprendre son texte ?? C’est pas de l’amateurisme ?

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    • Michel Kemper 14 avril 2014 à 12 h 01 min

      Je plaide coupable ! Mais c’était au débotté, lors du festival « Voix d’hiver » à Gauchy en 2013. Evelyne Gallet et moi chantions un truc de Font & Val, « Soyez pédés ! ». Pas dans notre répertoire habituel, quoi. Ça se saurait !

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  11. Xavier Besse 14 avril 2014 à 12 h 25 min

    Au moins, Michel a eu le courage d’ouvrir le débat ! Et ne pas apprendre son texte, prompteur ou pompe, ça reste de la triche ( j’aime appeler « chat  » un chat) dans une soirée hommage où les artistes sont payés ! Scéniquement, c’est affreux de voir un chanteur qui baisse les yeux vers ses pompes, ça ne ressemble à rien. On en a même vu dans plusieurs hommages à Leprest se planter avec les textes sous les yeux… Il faut vraiment le faire ! Heureusement, il y a des artistes tels que Gérard Morel ou Bernard Joyet et bien d’autres encore qui apprennent toujours les textes de leurs reprises. Il faut faire les choses avec sérieux et, de