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Jérémie Bossone bat le rappel du feu

Jérémie Bossone (photo Norbert Gabriel)

Jérémie Bossone (photo Norbert Gabriel)

S’il est un album attendu, c’est bien celui-ci, enfin arrivé dans notre boîte aux lettres. Voilà plus d’un an que nous l’attendions, sans que nous puissions saisir vraiment pourquoi sa sortie demandait tant de temps… Ah ! Les arcanes de la production, de la distribution ! Mais à l’instant même, nous sommes heureux de ces contretemps car il nous vaut la surprise d’un deuxième album cadeau de « consolation » : Clown lyrique, album acoustique guitare/voix, enregistré en 2008, aujourd’hui épuisé. A côté des « classiques » de Jérémie, nous découvrons quelques pépites : l’émouvante Chanson du clown, Les Gangsters, chanson cinématographique… Et surtout une chanson fleuve, l’histoire des jumeaux Tim et Théo, comme deux destins qui s’affrontent et se confrontent dans un récit aux beautés oniriques et baroques.

Nous dirons alors simplement qu’il a pris son temps, Jérémie Bossone, le temps de l’exigence et du doute, depuis son passage aux ateliers de Voix du Sud, où déjà il a créé l’attente.

Il a pris le temps de s‘entourer de « camarades, de compagnons, des  gens qui puissent chalouper » pour mêler les genres : Daniel Jéa (guitare) Benoît Lugué (basse), Bertrand Noël (batterie) et Nolwenn Leizour (contrebasse). Il lui fallait aussi le réalisateur qui pourrait assurer ce voyage là, « entre deux rives » et avouons que l’anglais Ian Caple était d’emblée un passeport pour la réussite.

199Voilà donc douze chansons où l’on retrouve ces titres qui nous font toujours frissonner, orchestrés pour porter le texte, le sublimer. Car Jérémie Bossone est un auteur, un poète qui consacre d’ailleurs sa première chanson à un paysage nocturne et froid, celui d’une nuit sans inspiration : « Moi qui me prétends écrivain / Eh bien ce soir je n’ai rien à dire (…) J’entends les étoiles qui causent / La poésie doit me maudire. » Il faut une violence très rock pour dire ce mal de vivre, cette destinée, que seule la création pourrait affranchir : « On vit, on meurt / On va seul et on vacille / On est tous des christ en croix. » Et le poète n’échappe pas au tragique de notre condition, ce qu’illustre le cri pathétique de la fin de La tombe. Ce titre commence pourtant au doux son de la guitare, distillant note à note la vision de la tombe d’un inconnu : « Qui es-tu, toi qui dors là sous la pierre ? / Que fis-tu sous le chaud soleil d’hier ? » Ce que dit aussi L’Empire, cet espace où s’échouent les solitudes, « tous ces lions blessés » ivres de la quête de leur impossible étoile. Comme souvent, l’ombre du grand Jacques plane, celui qu’il nomme en exergue dans le livret « un frère de cœur ».

Bien sûr pour ce « ménestrel en chemin », hanté par la mort comme l’est Théo dans le précédent album, à la recherche de celui qui pourrait bien porter son chant désespéré (Der Leiermann, rencontre étrange du vieux joueur de vielle empruntée à Schubert et au poète Wilhem Müller), il existe le rêve, le refuge d’un départ vers une terre d’exil « quand les jours tristes éteindront l’amour et la bohème (Galway), il existe l’alcool, fuite dérisoire pour celui dont le monde a fait son bouffon (Scarlett , un sommet où l’on guette le solo final de guitare), il existe l’amour oscillant entre la jouissance physique désespérée (L’érotique) et l’idylle romantique rongée par le temps (Les amants de la Seine). Peut-il seulement aimer ? Jamais rester sonne comme un credo désespéré de non amour.

Alors que reste–t-il au poète, sinon regagner Le Cargo noir, sublime chanson fleuve qui clôt l’album. Il lui reste à écrire encore, dans l’empreinte d’un Rimbaud, d’un Ferré ou d’un Dylan, il lui reste à chanter avec cette voix effectivement rare qui lui permet de reprendre Barbara (Göttingen). Il a besoin de ce partage là pour vivre. Il l’attend.

 

Jérémie Bossone, Gloires, autoproduit 2014. Sortie nationale février 2015. Le site de Jérémie Bossone, c’est ici. En concert le 16 janvier 2015 au Forum Léo-Ferré d’Ivry en co-plateau avec Frédéric Bobin.

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10 Réponses à Jérémie Bossone bat le rappel du feu

  1. Danièle Sala 31 décembre 2014 à 11 h 04 min

    Je ne l’ai jamais vu sur scène, mais en l’écoutant, je ressens un mélange étonnant et détonant de poète maudit et de fureur de vivre, un Rimbowie qui va de bateau ivre en Cargo noir . Mais je n’ai pas aimé du tout son interprétation de Göttingen de Barbara .

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  2. catherine Laugier 31 décembre 2014 à 21 h 09 min

    Ah bon ? moi je la connaissais déjà cette interprétation (Göttingen), et je la trouve particulièrement…habitée.
    J’aime cette confusion des genres, cette voix reconnaissable entre toutes, j’aime cette désespérance heureuse de la plupart de ses chansons, tant que le petit côté un peu pop de « Galway » m’a un peu désarçonnée au début. A la deuxième écoute on y décèle la même mélancolie…la même noire ironie sur lui même et le monde, mais une ironie bienveillante ! Ce doute culmine dans Rien à dire ou dans Scarlett, que je connaissais déjà, de même que l’Empire, l’Erotique ou bien sûr la Tombe, son chef d’œuvre à mon avis, ballade qui rejoint les plus grands poètes qui ont déjà parlé de la mort, mais aussi du Grand cercle de la vie, de Villon à Rimbaud…On le voit bien aussi avec ce magnifique lied de Schubert, dernier extrait du cycle Winterreise, qui donne, en français : « Étrange vieillard, dis-moi, viendrai-je avec toi ? Pourrai-je chanter mes peines au son de ta vielle ? »
    Les nouvelles…c’est le Cargo noir qui m’emporte, cet opéra de plus de 8 minutes, durée qui prouve bien son indifférence aux « salauds du show biz », tout autant que les Amants de la Seine. Aiguise tes crocs, Jérémy !
    Quant au petit frère Clown lyrique, il est bien à la hauteur de Gloires, et prouve que cette grâce qui l’habite ne date pas d’hier. En parlant de frère, saluons aussi le pianiste Benjamin Bossone…et dans les camarades, Jonathan Mountolive à la guitare folk sur le Cargo Noir, et le Green Soul Quartet.
    Bonne année 2015 à toutes et à tous !

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  3. André 2 janvier 2015 à 12 h 41 min

    Je l’ai vu une fois une fois sur scène. Il fait partie de ces artistes rares qui m’ont fait passer-au sens propre- des frissons dans le corps. Parmi la jeune génération, seule Melissmell m’avait provoqué des émotions aussi fortes.

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  4. catherine Laugier 2 janvier 2015 à 14 h 52 min

    Je remets la traduction « officielle »(texte dans l’album) de la dernière strophe de der Leiermann :

    Dis, vieillard étrange
    Voudrais-tu mes chants ?
    Prêter à ma fange
    Tes accents touchants ?

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  5. Norbert Gabriel 2 janvier 2015 à 14 h 56 min

    C’est pour moi LA découverte majeure de ces 4 dernières années…

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  6. Martine Rigaud 28 janvier 2015 à 1 h 54 min

    Je suis entièrement d’accord avec Norbert Gabriel.
    La découverte est majeure, mais le poète aussi ! et l’interprète sur scène pas moins.
    Dans ce CD, parmi tous les trésors, un Lied de Schubert … sublime !

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  7. Claude Fèvre / Festiv'Art 28 janvier 2015 à 15 h 38 min

    Chère Martine Rigaud, cher Norbert… et tous ceux qui ne mettent pas de commentaire mais sont tout aussi convaincus de la dimension de ce talent là … Vous allez être comblés (enfin, je l’espère) car je reviens d’ici la fin de la semaine avec une nouvelle chronique. J’ai la chance de le voir deux fois dans la semaine, en solo… et en trio au théâtre du Grand Rond dans le cadre du festival Détours de Chant qui vient de débuter.

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  8. Loraine de Paris 23 février 2015 à 1 h 21 min

    Merci pour cette belle critique de l’album de Jérémie Bossone.
    J’ai pondu aussi un petit article complémentaire sur « Gloires » par ici : http://lorainedeparis.com/saveurs-de-gloires/
    N’hésitez pas à commenter !

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  9. JOUBERT Jean Alain 9 octobre 2015 à 10 h 33 min

    On ne saurait mieux dire que ce qu’écrivait en décembre dernier Claude Fèvre sur ce poète, chanteur, musicien… un très grand talent de la chanson : Jérémie Bossone.

    J’ai été surpris par cette découverte moi qui écoute majoritairement du classique (Schubert, Schumann, Mahler, Sibelius, Milhaud…) et aussi de la chanson engagée.

    Manifestement nous sommes devant un talent polymorphe exceptionnel. On peut parler de Brel, de Rimbaud, de Dylan, de Ferré, mais c’est du Bossone, uniquement du Bossone, très personnel, habité, unique dans ses mille variations.

    J’ai trop l’habitude de Matthias Goerne dans le Voyage d’hiver de Franz Schubert ou de Dietrich Fischer Dieskau pour complètement aimer sa version de Liermann. Par contre j’apprécie beaucoup la présence de ce lied dans l’album. Qui fait référence à cela aujourd’hui ? Et par contre je préfère sa version de Gottingen à celle de Barbara (c’est sublime !).

    Il y aurait bien à dire sur cette chance que nous avons de voir s’épanouir un des très grand talent de la chanson à texte non déconnectée du passé, et si impliquée dans l’actuel.

    Ce qui est certain c’est l’impact poétique considérable qui émane de cet album

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  10. Annie Hermant 2 juillet 2016 à 13 h 37 min

    Je l’ai vu trois fois sur scène: une présence incroyable , un immense talent , un univers poétique bouleversant !… sans parler de sa générosité hors de scène.
    « La Tombe » est un chef d’œuvre.
    Pour moi aussi, c’est une découverte majeure !

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