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Les voix aériennes d’Ego System

Ego System (photo Emmanuelle Alès)

Ego System (photo Emmanuelle Alès)

Tombé du ciel est le titre d’un album de Jacques Higelin paru en 1988 (ce qui ne nous rajeunit pas), porté bien évidemment par la chanson éponyme. Tombés du ciel (appréciez le pluriel) est à présent le titre du premier album d’un groupe français, Ego System, et il comprend, lui aussi, la chanson du Jacquot (au singulier). Ça va jusque-là, vous suivez ? Car ça se corse tout de suite : figurez-vous que le nom de l’album a beau être au pluriel, il n’en est pas moins singulier !

Le CD est en effet inhabituel dans la production française, puisque les Ego Sytem sont un groupe de jazz vocal n’ayant que faire des instruments de musique. Chez ces gens-là, Monsieur, on n’a besoin de personne, ni en Harley Davidson, ni pour s’accompagner. Quand on est six de cette trempe à mettre la main à la pâte (trois femmes – alto, soprano et mezzo – et trois hommes – baryton, basse et ténor), qu’on maîtrise comme ils le font tous les secrets des harmonies et vocalises, pourquoi diable voudriez-vous vous faire assister de l’un ou l’autre musicien ?

Par contre, concernant les chansons proprement dites, le coup de pouce n’était peut-être pas inutile. A défaut d’un répertoire propre, le groupe s’est en effet rabattu sur le vaste patrimoine de la chanson française, allant puiser dans les cinquante dernières années de quoi remplir sa gibecière à mélodies. Et la main fut heureuse, que du premier choix ! Outre le Maître Jacques déjà évoqué, ont été convoqués l’autre Jacques (Brel – Voir), Gainsbourg (deux titres : l’Anamour et Melody Nelson), Nougaro (honoré à trois reprises : Marcia Martienne, La chanson et Rimes), Montand (La bicyclette) et Ferré (Avec le temps). A côté de ces cadors, pour compléter le tableau, William Sheller et son Homme heureux et les plus inattendus Rita Mitsouko (Les histoires d’A) et Noir Désir (Le vent nous portera) ont été appelés à la rescousse. Des grands noms, certes, mais pas forcément dans leurs titres les plus populaires. De quoi dès lors permettre à la fois la redécouverte de chanson moins connues et la surprise des nouveaux oripeaux dont elles ont été parées.

Bien sûr, comme dans tout disque de reprises, certains choix apparaîtront contestables (leur version de Ferré manque particulièrement d’émotion, tandis que les vocalises qui tapissent leur Noir Désir diluent inutilement la force de la chanson…), alors que d’autres donnent lieu à de vraies belles réussites (l’Anamour, Marcia Martienne et La bicyclette s’écoutent avec le réel plaisir d‘une oreille neuve). On ne peut cependant qu’être épaté par le résultat final, qui allie inventivité des arrangements vocaux à la dextérité sans reproche des six artistes intervenants, au point de frôler la démonstration de surdoués m’as-tu-vu. De toutes manières, le vrai enjeu du disque est – me semble-t-il – de donner envie d’aller applaudir le groupe en vrai, où sa maestria pourra se déployer à l’appui d’un jeu de scène à même de compenser l’exercice de style qui nous est par moments offert. Et en cela, le but est indéniablement atteint.

Une belle occasion donc de sortir des sentiers battus et, lors d’un prochain repas entre amis férus de chanson française – ces dîners qui ne coûtent rien à organiser car on n’y est jamais très nombreux ! – de pouvoir proclamer : je meurs d’envie d’aller voir un groupe qui chante a cappella, mais je ne sais pas où se trouve cette ville ! (okay, c’est pas très malin, mais c’est ma chronique et j’y écris ce que je veux !!!).

 

Ego System, Tombés du ciel, EMP 2016. Le site d’Ego System, c’est ici. Image de prévisualisation YouTube

Une réponse à Les voix aériennes d’Ego System

  1. Catherine Laugier 6 juin 2016 à 14 h 07 min

    A voir sur scène, on est souvent étonné par ce type de prestation qui ne rend pas toujours au mieux en enregistrement. Pour la petite histoire A bicyclette, texte de Pierre Barouh, musique Francis Lai, a été enregistrée sous le nom de La bicyclette à la Sacem sans doute pour ne pas créer de confusion avec celle dont Bourvil était co-auteur. La chanson a été enregistrée par Yves Montand avec une petite erreur, « De n’être pas un seul instant » au lieu de « De n’être pas seul un instant » (…avec Paulette) qui a plus de sens. C’est cette version erronée que chante Ego System, en public. Yves Montand a par la suite rectifié : https://www.youtube.com/watch?v=wk0pW0qr860

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