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Stéphane Zelten, retour de flamme

13151385_10208960964602904_1081784735483598862_nLe titre de l’album vaut dédicace : À nos belles existences… Remarquez que, cohérence oblige, le précédent l’était En l’honneur des vivants. Revoici Stéphane Zelten, onze ans de scènes et quatrième album. Farouchement indépendant, « artisan d’une chanson francophone sans concession », celui qui est passé du théâtre à la chanson mène son art avec sérénité, en en peaufinant toutes ses facettes, de l’écriture à la production. S’il n’est plus dans Le chemin des dames (pavé de bonnes d’intentions et d’amours difficiles, titre de son premier album de 2006, dont il fait ici discrète allusion, comme un furtif regard dans le rétro), le quinqua qu’il est reste résolument dans les sentiers de la chanson, là où il grapille des essences diverses et variées, des émotions non feintes, loin des impersonnelles autoroutes d’une variété bien trop formatée. S’il taille la route, c’est modestement : ça n’en est que plus efficace, plus agréable à l’écoute.

« Ma gueule elle est pas à la page / Elle se fout de son âge (…) Elle reste pas en cage / Si tu l’aimes pas, dégage ». Désormais entre deux âges, Zelten ne joue pas le jeune premier, la révélation de l’année : il a en lui l’expérience de la vie, la sagesse du passé et, sinon celle de l’avenir, au moins la fougue du présent : « Il était temps de se faire un peu de bien / Et de croire en l’instant… » De la sagesse, oui. Beaucoup de philosophie, un rien de mélancolie et d’amour : les ingrédients de toutes bonnes chansons et l’art du savant dosage qui anime la plume. Tout n’en est que plus puissant, comme Ce serait bien que l’on s’aime, où Zelten trouve les mots avant qu’ils ne soient trop usés, les précautions, les attentions dont on s’est trop souvent dispensé : « Que restera-t-il de nous / Sommes-nous en panne de sens / Y’a des retours de flamme / Dans nos vies, des carences / On se mène en bateau et si peu en croisière… ».

Sa voix rauque et veloutée à la fois, « grain de voix couché sur un univers à la Miossec » a-t-on pu lire, sert bien ses textes, à la manière de pleins et de déliés, dans une large gamme d’émotions. Du plus coquin qui alterne avec les tempêtes conjugales (« Oh oh oh Matilda / A l’endroit comme à l’envers / En amour comme à la guerre… ») au plus isolé qui regrette la tendresse et les plaisirs d’autrefois (« Dans ma maison de retraite / Je n’ouvre plus les fenêtres / Je ne suis plus plus à la fête / Mais j’ai encore toute ma tête / Même si je perds mon corps ») :

Stéphane Zelten est coutumier de ces discrètes allusions à d’autres chansons, celles qui, à la manière des cailloux du Petit Poucet, l’aident à retrouver son chemin. Ce disque en est encore parsemé – à nous de les trouver – , indices qui identifient plus encore son ADN et mettent au jour les nourritures de son talent.

Il est aussi habitué de ces chansons qui brillamment photographient l’air du temps, jadis militant, aujourd’hui bras ballants : « On n’est plus syndicalistes / On ravale nos colères / Devenus fatalistes / On n’y voit plus très clair ».

À la manière d’un Nougaro pour Toulouse ou d’un Chedid pour Bouc-Bel-Air, Zelten célèbre La Rochelle, sa ville de remparts et de chansons, « vieille rebelle qui regarde la mer » que l’accordéon rend plus nostalgique encore. Et mélodique, comme le sont les douze titres de ce nouvel opus acoustique ; des airs parfois mélancoliques, souvent rythmés, ne sachant rien des frontières. Qui, la chanson terminée, sont encore en vous et prolonge l’émotion, la satisfaction. Tant que, sans s’en rendre compte, on appuie sur replay.

 

Stéphane Zelten, À nos belles existences, EPM 2016. Le site de Stéphane Zelten, c’est ici ; ce que NosEnchanteurs a déjà dit de lui, c’est là. Sortie de l’album le 28 août 2016.

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