CMS

Paroles & Musiques 2017. Le rire est le sale de Didier Super

Didier Super (phpto Ugo Schimizzi)

Didier Super (photo Ugo Schimizzi)

6 juin 2017, salle Jeanne-d’Arc à Saint-Etienne,

 

Qu’on s’entende bien. Même avec sa guitare pourrie dont du chatterton bon marché fait office de sangle, Didier Super n’a rien à voir avec un chanteur : « On ne peut pas vraiment dire qu’il sait chanter » lit-on sur la brochure du festival. Lui-même le lance à un spectateur : « Si t’entends le moindre rythme dans ce que je fais, c’est juste un malentendu. » Parole d’expert, Super n’est pas un chanteur. Rabaisser la chanson à ce point serait la nier, presque l’humilier. Des trouvères et troubadours à ce qu’elle est devenue aujourd’hui, même dans son pire statut commercial, la chanson est bien plus respectable que ça. Là, ce n’est que de l’humour, et pas le meilleur. Hanouna ferait le même que le CSA aurait fini, avec raison, par le dégommer.

Que des festivaliers aient jugé, en connaissance de cause on suppose, qu’ils puissent se rendre à ce spectacle avec leur progéniture ne nous concerne pas : la DDASS a pour mission de s’occuper de parents irresponsables au nom de la « sauvegarde de l’enfance ». Qu’elle le fasse !

D’ailleurs, faut-il parler de Didier Super, de sa tronche de sous-doué en vacances, de son bide, de son nombril qu’il personnifie, qu’il anime même, ventripotent et ventriloquent ? Certes éloquent mais… Est-ce bien nécessaire ?

C’est, lit-on (je me fie à ce qui est écrit dans le programme), « un olibrius irrévérencieux, atypique et scandaleux ». C’est bien le moins. En quoi ce que dit Super sur les juifs, les arabes, les « bamboulas » et les pédés est-il plus respectable, moins condamnable que les mêmes mots s’ils sortaient de la bouche de Dieudonné ? C’est de l’humour, donc… Dieudonné aussi, paraît-il. Si un candidat du FN aux législatives reprenait de tels propos en réunion publique ou sur sa page facebook, ce serait légitime tonnerre d’indignation. Ça ne l’est pas avec Didier Super. Doit-on alors en conclure que son public, la totalité de son public, est capable d’analyser ses propos, de les filtrer ? Car supposons que ce Super (avec ou sans plomb) fonctionne au 73e degré, tout le monde est-il capable de décoder, de faire la part des choses ? Permettez-moi d’en douter.

Bon, j’avoue. Si je n’ai pas applaudi, ou pas bien fort, j’ai souri. J’ai même parfois ri. Comme tout le monde dans la salle.

Soyons fous, rions pas propre ! Rions de ce qui est affreux, sale et méchant, rions à toutes les grossièretés, les horreurs. Les beaufs et les bœufs rient bien, eux en privé, enfoncés dans leur canapé, devant Hanouna. Nous, nous rions ensemble, en public et c’est super, s’exorcisant en se traînant dans la fange ; nous nous roulons avec lui dans la boue, le lisier, la merde. C’est sa fonction sociale de pire bouffon ; admettons que ce soit notre régulation. Comme le sont un dessin de Vuillemin, un trait de Reiser.

Admettons que Didier Super soit un acte de soin pas remboursé, un lavement pour récurer nos fondements, un traitement à l’alcali pour tenter de ravoir nos neurones engourdis. Qu’il soit un peu l’équivalent de La Gloïre (de L’arrache-coeur de Boris Vian) qui, sans cesse, doit digérer la honte de tout le monde. Si le rire est le propre de l’Homme, il est le sale de Didier Super. Pitre d’utilité publique, le Super ? Le doute est tout de même permis, de quoi transformer une piètre prestation en apparence, digne d’une soirée estudiantine désargentée, en phénomène culturel que même Télérama et Inter peuvent célébrer.

 

Le site de Didier Super, c’est ici.

 

Joyeux-Urbains-Cinq-MJC-2017-N-BlanchardAu programme de la même soirée festivalière de Paroles et Musiques, il y avait aussi… Les Joyeux Urbains, excellentissime prestation maîtrisée de bout en bout, même dans l’improvisation où Joyet et Urbanet trouvent par terre le fond de capote éclatée de Didier Super et en expertisent la troublante semence. Mais nous avons déjà chroniqué ce spectacle il y a moins d’un mois, et nous y reviendrons peut-être pour la soirée finale de Barjac m’en chante. Vous pouvez découvrir ou relire ce joli récit de Catherine Laugier. C’est ici.

Image de prévisualisation YouTube

6 Réponses à Paroles & Musiques 2017. Le rire est le sale de Didier Super

  1. Pol de GROEVE 11 juin 2017 à 10 h 17 min

    Je n’ai encore jamais vu Didier Super sur scène. La seule fois où j’ai tenté le coup, je n’avais pas acheté ma place à l’avance et je me suis retrouvé gros-jean comme devant, le concert étant sold out : le gars a une popularité que j’avais totalement sous-estimée.
    Mais j’avoue avoir son 1er CD et je le réécoute volontiers de temps à autre, tant les provocs à deux balles qu’il contient continuent de m’enchanter (ah, son « Petit caniche, peluche pour vieux »…). Avec les limites que cela suppose aussi (par ex., je n’ai jamais ressenti l’utilité d’acheter ses CD suivants). Mettons qu’il est à la chanson d’humour ce que Didier Wampas est au rock : de l’énergie revigorante avant toute chose !

    Répondre
  2. Jacques 12 juin 2017 à 16 h 17 min

    Bonjour,
    Il y a quelques temps déjà, je vous avait fait le « reproche » de ne pas vous intéresser à certains artistes d’une génération dans l’ombre médiatique malgré des carrières au long cours, parallèlement à la récurrence de certains autres chroniqués ou cités abondamment ici. Vous m’aviez répondu, de mémoire, manque de temps, absence d’actualité… ne revenons pas sur le passé…
    Mais que diable alliez vous faire dans cette galère, en allant voir cet olibrius de Super, bien ordinaire? Voilà me semble t-il, beaucoup de temps perdu, entre le spectacle et l’écriture de votre chronique!
    Du temps que, pourtant, vous n’avez pas trouvé pour aller à la rencontre des artistes cités dans ma précédente intervention!
    De mémoire encore, il s’agissait d’Isabelle Mayereau et de Jean-Pierre Réginal!
    C’est pourtant autre chose que Super, non ?
    Sans rancune, mais avec déception,
    Cordialement.

    Jacques

    Répondre
    • Michel Kemper 12 juin 2017 à 17 h 28 min

      Pourquoi ce Super ? Parce qu’il passait à côté de chez moi, dans le cadre d’un festival que nous suivons. Et que le sujet est bien plus intéressant que ça. Que Réginal passe à côté de chez moi, et je le suivrais : si je dois aller à Paris pour le voir, qui paye les frais ? Nous avons actuellement un manque de collaborateur(s) sur Paris (pas facile de trouver de bonnes plumes, disponibles et bénévoles.) Quant à Isabelle Mayereau, nous aurons prochainement l’occasion de la chroniquer, mais pour son prochain album. Si vous regardez le nom de tous les artistes que nous chroniquons, avouez que ça en fait pas mal dans l’année (au minimum un par jour). Des connus, des franchement pas connus, c’est notre équilibre. Durant l’été, nous allons voir des gens déjà chroniqués sur NosEnchanteurs et d’autres qui ne l’ont jamais été ; ça me semble bien. Difficile de faire plus. Au plaisir, Jacques.

      Répondre
    • Michel Kemper 14 juin 2017 à 8 h 08 min

      Ne parler QUE de chanteurs inconnus n’est pas, je crois, la solution. Ce n’est d’ailleurs pas la réalité de la chanson que nous écoutons. Chacun de nous alternons plus ou moins entre la chanson qui a accès aux médias (je suis très amateur, entre autres, d’Alain Souchon) et celle, hélas plus confidentielle, dont on ne parle jamais dans les médias (la liste est longue). Chaque chanteur est en soi intéressant : c’est vrai que nous privilégions ici la découverte, mais sans jamais s’interdire de parler de plus connus : pourquoi pas Delerm, Biolay, Hardy ou Soan ? Ils ont leur place ici.
      Le cas Didier Super relève sans doute d’une autre catégorie : si, à titre perso, j’ai trouvé ce spectacle lamentable, il n’en est pas moins intéressant à « étudier », à tenter de comprendre, à se poser des questions : je pense que nous sommes là dans notre rôle. Je dois avouer aussi que c’est un plaisir personnel d’écrire un tel papier : le plaisir est-il partagé, je ne le sais pas.
      Gilles, je retiens de votre commentaire qu’il est utile d’indiquer directement les coordonnées pour se procurer le disque. Je vais essayer d’en tenir compte.

      Répondre
  3. Gilles 13 juin 2017 à 22 h 27 min

    En réponse à Jacques:
    Je consulte « nos enchanteurs » presque tous les jours.
    Bien que passionné depuis plus de quarante ans de chanson
    « qui ne passe pas à la télé », j’y découvre une foule d’artistes que
    je ne connaissait pas, plus les nouveaux venus.
    J’y trouve aussi des nouvelles des « anciens » comme par exemple:
    Jean-Louis Blaire récemment. (Merci d’avoir indiqué directement
    les coordonnées pour se procurer le disque).
    Michel, merci pour tout – ne changez rien!

    Répondre
  4. Jean-Luc 14 juin 2017 à 16 h 48 min

    J’ai vu Didier Super en co-plateau samedi dernier avec… Laurent Viel.

    Pour avoir vu les deux un certains nombre de fois en spectacle (Une dizaine pour Viel), je m’attendais à quelque chose de détonnant…

    Cela l’a été avec trois « duos » fracassants pour finir (Il venait d’avoir 18 ans – Dalida, Que je t’aime – Johnny et les Corons – Pierre Bachelet)

    Par contre un peu triste du peu d’intéret pour ce spectacle parisien.. Une quarantaine de spectateurs, dont la majorité de bobos bruyants amis de l’organisateur de la soirée.

    JLuc

    Répondre

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

*

code

Vous pouvez utiliser ces balises et attributs HTML : <a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <strike> <strong>

Archives