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Babx, là-haut, tout là-haut !

Babs (photo DR tirée de sa page facebook)

Babx (photo ©Françoise Larouge : consultez son site, lien en bas de l’article)

« Après le 13 novembre, il a fallu tout arrêter. Puis tout recommencer. Vite. (…) Ce disque n’est qu’une trace de vie – parmi tant d’autres – qui revient à elle-même, sonnée mais obstinée. (…). Jouer à la musique comme on joue à Zorro. Défier Dieu avec des pistolets à bouchon. Mais ne pas se laisser faire. Ne pas LE laisser faire. Reprendre là où l’on a commencé. À la vie ».

Cet extrait de la fulgurante déclaration d’intention reprise au verso du livret permet de situer immédiatement l’enjeu de ce cinquième disque de Babx. Un cri de vie arraché à la mort. Une victoire de la poésie sur l’obscurantisme. Un vol de musique pour couvrir les détonations guerrières. ©Françoise Larouge

Disque exigeant que celui-là. Qui flirte avec le free-jazz mais dans une formule dépouillée s’articulant autour du piano-voix. Appelant même la légende du sax Archie Shepp à la rescousse, pour un ultime morceau en liberté. Nous sommes loin des standards pop ou du rock rentre-dedans. Pas de révolte ou de colère tonitruante, mais des larmes contenues. Pas de battements de pieds trépignants, mais une mélancolie noire, une tristesse digne, une foi dans la vie, une spiritualité bienveillante.

BABX FACE À L’INSOUTENABLE.  UNE ODE À L’HUMANITÉ Sidéré, atterré par l’attentat du Bataclan, éloigné de l’humanité par des hommes qui se réclament d’une religion en s’éloignant de toute spiritualité, que faire sinon de la musique ? Enregistrée avec peu de moyens, en deux heures comme un maquette, épurée jusqu’à l’os, Ascensions est longue plainte lyrique, déchirante, poème sacré où les psaumes électroniques sont fils de chants médiévaux ancestraux, où les notes entêtantes, graves, répétitives du piano dérivent en dissonance amplifiée par les cuivres. Le court album, guère plus qu’une demi-heure, se décline autour du personnage central d’Omaya Al-jbara, héroïne irakienne qui laissa sa vie « sous le mandarinier » en résistant à l’État Islamique. Ce titre dont la partie III nous avait déjà impressionnés en concert piano-violoncelle est joué en solo en notes délicates évoquant Debussy ou Satie, « Et je tombe au ciel / Mes yeux sont devant / Mes rires sont des fleurs / Qui jamais ne meurent », balançoire triste où les notes s’égrènent sur fond de batterie funèbre. S’y superpose la mélopée de Dorothy Munyaneza, en doux hululements avant que la mélodie de Babx ne nous berce de ses notes entêtantes : « Omaya s’endort sous les mandariniers ».  Symétriquement, une berceuse douce, Le déserteur, s’adresse à l’auteur de l’attentat, enseveli anonyme « De personne tu ne fus le héros ». Pas de haine, pas de jugement pour cet assassin auquel il ne dénie pas l’humanité, reprenant ainsi la position d’Omaya : « Je n’aurai de cesse de te hanter toujours / Et je te condamne à l’amour ». Sans caricature, il suggère une des origines du drame, l’ingérence des occidentaux. C’est  ce texte désincarné, grinçant et planant à la fois : « Oh je voudrais tant revoir Tripoli, la poussière, le métal, tanguer les hélicos », s’achevant en lointaine et dérisoire  sonnerie militaire. Empruntant son titre à la trilogie des films de Werner Herzog, il en  reprend aussi les personnages, L’alpiniste qui aspire aux cimes . Ou celui attaché à sa terre au péril de sa vie, incarné par Mujahid Hajana  qui murmure comme sur un vieux vinyle cette chanson de sa jeunesse, Accordez moi ce tango, soudain recouvert par  le saxophone envoûtant de Supersonic.  L’album se conclut comme il a commencé, avec le thème de la partie III  décliné au son cuivré, doux et déchirant du saxophone d’Archie Shepp. S’élevant en douces vocalises jusqu’à un  solo de batterie très free, il s’éteint avec Omaya. Une œuvre si personnelle et universelle à la fois, qui n’a qu’un lointain rapport avec ce qu’on nomme la chanson engagée. CATHERINE LAUGIER

BABX FACE À L’INSOUTENABLE.
UNE ODE À L’HUMANITÉ
Sidéré, atterré par l’attentat du Bataclan, éloigné de l’humanité par des hommes qui se réclament d’une religion en s’éloignant de toute spiritualité, que faire sinon de la musique ? Enregistrée avec peu de moyens, en deux heures comme une maquette, épurée jusqu’à l’os, Ascensions est longue plainte lyrique, déchirante, poème sacré où les psaumes électroniques sont fils de chants médiévaux ancestraux, où les notes entêtantes, graves, répétitives du piano dérivent en dissonance amplifiée par les cuivres.
Le court album, guère plus qu’une demi-heure, se décline autour du personnage central d’Omaya Al-jbara, héroïne irakienne qui laissa sa vie « sous le mandarinier » en résistant à l’État Islamique. Ce titre dont la partie III nous avait déjà impressionnés en concert piano-violoncelle est joué en solo en notes délicates évoquant Debussy ou Satie, « Et je tombe au ciel / Mes yeux sont devant / Mes rires sont des fleurs / Qui jamais ne meurent », balançoire triste où les notes s’égrènent sur fond de batterie funèbre. S’y superpose la mélopée de Dorothy Munyaneza, en doux hululements avant que la mélodie de Babx ne nous berce de ses notes entêtantes : « Omaya s’endort sous les mandariniers ».
Symétriquement, une berceuse douce, Le déserteur, s’adresse à l’auteur de l’attentat, enseveli anonyme « De personne tu ne fus le héros ». Pas de haine, pas de jugement pour cet assassin auquel il ne dénie pas l’humanité, reprenant ainsi la position d’Omaya : « Je n’aurai de cesse de te hanter toujours / Et je te condamne à l’amour ».
Sans caricature, il suggère une des origines du drame, l’ingérence des occidentaux. C’est ce texte désincarné, grinçant et planant à la fois : « Oh je voudrais tant revoir Tripoli, la poussière, le métal, tanguer les hélicos », s’achevant en lointaine et dérisoire sonnerie militaire.
Empruntant son titre à la trilogie des films de Werner Herzog, il en reprend aussi les personnages, L’alpiniste qui aspire aux cimes . Ou celui attaché à sa terre au péril de sa vie, incarné par Mujahid Hajana qui murmure comme sur un vieux vinyle cette chanson de sa jeunesse, Accordez moi ce tango, soudain recouvert par le saxophone envoûtant de Supersonic.
L’album se conclut comme il a commencé, avec le thème de la partie III décliné au son cuivré, doux et déchirant du saxophone d’Archie Shepp. S’élevant en douces vocalises jusqu’à un solo de batterie très free, il s’éteint avec Omaya.
Une œuvre si personnelle et universelle à la fois, qui n’a qu’un lointain rapport avec ce qu’on nomme la chanson engagée.
CATHERINE LAUGIER

Le CD s’ouvre et se ferme sur la trilogie Omaya. Trois morceaux (un instrumental rageur au centre) consacré à Omaya al Jbara, combattante et résistante irakienne à l’E.I. Ode à la dignité et à l’amour. Omaya repose sous le mandarinier, nous chante l’artiste, une tache au cœur comme un bouton de rose (comme jadis un certain dormeur du val avait deux trous rouges au côté droit, ou comme fleurissait le petit coquelicot de Mouloudji). D’emblée l’émotion nous étreint. Elle atteindra son apogée avec le sixième morceau du CD, Le déserteur, consacré – sacrilège ? – au tueur du Bataclan reposant dans une tombe anonyme. Chanson aussi poignante qu’osée dans son approche (considérer l’assassin comme un être humain !) : en définitive, à quoi cela lui a-t-il servi d’avoir semé le malheur (y compris auprès des siens qui le pleurent aujourd’hui) : « Et dans ce matin d’hiver / Où pleuvent les corbeaux / De personne / Tu ne seras le héros ».

A côté de ces deux pics d’émotions, le court album nous offre aussi un morceau consacré au général Sarkozy contemplant Tripoli en feu de son hélicoptère, un psaume moderne enregistré sur vocoder (et difficilement compréhensible sans le texte sous les yeux) et une chanson d’amour universel pour faire briller la vie, avant de s’achever sur la reprise a capella par un réfugié soudanais d’un extrait d’une vieille chanson à la gloire du tango !

Avec ce CD, intitulé Ascensions, nous sommes évidemment à mille lieues des disques formatés pour les radios. Babx se produit lui-même, sur son propre label, et a décidé d’user à plein de cette liberté. Saluons l’audace et le courage de l’artiste. Et plongeons et replongeons dans ce puits d’émotions. Qu’il est bon parfois de se laver de ses propres larmes.

POL DE GROEVE

 

Babx, Ascensions, Bisonbison/L’Autre distribution 2017. Le facebook de Babx, c’est ici ; ce que NosEnchanteurs a déjà dit de lui, c’est là.

Consultez ici la page facebook de Françoise Larouge.

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