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FestiFaï 2017. La lumineuse Line Tafomat et l’archet échevelé de la Cellowoman

Line Tafomat (photo Agnès André)

Line Tafomat (photo Agnès André)

22 juillet 2017, Café du peuple à Veynes (Hautes-Alpes),

 

Quelle belle soirée ! Qui va souvent au concert sait stratégiquement où s’asseoir pour mieux voir. Ce soir, dans l’intimité du Café du Peuple, aucun siège n’est installé : avec Line Tafomat, le concert démarre à la porte accueillant ses spectateurs un-à-un en claquements de mains et rondes de sons. C’est un petit chaos de gens à l’intérieur, désarçonnés par cette position d’acteurs que nous donne Line, mais très vite un cercle se fait, les corps se détendent, les voix s’installent à défaut des postérieurs.

Line semble chanter comme elle respire. Le chant, la parole, le geste ; tout s’enchaîne et se superpose comme une respiration. On sent bien que la voix n’est pas seule, que c’est le mot, sa saveur, sa rondeur ou ses angles, son rythme, oui la pulsation du mot qui fait pencher le chœur de Line, c’est-à-dire elle et nous vers des harmonies créées, sans que nous, « spect-acteurs » nous nous en rendions compte. Percutant nos habitudes de statisme concertial de ses gestes qui font comprendre sans dire, on se laisse porter, yeux fermés pour certains, dans la mélodie collective. Tantôt solo – avec une chanson de Chloé Lacan, un chant d’exil portugais ou encore un poème déclamé, chanté, murmuré : « comme une seconde nature, j’aime chanter sous la pluie même quand mes notes ressemblent surtout à des cris » ; tantôt avec ses spectateurs, l’énergie vocale de Line, artiste chanteuse et pédagogue, est contagieuse !

(photo Agnès André)

(photo Agnès André)

« J’étais en fait venue pour Katrin Waldteufel et je ne savais vraiment pas à quoi je m’attendais », nous chante une spectatrice, sourire atteint. S’attendait-elle à ce qui est venu ensuite ? Dans la salle, on revient en tout cas à une disposition spatiale plus classique où Mr Cello, violoncelle de Katrin’Waldteufel, repose dans la lumière, fleur blanche au côté de l’archet… Classique seulement dans l’apparence : de noir vêtue, rose dans les cheveux bien rangés… une mèche échevelée plantée en l’air annonce déjà le ton !

Katrin Waldteufeul (photo Marie-Christine André)

Katrin Waldteufeul (photo Marie-Christine André)

Comme déroulant un film, Cellowoman prend vie devant nous : « agrippée à ma serpillière / je passais mon temps nez contre terre / à traquer la poussière / à la maison ça respirait la vie / je me suis dit « et si j’essayais la vie ! » ». De déboires (« du temps où j’étais morte, j’adorais le tilleul-menthe ») aux souvenirs coquins (« avec ma grand-mère, j’avais le droit de tout faire ! / mettre ma robe sans culotte et courir dans les prés »), le cafard de la vie possède toujours une certaine gaieté chez Cellowoman qui « ouvre [sa] fenêtre, voit ce qu’il y a dedans » avec un sourire dans l’œil qui ne la quitte pas, pas comme ses clés qu’elle semble souvent égarer : « allez je crois que j’ai tout / dans cette tenue t’es vraiment pas trop moche / y’a plus qu’les clés toujours au fond d’ma…toujours au fond d’ma… *soupir de violoncelle* ».  Le rire en éclats et autres bruitages waldteufeliens s’accrochent à tous et ricochent, faisant jusqu’à aboyer la salle en chœur : c’est des chansons sérieuses avec un rire de petite-fille, un humour débordant même dans le pizzicato. Ou bien l’archet : « parfois on nous prend pour deux amants, même si toi tu n’es pas très entreprenant » chante-t-elle à son violoncelle sur un rythme à la Carmen.

Il n’y a peut-être que lorsque les mots ne viennent pas de son plumeau que la gaieté s’efface : le magnifique Se souvenir de Louis Aragon lyrise nos cœurs de souvenirs plus émouvants que riants… avant de revenir à son infatigable énergie et cette joie délicate effleurée à l’archet, tapotée sur le corps de Mr Cello : « je ne veux pas te perdre », second rappel, vient dire au revoir à ce public qui ne veut pas la laisser partir ; et sûrement aussi à Line Tafomat et Elsa Gelly qui du coup entrent en scène pour l’accompagner une dernière fois… peut-être.

Ah quelle belle soirée peuplée de rires et d’embrassades, de transmission de chaleur, d’étincelle dans les yeux, d’éclats dans les voix, de claquements de doigts !

Dans l’intimité du Café du Peuple, ses tables et chaises posées dans la rue, sa scène à même le sol, on est bien.

 

Le site de Line Tafomat, c’est ici ; ce que NosEnchanteurs a déjà dit d’elle, c’est là. Le site de Katrin Waldteufel, c’est ici ; ce que nous avons déjà dit d’elle, c’est là.

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Une réponse à FestiFaï 2017. La lumineuse Line Tafomat et l’archet échevelé de la Cellowoman

  1. LMC 17 janvier 2018 à 12 h 44 min

    Ce concert devait être complètement hors normes mais tellement appréciable !

    Répondre

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