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Off Avignon 2017. Olivier Morin, Emmanuel Valeur : frères humains qui avec nous vivez

Olivier Carreterie (photos d'archives DR)

Olivier Morin (photos DR)

« Exodes », 24 juillet 2017, Théâtre de la Carreterie,

 

Il ne chante pas, c’est sa voix qui chante. Olivier Morin est poète, vous regarde dans les yeux, sous sa crinière bouclée. Il vous parle d’humains, de chemins qui se croisent, de mers dangereuses, de craintes et de rejets, d’humains pas humains, d’humains qui voudraient l’être, de désirs de vie tout simplement. Sa voix, un peu de la famille de celle des Bohringer, Bashung, Leprest, vous happe et ne vous quitte pas. Son message est clair, mais il n’est pas lourd, même si ses textes sont engagés, vous n’écoutez pas un tract politique. Ses poèmes issus de différents recueils constituent le récit de ces Exodes.

Ce sont des mots choisis, des mots doux, des mots forts, des mots drôles, ses mots dits pour des maudits. Rimbaud, Hugo, Baudelaire ou Villon auraient pu les écrire. Tiens, Villon, il l’a paraphrasé en une géniale Ballade des vendus, sur un fond musical intense, suspensif,  qu’il dédie particulièrement aux femmes, doublement victimes : « Choyez les sœurs contre vous endormies ». Mais la morale en est un vigoureux « Mais virez Dieu qui ne sait rien résoudre ». Tel Cyrano, à la fin de l’envoi, il touche ! D’ailleurs, le voici qui nous en fait la démonstration, en réunissant en un seul texte, plein d’humour cette fois, un Heureux qui comme Ulysse travaillé comme la Tirade du nez. Au vol : « Fiduciaire : heureux qui comme un Suisse va faire un beau voyage / Fermer son contentieux, ouvrir son compte en Suisse / Helléniste : heureux qui communiste et comme Varoufákis / Ne veut plus d’Alexis , sa dette dévastatrice »  On y rencontre Alice, Clovis, une qui « quand ça glisse en tire un bénéfice », Elvis, une huître de Bouzigues « qui se donne en s’ouvrant au plaisir de mézigue… » et la toison reprend sens… Beaucoup plus tragique est le poème : « Ulysse est noir et son bateau pourri… » auquel répond : « La fille d’ébène fouille les restes des bennes ».

Emmanuel Valeur

Emmanuel Valeur

Emmanuel Valeur est un musicien du conservatoire. Il compose et interprète au piano et à l’accordéon pour le jazz, la chanson, la musique du monde et le théâtre d’improvisation. Avec discrétion et grand talent il crée un univers musical capable à lui tout seul de vous emmener en voyage. Parfois sous le dit, parfois avec, ou sans : un spectacle rythmé, sans temps mort, où le rire côtoie le drame. 

De jeux d’eau ravéliens (« Ils affluaient (…) Ils refluaient, un retrait de marée, retrait de fleuve, une fin de mascaret ») aux musiques du Proche ( Shéhérazade) ou de l’Extrême-Orient (Ils sont venus de force). De Barcarolle (« Ces enfants ballottés entre sac et ressac ») en mélopée africaine. Nous, nous n’avons pas besoin de risquer nos vies sur de frêles esquifs pour embarquer.

Les poèmes d’Olivier s’enroulent en une histoire d’humains à la recherche d’« une langue de terre ouverte avec ou sans promises », « Les mains en pagaie et le bras en safran (…) Les chevilles  attaquées et les genoux au front », celle où ils pourront vivre, ils n’en demandent pas plus. Depuis la préhistoire les hommes se sont déplacés au gré des évènements climatiques, des guerres et des famines, sur la terre qui nous supporte dans tous les sens du terme, sur la mer qui nous porte ou nous engloutit. « Ils viennent… d’un autre verbe marchant dans le désert ». Depuis toujours, « Nous sommes tous des s’en vont ». Certains l’ont oublié.

Dans la jungle de Calais / Y’a Mowgli qui se les gèle (…) Alors, il monte le son et se shoote au python « aie confiance, aie confiance ». Ça pourrait presque être drôle… Mowgli rêve d’amour, il rêve à des jours meilleurs, « il en faut vraiment peu pour être heureux ». 

« Et nous voyagerons en pluie de notes, en touches/ effleurées, en cordes caressées, en accords démesurés / en noires ténues , en rondes tenues  et en silence aussi / Et nous resterons debout en silence et en musique ».

 

Au Théâtre de la Carreterie, 101-103 rue de la Carreterie à 14h15 jusqu’à dimanche 30 juillet. On peut (doit) se procurer les textes d’Exodes à la sortie du spectacle, pour un prix dérisoire. Le site d’Olivier Morin, c’est ici ; son sound-cloud, là. Le site d’Emmanuel Valeur, c’est ici.

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Une réponse à Off Avignon 2017. Olivier Morin, Emmanuel Valeur : frères humains qui avec nous vivez

  1. Morin 31 juillet 2017 à 16 h 14 min

    Bonjour Catherine,
    Je n’ai pas eu le plaisir de vous croiser à la sortie du théâtre de la Carreterie à la fin de notre spectacle.
    Je voulais vous remercier pour ce bel article.
    Avignon s’est terminé en beauté pour nous, puisque contre toute attente, hier, 30 juillet dernier jour de jeu, restera celui où les spectateurs furent les plus nombreux faisant fi de toutes les statistiques qui veulent que parfois, faute de public, les compagnies ne jouent pas.
    Au plaisir.

    O. Morin
    O. Morin

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