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Sonorama, il ne tient qu’à vous d’en profiter

sonorama hallydayCe fut, à l’époque (d’octobre 1958 à juillet 1962, celle de Spoutnik, de ma naissance aussi), une petite révolution en soi. Pensez : un magazine qui se lisait sur un tourne-disque, dont chaque page était accompagné d’un disque souple au format 45 tours. Ce fut Sonorama, magazine au concept inédit, traitant de l’actualité dans divers domaines (politique, musique, arts, société, étranger…), qui avait la particularité de proposer un document sonore en regard de chaque page du magazine. Au milieu de chaque article (étalé sur deux pages) se trouvait un encart réalisé dans un « flexidisc », disque souple aussi fin ou presque qu’une page du magazine, aux dimensions d’un vinyle 45 tours. La reliure était composée d’anneaux plats, laissant ainsi la possibilité de plier le magazine pour le déposer sur un tourne-disque, un trou central permettant de le caler sur la platine. Il suffisait de mettre en route l’appareil pour écouter le document sonore tout en lisant l’article : interview, chanson, extrait de discours, reportage…

L'anthologie parue chez Frémeaux & associés

L’anthologie parue chez Frémeaux & associés

 

Au sommaire, un entretien avec madame Piaf à la veille de son Olympia en 1961

Au sommaire, un entretien avec madame Piaf à la veille de son Olympia en 1961

Brève carrière (42 numéros en tout) pour ce média à l’époque hors norme qui, sans doute en raison de son prix assez cher (500 anciens francs à sa parution) n’atteindra jamais son seuil d’équilibre : il s’en fallu de pas mal de lecteurs en plus. Nul ne s’étonnera si tous les numéros de cet étrange média sont depuis devenus collectors, ebay et priceminister les proposant à des prix parfois affolants. C’est dire si l’initiative de Frémeaux & associés est bienvenue qui sort une Anthologie de ce magazine sonore de l’actualité (il y avait sept à huit sujets par numéro) en trois CD, trois thématiques : « invention d’un magazine sonore », « musique », « informations et politique ».

Si notre propos, à NosEnchanteurs, est bien la chanson, nous ne sommes pas insensibles pour autant aux autres sujets de cette anthologie : portrait du premier ministre Michel Debré, conférence de presse de De Gaulle, les armes vont-elles se taire en Algérie ?, la crise de Berlin, la revue de presse de Jacques Martin, les quatre vérités aux hommes de Brigitte Bardot, la Boîte à sel de Pierre Dac, Delon parle de Romy Schneider, etc. Le second disque ne nous parle que de chanson : avec Sacha Distel, Léo Ferré, Marcel Amont, Edith Piaf pour une « rentrée bouleversante », la première radio de Marie Laforêt, Petula Clark, Vince Taylor, Georges Brassens à l’Olympia… Et, cerise sur le gâteau, ce qui a trait à ce tout nouveau et étonnant phénomène : Johnny Hallyday, « le dieu du rock » ! La sortie de ce coffret est sans doute indépendante de la mort récente de l’idole des jeunes : elle n’en est pas moins bienvenue, nous rappelant à quel point le jeune Hallyday, « un grand jeune homme blond de dix-huit ans qui avance dans la vie en balançant son mètre quatre-vingt cinq, tête baissée et sourire confiant, c’est de lui, de ce timide garçon aux gestes doux dont on parle et dont on a peur, peur parce qu’il soulève des salles, provoque des émeutes, déclenche des manifestations, des incidents, c’est lui dont d’un seul coup en France tous les jeunes et d’autres, moins jeunes, sont devenus fous, vraiment fous, fous de Johnny, fous du rock » qui fut raillé, controversé, insulté même par l’élite intellectuelle de l’époque. Ainsi l’écrivain, moraliste, biologiste, historien des sciences et académicien Jean Rostand qui s’exprime sur le rock n’roll : « il me parait que ces crises d’hystérie collective comportent un certain infantilisme, il me semble qu’il y a là à la fois une sorte de libération d’instincts puérils et d’instincts animaux ; je peux vous répondre un petit peu au nom de la morale biologique : (…) un homme doit viser à être un homme, c’est-à-dire un adulte et un être qui surmonte en lui l’animalité ; à ce point de vue je pense que le rock n’roll est un peu contraire à la morale biologique et qu’il y a une certaine amoralité à se comporter comme font tous ces jeunes gens, à la fois en bêtes et en enfants ; ceci dit, il ne faut peut-être pas accuser trop ces jeunes gens : il faut voir si leur famille, si la société a fait ce qu’il fallait pour créer en eux ces freins qui leur auraient permis de résister à ces instincts puérils, à ces instincts animaux, c’est-à-dire de ne pas s’abandonner à cette régression (…) ». C’est à écouter en entier sur disque (en vidéo ci-dessous aussi) et ça vaut le jus.

Deux reportages sont reproduits ici intégralement : « Jean Rostand : pour ou contre le rock ? » et l’interview culte « Hallyday et Cie, par Pierre Bellemare ». A ajouter au dossier Hallyday comme pièces de choix, juste après avoir entendu ce mois-ci des déferlantes prévisibles de propos excessifs d’émotion, de récupération ou de rejet, d’amour ou de haine. Où on se dit qu’à presque six décennies d’intervalle, à l’entrée de l’artiste comme à sa sortie, les deux camps furent pareillement opposés, parfois sur des constructions intellectuelles ahurissantes et bêtes à la fois.

Rappelons que le cas Hallyday n’est pas le seul intérêt de ce judicieux coffret. Mais diable que, par sa valeur historique (celle hystérique aussi), il y contribue grandement.

 

Sonorama 1958-1962, Anthologie du magazine sonore de l’actualité (direction artistique de Jean-Baptiste Mersiol), Frémeaux & associés 2017.

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