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Age tendre : tubes inoxydables et têtes péroxydées

Dave (photos DR)

Dave (photos DR)

« Age tendre, la tournée des idoles », 13 avril 2018, Zénith de Saint-Etienne,

 

Deux fois un Zénith presque complet, au bas mot dix mille personnes, pour y assister à un défilé de stars de la radio et du petit écran, des chanteurs des années soixante-dix. Ça se nomme Age tendre, même si l’émission télé dont est tiré le nom de la tournée n’existait déjà plus à cette époque.

Un public de cheveux blancs ? Non, la coquetterie des dames les veut colorés pour mieux cacher les outrages du temps. De dames et de messieurs du temps jadis, quand le franc était franc et que Giscard s’accordéonnait tant à l’Élysée que chez Danièle Gilbert, à Midi trente pétante. On vient retrouver sa jeunesse ici, ses vingt ans ou moins, son mange-disque et ses premiers amours ; les chansons sont pour nous les cailloux blancs du Petit Poucet pour en retrouver le chemin. Ils sont dix aujourd’hui dans le rétroviseur, à vous faire élixir de jouvence.

La jeunesse, sur cette grande scène, ce sont choristes et musiciens. C’est aussi Cyril Féraud, le présentateur du jeu télévisé Slam, 33 ans seulement : un gamin sautillant, virevoltant, connaissant le répertoire de ce soir sur le bout des lèvres. Le gendre idéal, pensent avec regret les vieilles dames dans la salle.

Là, s’expose la variété d’époque, l’âge d’or avec quelques de ses figures de proue. Selon la surface de vente et le déroulé de carrière des artistes, ils feront chacun deux, trois ou quatre titres. Plus pour Sheila et Dave. Que d’inoxydables tubes.

Dick Rivers

Dick Rivers

Premier appelé, Dick Rivers, dos vouté, démarche prudente mais voix intacte, pas même un chat, fut-il sauvage, dans la gorge. Un pot-pourri (Est-ce que tu le sais ?, C’est pas sérieux, Twist à Saint-Tropez) et trois autres titres, dont Faire un pont (« Faire un pont / Pour de bon / Y graver ton prénom… ») et Maman n’aime pas la musique. Il a amené dans ses bagages un guitariste venu de loin, un rockeur dont l’art tranche avec la vedette : lui saute, danse et crève l’écran, Dick est statique.

Elle s’appelle Michèle et a « le coeur en Provence » où elle a laissé ses souvenirs. Le jaune de ses cheveux trahit, lui aussi, l’abus de coloris. Pour sûr elle nous emmène danser ce soir… La voix est ensoleillée, réjouissante. Mais c’est en chantant Piaf sur Mon Dieu qu’elle nous épate plus encore par son coffre : « Même si j’ai tort / Laissez-moi encore ». La Torr a raison, ça doit être pour ça qu’elle reprend cette chanson.

ISABELLE AUBRET : SA DERNIÈRE TOURNÉE Après cette tournée Age tendre – ce sera sa dernière – Isabelle Aubret va honorer ses contrats et ainsi poursuivre sa dernière tournée à elle. Ça devrait la porter jusqu’à le fin 2019. Puis elle arrête. Sa voix est certes intacte mais, à presque 80 ans, elle sait les ravages à venir de l’âge et veut quitter la scène dignement. De toute façon, elle ne voit plus qui pourrait encore lui écrire des chansons.  La voir en cette tournée Age tendre peut surprendre : c’est néanmoins sa quatrième participation. Elle n’était pas invitée aux mêmes émissions de télé, n’a d’ailleurs jamais été conviée à l’émission d’Albert Raisner. C’est vrai qu’elle ne fait pas partie de cette part de la chanson qu’est la variété. Histoire de rives, gauche et droite. D’une autre exigence surtout. Mais elle aime cette tournée, partage sa loge avec Stone et s’est liée d’amitié avec Sheila. Les trois chansons qu’elle interprète sur scène ont toutes été créées par son ami Jean Ferrat : Ma France, La montagne et C’est beau la vie. Avec grand, très grand succès, faut-il le dire ?

ISABELLE AUBRET : SA DERNIÈRE TOURNÉE
Après cette tournée Age tendre – ce sera sa dernière – Isabelle Aubret va honorer ses contrats et ainsi poursuivre sa dernière tournée à elle. Ça devrait la porter jusqu’à le fin 2019. Puis elle arrête. Sa voix est certes intacte mais, à presque 80 ans, elle sait les ravages à venir de l’âge et veut quitter la scène dignement. De toute façon, elle ne voit plus qui pourrait encore lui écrire des chansons.
La voir en cette tournée Age tendre peut surprendre : c’est néanmoins sa quatrième participation. Elle n’était pas invitée aux mêmes émissions de télé, n’a d’ailleurs jamais été conviée à l’émission d’Albert Raisner. C’est vrai qu’elle ne fait pas partie de cette part de la chanson qu’est la variété. Histoire de rives, gauche et droite. D’une autre exigence surtout.
Mais elle aime cette tournée, partage sa loge avec Stone et s’est liée d’amitié avec Sheila.
Les trois chansons qu’elle interprète sur scène ont toutes été créées par son ami Jean Ferrat : Ma France, La montagne et C’est beau la vie. Avec grand, très grand succès, faut-il le dire ?

Petit tour de piste de Pierre Groscolas. « Élise Élise Élise et moi » et Lady Lay. Sympa, guère plus. Lui succède Isabelle Aubret et c’est autre paire de manche (lire encadré). Le public la plébiscite autant que l’évocation de Ferrat.

Critiquer Sheila est chose facile : c’est tirer sur une ambulance. Osons pourtant : on peine à reconnaître ce timbre qu’on a jadis collectionné. C’est en pitoyable chanteuse rhumatisante qu’elle tente de suivre et survivre à ses danseurs, revival disco : « Je te suivrai, où tu iras j´irai / Fidèle comme une ombre jusqu´à destination ». Nos choristes pour là finir les chansons… Sheila semble prisonnière de son image. C’est vrai qu’on ne demande pas aux artistes de faire ce qu’ils savent et peuvent faire au moment présent, mais de faire revivre ce qu’ils ont été. Ce que Sheila, à presque 73 ans, n’est plus. Ça sent L’heure de la sortie.

Pour l’heure celle de l’entracte : selfies, signature de disques et merchandising

« La pluie sur les toits / C´est la musica / Le son de ta voix / C´est la musica… » Lui, c’est Patrick Juvet et rien qu’à le voir c’est une catastrophe. Ce n’est pas tant son ventre rebondi… mais de loin il semble sentir l’alcool, presque titube. Pas dans ses paroles, non : on peut soupçonner le play-back tant sa vraie voix est loin de faire raccord avec le souvenir qu’on en a. Eh, Rappelle-toi minette... A fuir.

Nicoletta

Nicoletta

Visiblement l’est pas mort le soleil. Il brille de tous ses feux. Quatre tubes de Nicoletta et c’est superbe cadeau. A elle seule elle mérite le déplacement. Ah ! son Mamy blue où la voix de la chanteuse fait singulier et langoureux duo avec le saxo…

Que peut-être encore Il était une fois, après la mort il y a longtemps de Joëlle, sa chanteuse, et celle, il y a peu, de Serge, un des deux chanteurs ? Il reste Richard Dewite, seul. Seul à égrener quelques extraits en un pot-pourri bien garni (Les filles du mercredi/ C’était l’année dernière/ Rien qu’un ciel…). Et ce J’ai encore rêvé d’elle d’anthologie, là avec le renfort de Stella, une des choristes d’Age tendre. L’un des grands moments de cette soirée, même les kleenex s’en souviennent.

Stone (photo Le Courrier PIcard)

Stone (photo Le Courrier Picard)

Seule aussi, Stone. Ça fait pas mal de temps qu’elle chante seule. Parce qu’Eric Charden fut malade, parce que de toute façon il ne voulait plus chanter avec elle. Parce qu’il finit par mourir, aussi. Mais, même sans lui, L’avventura reste L’avventura. Et – permettez que je souffre – le prix des allumettes ne change pas. Comme quoi la chanson n’est pas indexée sur la météo : il fait pluvieux dehors (plus vieux dedans…) mais Il y a du soleil sur la France et le reste n’a pas d’importance. Vous dirais-je l’émotion, dont je ne suis pas absent, à l’écoute de Made in Normandie, version tronquée car Stone seule au micro, tronquée mais honorable : « Je suis américaine et je suis née à Philadelphie / En 1944 tu es parti loin de ma vie / J’ai mis dans ton blouson un peu de terre de notre pays / J’ai tremblé en écoutant la radio toutes les nuits / La guerre tu sais tu me l’as racontée / Mais dis encore, qu’as-tu rapporté ? » C’est à de telles chansons qu’on sait la distance, qu’on sait notre âge qui chaque jour s’aggrave. Cette chanson est une borne, un repère, c’est la pendule au salon qui dit oui qui dit non… Elle est sans âge mais fixe le nôtre. Je discutais avant son entrée en scène avec Stone sur ces chansons qui abolissent le temps, qu’on chantera bien longtemps après avoir oublié le nom de leurs créateurs. Made in Normandie en fera-t’elle partie ?

Bon, ça se termine sur Wouter Otto Levenbac (appelez-le Dave, c’est plus facile), star parmi les stars, plus encore (et bien mieux) que Sheila. Le personnage est sympa, avenant. Faut vraiment lire sa bio pour savoir son âge ? Là il serait presque l’incarnation de la jeunesse éternelle. Dansez maintenant, Est-ce par hasard ?, Mon cœur est malade, Du côté de chez Swann… Et Vanina. Les intégristes de la chanson me voueront aux gémonies si je dis ici que le Vanina de Dave est aussi respectable que le Vanina s’en va de Véronique Pestel… Je prends ce risque.

A Dave la phrase pour bien clore cet Age tendre et mon article : « Y’a un âge où il faudrait arrêter. Moi j’y arrive pas. » Je me garderai bien de penser à qui il songeait.

 

Ce que NosEnchanteurs a déjà dit de la tournée Age tendre, c’est ici.

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9 Réponses à Age tendre : tubes inoxydables et têtes péroxydées

  1. Dominique Cozette 15 avril 2018 à 12 h 21 min

    C’est une chouette partie de mon adolescence (quoique les ceuss dont j’ai acheté les disques n’y sont pas) qui vient distraire un public en quête de ce pays perdu qu’est la jeunesse. Ça me fout le cafard d’en voir des extraits à la télé mais si les gens sont heureux, pourquoi critiquer. Je n’ironiserai pas sur leur vieillissement (cet article est plutôt respectueux), il suffit pour cela de nous, les ex fans des sixties, regarder dans une glace pour comprendre qu’on fait partie des chauves, des teints, des gros ventres, des bancales, bref de tout ce petit monde qui tente en ramant de ne pas tomber sur le bas côté, doublés par ceux dont l’avenir n’est pas derrière eux. Nous ramons, nous ramons, oui, et ceux qui préfèrent le faire en bande musicale en tapant dans leurs mains rhumatismales sont forcément les plus joyeux.

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  2. Skyler 19 avril 2018 à 14 h 42 min

    L’auteur de cet article a vraiment un problème personnel avec Sheila, c’est quoi son psychodrame, elle lui a refusé un autographe fafafa ? Surtout quand il en rajoute encore une couche en parlant de Dave à la fin ( Dave aurait été une plus grosse star que Sheila dans les 70s, rions un peu). D’autant plus frappant quand on voit qu’une brêle comme Stone est elle épargnée ( bon elle n’a jamais su chanter donc ça ne peut pas vraiment s’être dégradé), ou Nicoletta, qui n’a certainement plus la voix de 1975!

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  3. Michel Kemper 19 avril 2018 à 15 h 23 min

    A Skyler (une pseudo ! argh, c’est si simple de prendre son vrai nom !). Je me rends dans les salles de concerts sans a priori, sinon je n’y vais pas. Je relate ce que j’ai vu, entendu, ressenti. Sans calcul. Sans admiration, sans haine. Sheila n’est pas bonne, c’est un automate qui chante et danse, sans plus. Dans la hiérarchie de cette tournée 2008, il est évident que Dave se taille la part réservée à la « grosse » vedette, il suffit d’u assister pour le comprendre. Quant à Nicoletta, elle fut excellente, que vous dire d’autre ? Si ça vous fait plaisir de critiquer la critique d’un concert auquel vous n’avez pas assisté, faites-le…

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  4. Hontatoi 19 avril 2018 à 17 h 27 min

    Monsieur Kemper j ai assisté deux fois à ce spectacle cette saison, au Zénith de Paris, car bien sur je suis vieux et que mon goût va vers cette génération de chanteurs. Sheila y fut particulièrement applaudie et sa prestation impeccable même si le timbre est devenu plus grave et qu’elle peine dans les aigus. Vous avez un vrai problème avec elle on dirait. Heureusement que votre écrit restera confidentiel. Embrassez Dave de ma part. Je suis sûr que lui au moins n’aurait jamais parlé de Sheila avec autant de mépris..p.s. vous m »imaginez critiquer votre physique ou votre manière de vous habiller, de parler, le timbre de votre voix….ce serait abject.

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    • Michel Kemper 19 avril 2018 à 20 h 44 min

      Honte à ceux, à vous, Zoubida (Hontatoi), qui se cachent derrière un pseudo pour assener leur mépris, leur irrespect. Cette chronique ne vous agrée pas ? Et bien passez votre chemin : ici la liberté de la presse est pleine et entière, nous ne sommes pas sur un support de fans. Tout autre message à venir contenant des injures ne sera pas validé.

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  5. Laurent 19 avril 2018 à 17 h 50 min

    @ Michel Kemper : Le public partage-t-il votre avis? Dans cette tournée 2018 (et non 2008, mais oui vous avez raison, le temps passe!), l’idole de deux générations croule-telle sous les sifflets tandis que les deux starlettes des 70′s feraient un triomphe? Ca serait bien qu’en France on respecte la réussite. Une chanteuse emblématique de deux décennies, ça devrait même forcer le respect. C’est assez glauque de s’en prendre à l’âge et aux capacités physiques des gens, ça revient à s’en prendre à la vie finalement. Que vous trouviez Sheila mauvaise sur scène c’est une chose mais qu’est-ce qui vous autorise des termes comme « tirer sur une ambulance », « chanteuse rhumatisante » etc? Je pense comme Skyler, je devine la dessous les frustrations d’un ancien, fan , ex-collectionneur de surcroît!

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    • Michel Kemper 19 avril 2018 à 20 h 40 min

      Faut-il s’aligner sur l’avis des autres pour forger le sien, Laurent ? Sauf à être un mouton, non ! Donc on peux émettre un avis, écrire une opinion. Ce n’est pas la vôtre ? Qu’importe.
      Je ne suis fan de personne, encore moins collectionneur. Mais vous, peut-être ?

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  6. Laurent 19 avril 2018 à 23 h 07 min

    Bien vu, je le suis (fan de quelqu’un) mais pas de Sheila en tous cas et contrairement à vous, j’assume! Mais peu importe, car celui qui donne dans le dénigrement malveillant ce n’est pas moi mais vous, et votre tentative de diversion masque mal votre embarras pour répondre à mes questions…Par ailleurs, être du même avis que quelqu’un d’autre, c’est en rien une obligation, mais c’est une possibilité qui peut être tout autant réfléchie qu’ une autre et c’est celle qu’en l’occurrence j’ai choisie…

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  7. Patrick Engel 20 avril 2018 à 14 h 34 min

    Mais à la fin, qui est cette Sheila dont vous parlez en long et en large..?

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