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Mort Shuman « Le lac majeur »

SHUMAN Mort Amerika1972Il neige sur le lac Majeur
Les oiseaux-lyre sont en pleurs
Et le pauvre vin italien
S’est habillé de paille pour rien 
Des enfants crient de bonheur
Et ils répandent la terreur

Mort Shuman

Paroles Etienne Roda-Gil, Musique Mort Shuman. Enregistré sur l’album «  Amerika » (1972). Le clip de 1991 est une version de 4 minutes 17 raccourcie par rapport à l’originale (5 : 27)

L’américain Mort Shuman, auteur, chanteur et surtout compositeur, arrivé en France en 1966, s’est d’abord fait connaître pas sa comédie musicale « Jacques Brel Is Alive and Well and Living in Paris » qui a révélé Brel au public anglo-saxon.  Il en a coécrit les adaptations anglaises des chansons, et en était l’un des chanteurs à New York. Le spectacle a été repris à Paris à l’Olympia dans les années 70. Passionné par Brel, il écrira la version anglaise d’Amsterdam reprise par David Bowie en 1973.

Il fait carrière en France pendant une quinzaine d’année, où son allure débonnaire de doux géant , sa voix grave et ses musiques richement orchestrées à la mode de l’époque lui valent un succès populaire. Il compose plusieurs musiques pour Eddy Mitchell, Johnny Hallyday ou Michel Sardou.

Ses principaux succès en chanson furent Brooklyn by the sea qui mixe musique Klezmer et blues, L’Imperméable anglais… et Le lac Majeur (1972) écrites par Etienne Roda-Gil, puis Papa Tango Charlie, Sorrow, Imagine (1976). De 1972 à sa mort il a publié neuf albums principalement en français, plus un en anglais en 1991. La même année il a le temps d’enregistrer Vraiment bien avec Eddy Mitchell avant de décéder un 3 novembre 1991.

Histoire d’une chanson.
La chanson Le lac majeur doit son succès à sa musique lente, dramatique, répétitive où des aigus frisent sur la musique ample (même si on peut la trouver surchargée en instruments et en effets, cordes, sons de cloches…), à la voix de crooner légèrement vibrante de l’interprète, et en opposition à l’étrangeté de l’atmosphère dégagée par le texte.

S’il neige sur ce lac, ce ne sont pas d’intempéries dont il s’agit , même si les orages sont fréquents dans la région des Grands lacs italiens.
Ces flocons sont plutôt  pétales de cendre, quelques mots nous mettent la puce à l’oreille :
glissades et bombardements, de nouveaux gladiateurs, le cirque meurt.
Au pauvre vin italien(…) habillé de paille pour rien qui m’interrogeait à l’époque répond le pauvre sang italien / Coule beaucoup et pour rien.

En deux strophes de douze vers Roda-Gil évoque un épisode méconnu de l’histoire italienne, la répression sanglante de l’insurrection de Bologne en 1874, suscitée par l’anarchiste Bakounine. Le feu d’artifice qu’il avait fait tirer sur le Lac Majeur en juillet 1874 pour sa femme, et la pluie de cendres qui en découle, symbolisent cet échec. « J’ai tout oublié du bonheur ».

La force du texte est dans l’opposition entre les détails presque triviaux, comme des flashs de mémoire : « J’entends comme un moteur / C’est le bateau de cinq heures » et le lyrisme de certaines images : « Les oiseaux-lyre sont en pleurs ». Et à l’énigme qu’elle contient, et qui ne se révèle qu’à la recherche. Mais qu’importe, le tragique, la mélancolie, l’absurdité de la situation, la désillusion, on les ressent même sans connaître l’histoire. Une fois que le sable de l’arène a absorbé le sang, on a envie de dire : Et le spectacle continue !

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