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Antoine Elie, sur papier bavard

Antoine Elie (document Universal music)

Antoine Elie (document Universal music)

Dans les bacs et sur les plateformes depuis le 15 février, Roi du silence est le premier album d’Antoine Elie, chanteur à peine trentenaire originaire de Rouen. La photo noir et blanc de la pochette qui nous le dévoile en tee-shirt blanc et perfecto, le visage dissimulé partiellement par sa main chargée de bagouzes, nous laisse croire de prime abord que l’on a trouvé là le Florent Pagny 2.0. Que l’exilé patagonien se rassure toutefois : l’écoute du disque nous en détrompe séance tenante !

Antoine Elie donne dans le rap-pop-électro-variétés. On pourrait même résumer cela par le terme « chanson ». Des chansons rythmées, voire dansantes parfois, allant jusqu’à flirter avec la ballade acoustique (La rose et l’armure). Pas spécialement innovantes musicalement parlant, mais à la production soignée. Reconnaissons que l’important n’est pas là.

C’est en effet le chant de l’artiste qui vous frappe de plein fouet et vous prend aux tripes. Une voix brisée à souhait, aux relents de bitume, d’errance nocturne, de cigarettes de fin de soirée et de dernier verre qui s’éternise. Le reflet d’une vie romantiquement sauvage, brûlée sans regret par les deux bouts. L’image d’un monde où l’on se dépêche de vivre avant le passage inéluctable de la faucheuse. Posture ou sincérité ? Peu importe, au fond : l’essentiel est que l’on soit du voyage.

Cover_RDS_PlateformeLes textes traduisent cette urgence de vivre. Allergiques aux chanteurs écorchés vifs, prière de s’abstenir ! Sur un rythme électro, Clopes, sky-cola qui ouvre l’album nous dresse le portrait d’un noceur du samedi soir au vin triste (Tant qu’y a à boire, l’espoir est d’la soirée/ Tranquille / Molo, y’a pas encore de sang qui coule), comme une revisite du Baston du Père Renaud. Roi du Silence, qui clôt l’affaire, est un autoportrait de l’artiste qui – paradoxe – incite à se taire pour mieux se découvrir (Si ça parle, c’est pas moi, c’est le vent qui s’prend pour ma voix). Entre les deux, nous aurons vécu la descente aux enfers d’un tox en état de manque (Où est-elle ? Je sais pas / Elle s’est perdue dans mes bras / Je l’aime, ma douce et dure / Qui me détruit-reconstruit), écouté le discours mêlé d’espoir et de peur d’un jeune qui quitte le giron familial (J’me taille, taille / J’m’en vais brûler sous la paille, paille / Nique ma vie d’avant), dressé un constat désabusé – et très ado – sur le monde d’aujourd’hui (On a l’vieux monde sur les épaules / Nous, pour vivre, on a rien demandé), effectué une virée désenchantée en boîte de nuit (Tu m’aurais plu hélas / Dans un autre décor), rencontré un S.D.F. qui veut passer la nuit tranquille

Vous en voulez encore ? Rajoutons une histoire d’alcoolo existentiel (Viens c’est calme au fond du verre / Quand on a goûté l’enfer, on n’a plus peur du néant) ou celle d’un accro au sexe qui voudrait tant qu’on l’aime (Viens t’attacher, ma chère / Puis oublie, oublie-moi / J’suis qu’un amas d’chair), pour terminer sur les doutes de l’artiste face à son succès naissant (C’est l’scandale / En m’scandant, eux, ils vocifèrent / J’fais l’vandale en m’vendant / Faut s’y faire / J’suis qui ? / Merde, j’sais pas).

Au milieu de cette noirceur, de cette mort qui rôde, de ce désespoir probablement réel mais néanmoins un brin ostentatoire, s’est glissée une chanson d’amour, vraie et simple. Guère représentative du ton de l’album, mais assurément plus accessible et grand public. Joliment tournée avec son clin d’œil au Petit Prince, chantée avec délicatesse, dotée d’un refrain qu’on se surprend à reprendre dès la première écoute (Ma rose / Ecoute mes murmures / Ma rose / Tu peux être sûre / Que tu n’seras plus jamais seule pour franchir les murs / Y’a de la place sur mon épaule pour une rose et son armure), c’est une belle réussite. Qu’elle ait été choisie pour mettre l’album en valeur relève de l’évidence pour son potentiel commercial.

Avec Roi du silence, Antoine Elie fait son entrée dans la cour des grands. On pense certes en l’écoutant à Foë, ou à Eddy De Pretto, dont l’univers a bien des points communs avec celui du nouveau venu. Il n’empêche, l’album contient tant de belles promesses qu’on ne peut qu’être confiant en l’avenir. Découvrez-le dès maintenant, à quoi bon attendre ?

 

Antoine Elie, Roi du silence, Polydor/Universal, 2019. La page d’Antoine Elie sur le site Universal music, c’est ici. Image de prévisualisation YouTube

Une réponse à Antoine Elie, sur papier bavard

  1. martineullmann 20 avril 2019 à 11 h 30 min

    Merci de m’avoir permis de ne pas « passer à côté » de cet artiste … Tout y est, pour moi : paroles,musique et ….look (un p’tit faible pour les bad boys, peut-être, souvenirs de jeunesse …

    Répondre

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