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Lavilliers : vol direct Buenos-Aires/Saint-Étienne

Bernard Lavilliers

Bernard Lavilliers

N’en déplaise à nombre d’artistes que j’estime au plus haut point, je n’en connais guère qui, sur l’ensemble de leur carrière, ont eu une telle constance, une telle qualité dans leur production que Bernard Lavilliers. A 75 ans, ce nouvel album, son 23e studio, est autre enchantement, qu’on tiendra pour l’un de ses meilleurs.

Depuis bien deux décennies, Lavilliers semble profiter de chaque nouvel album pour peaufiner son œuvre, son histoire, ses histoires. Les plages y fourmillent d’indices dont il n’est souvent pas besoin d’être son biographe pour les décoder, les apprécier pleinement .

En reprenant la version de Graeme Allwright du Who Killed Davey Moore ? de Bob Dylan (ici rebaptisée Davy Moore avec, sur le ring et pour les besoins du casting, Gaëtan Roussel, Izia, Eric Cantona et Hervé), Lavilliers fait implicitement référence à son supposé passé de boxeur qui, s’il a disparu de sa plus récente biographie officielle (à lire sur le site Universal), reste tatoué en nous. La boxe, il en est aussi question dans Je tiens d’elle, une chanson sur Saint-Étienne, en trio avec les deux de Terrenoire*, où Lavilliers revient sur sa ville natale et s’en explique, s’y confond : « Je tiens d’elle ma Saint-Étienne / Plus brave que belle, plus frère que fière / Plus fière que celles qu’ont pas souffert / Je suis noire je suis belle / Je suis fumée poussière vacarme assourdissant / Mais ça c’était avant ». Une grande chanson, vraiment…

(photo Patrick Swirc)

(photo Patrick Swirc)

Coutumier qu’il est depuis quelques albums de la chronique politique des temps présents, de l’actualité de ce monde, Lavilliers poursuit son état des lieux, comme jadis Bedos le faisait par sa revue de presse : il y a de quoi, au-delà de ce « virus invisible ». Nanar n’épargne aucun petit marquis, ces troisièmes couteaux, s’agace de ce président effrontément menteur (en cela, il corrige habilement le tir d’interviews maladroites d’il y a quelques temps, qui ont pu nous le faire croire en marche…) et maudit « ces connards amnésiques » rêvant d’une dictature militaire.

Reste que les principaux éléments de communication de ce nouvel opus tourneront immanquablement sur l’Argentine, un des rares voyages de Corto Maltese que son double qu’est Lavilliers n’avait pas encore effectué**. Vous dire que, entre pas de danse et banditisme, Noir Tango nous fait songer au noir dessins d’Hugo Pratt (dans l’album Tango !) est un euphémisme… Le « piéton de Buenos Aires » nous ramène de ce voyage quelques bien beaux titres déjà mémorables.

On saluera comme toujours la qualité d’écriture, très littéraire. Ainsi que ces ambiances musicales plurielles et riches d’un ancien rockeur qui cède ici le pas au possible crooner, dont des nappes de violons saluent l’idée d’un ailleurs, pour « saluer le diable et trinquer à sa table ».

 

*Terrenoire, duo stéphanois du nom d’un quartier de Saint-Etienne, composé des frères Raphaël et Théo Herrerias, auteurs de l’album remarqué Les forces contraires.

**D’autant plus que, comme Corto mais pas forcément comme Cendrars, Lavilliers aurait, juste avant l’Argentine, effectué les neuf mille kilomètres du Transsibérien…

 

Bernard Lavilliers, Sous un soleil énorme, Universal 2021. Le site de Bernard Lavilliers, c’est ici ; ce que NosEnchanteurs a déjà dit de lui, c’est là.

« Le cœur du monde » : Image de prévisualisation YouTube

« Je tiens d’elle » : Image de prévisualisation YouTube

Une réponse à Lavilliers : vol direct Buenos-Aires/Saint-Étienne

  1. Floréal DURAN 15 novembre 2021 à 14 h 23 min

    Excellent article qui me met l’eau à la bouche. Michel Kemper a raison, rares sont les artistes qui ont construit une carrière cohérente tout en étant diversifiée. Il s’est réapproprié les Amériques et les Caraïbes en y mettant tout cet univers qui n’appartient qu’à lui. De même qu’il y a « les écrivains voyageurs » Lavilliers est le digne représentant des chanteurs barroudeurs qui de Saint-Etienne à Buenos Aires en passant par Kingston ou Salvador de Bahia a su capter toutes les subtilités de ce monde, ses horreurs comme ses moments d’intense poésie. C’est du pur bonheur.

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