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Barjac 2026. Marion Cousineau, Vincent Dedienne, en leur âme Sylvestre

Barjac quelques portraits d'artistes Capture écran

Barjac quelques portraits d’artistes Capture écran

25 juillet 2026, Barjac, Espace Jean Ferrat (Cour du Château),

par Franck Halimi

La 31e édition du festival Barjac m’en Chante s’est ouverte sur une soirée suspendue dans et par le temps. Dans la cour du château, Marion Cousineau et Vincent Dedienne ont célébré la chanson française de qualité que l’on aime, habités par l’esprit et l’héritage d’Anne Sylvestre. Mais, celle-ci ayant eu la bienséance d’attendre l’entracte pour pleurer son eau rageuse émotion, chacunE a su reprendre le flambeau à sa façon pour éclairer son propre chemin si singulier.

Une grande partie du public de Barjac se souviendra certainement longtemps de ce samedi 25 juillet 2026. Pour lancer cette nouvelle édition, la directrice artistique du festival avait misé sur une affiche tout à la fois audacieuse, subtile, maline et profondément humaine. Car en tendant un fil aimant invisible entre la poésie ciselée de Marion Cousineau et la sensibilité théâtrale de Vincent Dedienne, la funambule Julie Berthon a, une fois encore, démontré intelligemment et intelligiblement, que Jean-Claude Barens avait eu le nez creux de l’inciter à lui succéder. En effet, programmer un festival, avoir une ligne éditoriale basée sur des valeurs éthiques, politiques, culturelles et artistiques est un véritable métier, dont l’une des qualités premières est d’avoir une vision. Mais, pour que celle-ci se révèle pertinente, clairvoyante et efficace, faut-il encore qu’elle sache rassembler de façon harmonieuse les pièces d’un puzzle complexe aux ressorts multi-factoriels. Et par sa grande expérience – issue de son parcours de régisseuse technique, de créatrice lumière, puis de chargée de production et de diffusion pour Vocal 26 – Julie Berthon s’est donné les moyens d’être celle qui, pour le plus grand bonheur de toute la galaxie de Chant Libre et de Barjac m’en chante, parvient à être « l’unific’actrice » de la grand-messe barjacoise estivale.

Marion Cousineau Photo ©AM Panigada

Marion Cousineau Photo ©AM Panigada

C’est donc Marion Cousineau qui a eu la tâche ardue et le privilège d’ouvrir le bal. Seule en scène dans un halo de lumière minimal, faisant corps avec sa basse, l’artiste aux pieds nus captive illico un auditoire suspendu à son amabile charisme. Et c’est dans cette solitude assumée, assurée et alignée que la franco-québécoise sécrète son poétique tour de chant. « Trans-fusion song’in » qu’elle distille, coûte que coûte, au goutte à goutte, comme autant de perles précieuses égrenées sur son collier de confidences, avec une précision textuelle confondante qui infuse instantanément en nous. Chaque note, chaque mot pèse son poids d’humanité qu’elle sait livrer et délivrer avec un naturel « sens-ascensionnel » qui est l’une de ses marques de fabrique. Mais, justement, là où elle est épatante, c’est qu’elle ne fabrique pas, elle ne maquille pas, elle ne triche pas.

Et puis, entre ces petits bijoux de chansongs, son clown se révèle, un chouïa décalé par rapport à la pudeur poétique du répertoire chanté. Et ces intertitres apportent un sourire bienvenu, qui ensoleille ce moment privilégié entre chienne et louve. Mais, même si elle nous assure qu’elle est plusieurs dans sa tête (on connaît ça…), sa prestation démontre, au contraire, que Marion est d’une unicité rare, sachant relier harmonieusement la tête, le corps et le cœur, sans chichi ni chiquet. Et le public de connaisseurs de Barjac ne s’y est pas trompé, saluant comme il se doit cette performance de premier (dés)ordre.

Et puis, l’eau rage. Les habitués du festival le savent bien : avec Anne (et Barens) le déluge ! Mais, sur ce coup-là, Âme Sylvestre a eu la délicatesse de retenir ses larmes entre « Présences » et « Un lendemain soir de gala ». C’est donc pile-poil à la mi-temps de cette soirée d’exception que l’orage, dont la perspective angoissait l’équipe de Chant Libre depuis trois jours, a décidé de lâcher les vannes, pour se retenir définitivement, juste avant celles de Vincent Dedienne. Et il faut bien reconnaître que, pendant que le public se pressait au bar pour lâcher (et écluser) la pression, voir les techniciens et les « bénéloves » de Chant Libre s’activer dans un ballet séchant improvisé – mais efficace – sur les sièges public comme sur la scène (l’astiquage des cordes du piano en constituant le moment de bravoure), a également fait partie intégrante du spectacle de la soirée. 

Vincent Dedienne Photo ©AM Panigada

Vincent Dedienne Photo ©AM Panigada

C’est alors que Pascal Sangla (piano), Augustin Parsy (basse & guitare) et Yannick Sabarots (batterie), side-men chevronnés de la chanson, s’avancent sur le plateau pour installer Vincent Dedienne dans un cocon musical soyeux. Ayant troqué son costume de comédien-chroniqueur pour celui de chanteur, l’humoriste va démontrer son amour débordant pour la chanson en le canalisant dans un set impeccable. Construit au p’tit poil par des auteurs-compositeurs de la trempe de Tim Dup, Adrien Gallo, Alex Beaupain, Florent Marchet, Albin de la Simone, Pierre Lapointe, Jeanne Cherhal et Ben Mazué, le répertoire se révèle d’une élégance folle, car taillé sur mesure pour la personnalité kaléidoscopique du comédien hyperactif.

Vincent Dedienne Photo © AM Panigada

Vincent Dedienne Photo © AM Panigada

Et là encore, les intertitres font partie intégrante du spectacle, tant Dedienne habite ses textes avec une théâtralité puissante et une autodérision fragile qui les servent avec une précision d’horloger bourguignon. Artiste accompli, il fait montre d’une maîtrise impressionnante de moult de ses savoir-faire, tout en donnant l’impression (trompeuse) d’être au bord du ravin à tout moment. Et ça, c’est la marque des grands comédiens, qui savent s’emparer de n’importe quel costume, pour que, au bout de 30 secondes, on ait la conviction qu’il les habille depuis toujours. Enfin, outre les chansons rythmées par les laïus interstitiels déjà évoqués, le public surpris – puis conquis – joue le jeu et semble apprécier à donf trois moments de bravoure particulièrement marquants : un medley-hommage touchant aux humoristes-chanteurs dénonçant frontalement le risque extrême-droitier sur la mélodie de « Souvenirs… attention… danger ! » de Serge Lama, un sketch absolument désopilant sur un enchainement de situations de plus en plus absurdes et une interprétation magistrale de « Carcasse » de la grand Anne.

La boucle est bouclée, la soirée parfaitement rythmée et le fil conducteur sylvestre rêvé par Julie Berthon n’a pas cassé, mais a su créer une tension qui, plus d’une fois, a foutu les poils à un public désormais ouvert à des propositions a priori inattendues : de l’épure stoïcienne de Marion Cousineau au bouillonnement épicurien de Vincent Dedienne, cette ouverture magistrale rappelle que Barjac demeure encore, contre vents et marées, le refuge et le phare de la chanson à texte de caractère.

- Franck HALIMI

 

PrésencesMarion Cousineau Le site de Marion Cousineau, c’est ici ; ce que NosEnchanteurs a déjà dit d’elle, c’est là

Un lendemain soir de gala – Vincent Dedienne La page facebook de Vincent Dedienne, c’est ici ; ce que NosEnchanteurs en a dit là.

Marion Cousineau « J’en veux » Image de prévisualisation YouTube
Vincent Dedienne « La terrasse » (Jeanne Cherhal) Image de prévisualisation YouTube

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