Claude Antonini, 1946-2026
Elle ne sillonnait vraiment que les étroits sentiers de la chanson. Étonnez-vous qu’elle fût constamment ignorée des autoroutes des médias, des robinets insipides de la chanson musique.
Elle ne chantait vraiment que les poètes. Et encore. Que ceux « pas assez connus » : remarquez qu’il y en a pléthore. Pour un Paul Verlaine, combien de Jehan Rictus, Paol Keineg, Georges Fourest, Tristan Corbière, Paul Fort, Maurice Rollinat, Rémy de Gourmont, Armand Olivennes, Charles Cros, Guy Thomas, Géo Norge, Robert Desnos, Jacques Simonomis, Pierre Mac Orlan, Bernard Dimey, Oliven Sten, Jean Chatard… Elle était à elle seule précieuse anthologie de la poésie dont le choix avisé allait plus sûrement dans ses chemins de traverse.
Parmi ces pas ou peu connus, un l’est sans doute moins que d’autres, dont l’audience n’a pu que croître en bien plus d’un siècle, et dont elle fut un des grands interprètes : Gaston Couté, le poète paysan anarchiste de Meung sur Loire. « Et dans l’entourage de ce vigneron peu commun se trouve une dame, la « Grande Claude », comme il dit, la « mal tournée », comme elle dit. Cette dame, qui depuis toujours met en musique et interprète les poètes « pas assez connus », c’est Claude Antonini. De sa voix grave, chaude et rebelle, elle en a chanté des inconnus, elle en a déniché des poésies rares [...] Toujours en recherche, elle rencontre au cabaret du Pétrin, Vania Adriensens, apportant dans ses valises parisiennes sa passion pour Gaston Couté. C’est alors qu’a commencé pour elle une saga qui n’est pas près de se tarir [...] : elle revient encore à Couté… Divorce impossible ! » lit-on sur le site gastoncoute.free.fr.
Elle, c’est l’orléanaise Claude Antonini, pareillement écrivaine, poétesse, metteuse en scène au théâtre, comédienne, peintre, multi-instrumentiste. Et, lit-on sur Wikipédia, « grande amie de Colette Magny dont elle conservait scrupuleusement la mémoire fidèle ».
Nos collègues de La République du Centre disent d’elles : « Elle est aussi l’auteur de plusieurs recueils de poésie, et a réalisé, autour de la poésie et de la chanson, diverses émissions de radio, des conférences, écrit des livres… Comme La Ramasseuse de miettes (Éditions Amalthée), dans lequel elle raconte 50 ans d’une vie bien remplie, celle d’une femme de théâtre, chanteuse « pour gagner sa croûte », poète, écrivain, peintre et historienne. Et rebelle avant tout ».
La chanteuse « mal tournée » disparaît à l’âge de quatre-vingt ans, dans cette discrétion (au moins dans le monde de la chanson) qui semble l’avoir accompagnée la vie durant. Mais, même si c’est un peu tard, l’amateur de chanson doit savoir l’existence de cette dame singulière, qui a tant célébré l’hymen de la poésie et de la chanson.
« Le Tombeau de Fifine » (Jehan Rictus) : 



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