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Gauvain Sers, colères et utopies

 

Gauvain Sers (photo non créditée)

Gauvain Sers (photo non créditée)

Quatrième album pour Gauvain Sers et poursuite de son récit de vie : il « déballe sa vie » en nous entretenant ici tant du papa, « sympathisant Che Guevara », que de la maman (« Ma mère est de celles / Qui sont toujours aussi belles / Soixante ans plus loin »). De sa montée à Paris aussi, pour y « griffonner des vers / chanter mes colères / mes utopies ». Et trois chansons plus loin, devenir « chanteur préhistorique / pour les jeunes d’aujourd’hui ».

« On en a eu de la chance / D’avoir décroché l’innocence / Au grand loto de la naissance ». Très belle chanson partagée avec Francis Cabrel, qui donne son titre à l’album, mesurant l’abîme entre ceux qui sont nés du bon côté et les autres : « On l’arrache de son lit / L’enfant de Somalie / Sans lui laisser le choix / Il aura dès demain / Un fusil dans les mains… » A peu près les seuls titres que les médias par nature frileux et englués de bollorisme pourront extraire, la plupart des autres explorant de plain pied la champ politique hexagonal. A un tel niveau de notoriété, la chanson « engagée » est désormais rare (Gauvain Sers est un des rares à la pratiquer), qui plus est couverte par le bruit des bottes : celles des programmateurs qui, prévoyants, s’assurent de leur bonne pointure pour le jour venu.

Sers prend un grand élan épistolaire et s’adresse à Monsieur le président (un titre vieux de trois ans, alors écrit dans l’urgence), façon Vian. Le foudroie plutôt en un réquisitoire qu’il faudrait être de mauvaise foi pour oser contredire, faisant l’état de la situation sociale du pays et de ses conséquences : « C’est le peuple qui gronde / Qui occupe vos boulevards / Pendant que la bête immonde / Se rapproche du pouvoir ».

Gauvain Sers boulevard de l'enfanceExtrême-droite toujours avec une aussi touchante qu’inquiétante adresse à sa grand-mère (Si tu voyais grand-mère) sur l’actuel retour en arrière : « Tu dirais à grand-père / Que la France de Ferrat / De Jaurès et d’Hugo / S’effiloche chaque matin / Celle qui r’vient au galop / C’est la France de Pétain ». Et une chanson-claque-dans-la-gueule en direction de nos députés par l’étonnant recours de ces femmes de ménages payées au lance-pierre, qui nettoient l’hémicycle. Bel angle d’attaque.

Il y a pour toujours du Renaud en Sers : Gauvain en est comme le rejeton, qui mérite de plus en plus de cet autre paternel. Tendresse et indignation, engagement, mélancolie, fratrie, amour, amitié : tout y est dans ce bel album. On peut facilement s’y retrouver, derrière les mots de Gauvain Sers, il y a nos souvenirs communs, nos pareilles émotions. A l’évidence Gauvain est un frangin, un copain et pas qu’un camarade de manifs. Il y a en lui des tendresses qui peuvent nous consoler de nos chagrins passés, présents et à venir. Et comme des tapes bienveillantes sur l’épaule pour nous encourager à ne pas désespérer, à continuer. A combattre même.

 

Gauvain Sers, Boulevard de l’enfance, BMG 2026. Le site de Gauvain Sers, c’est ici ; ce que NosEnchanteurs a déjà dit de lui, c’est là. Pour se procurer l’album sous différentes versions, ici. En tournée de concerts, le 12 septembre 2026 à la Fête de l’Humanité, autres dates ici

 
« Monsieur le Président » Image de prévisualisation YouTube
« Si tu voyais Grand-mère » Image de prévisualisation YouTube
« Ménage à l’Assemblée », audio Image de prévisualisation YouTube

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