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Meilland, graine d’ananar et frère de Ferré

Alain Meilland chante Léo de Hurlevent (photo d'archives DR)

Alain Meilland chante Léo de Hurlevent (photo d’archives DR)

A chacun son Ferré. Sans en faire une fixation, nous avons eu maintes occasions de relater, ici (voir liens ci-dessous) ou le disque ou la prestation de repreneurs de Léo Ferré, sujet sensible s’il en est où veille une insupportable police de la pensée. Approches différentes, choix esthétiques, prétention ou non, mimétisme ou non, nous avons tout vu, tout entendu…

C’est dire si nous pouvons être touchés par ce qu’en restitue Alain Meilland, un qui fut ami de Léo Ferré. Pas « ami » comme ça fait bien de le dire sur une bio même si on ne l’a vu qu’en photo, mais ami, vrai ami. Des années de compagnonnage à partir de l’épicentre stéphanois où Léo résida un temps, en 68. Puis à Bourges où, on le sait, Meilland fit naître un Printemps…

Nous sommes justement à Saint-Etienne, dans la salle du TGV (le Théâtre de la Grille Verte, association culturelle cheminote), là où il y a plus de cinquante ans Meilland fit ses premiers pas, sous la houlette énergique de Jean Saby, qui l’envoya ensuite vers Jean Dasté et son Centre Dramatique National (qui ne s’appelait alors modestement que Centre Dramatique de la Cité des Mineurs). Ce soir d’octobre 2014, Meilland est sur scène, Saby au premier rang. Emotion. Il est dit aussi que ce soir sera la toute dernière de cette création de Meilland,« Léo de Hurlevent », après deux ans de représentations…

Ce n’est ni concert, ni récital, bien que Meilland soit chanteur. Ni pièce de théâtre bien que Meilland soit acteur. C’est… Meilland est sur scène, dans un avant spectacle, « juste avant que le rideau s’ouvre sur les absents du monde ». Il répète, il doute, il a le tract, des souvenirs lui reviennent, par bribes. Il palabre. Sur Ferré, sur des tas de considérations, sur le choix des titres du spectacle, sur leur actualité. Mais, de tous temps, et plus encore maintenant, Les temps sont difficiles… Bizarrement le public est déjà là. Salle pleine, d’ailleurs. Lui se remémore Ferré, qu’il doit interpréter. Son accession à Ferré, son approche, son apprentissage. Paradoxalement c’est le début du spectacle qui est la fin de cette prestation.

Stéphane Scott et Alain Meilland (DR)

Stéphane Scott et Alain Meilland (DR)

Ferré est difficile d’accès, on le sait. On peut briller d’une performance, feindre que Léo soit revenu, faire comme si, contrefaire, satisfaire les cultureux du premier rang qui ainsi s’illusionneront de voir Ferré. Meilland, c’est tout autre démarche et c’est la simplicité même. C’est l’humilité. Et je vous jure que c’est de cette humilité que naît l’émotion. Il ne joue pas Ferré, il le chante, convenez que la nuance a son importance. Quand il chante L’affiche rouge, on n’est pas dans la performance, mais dans la plus simple émotion. C’est Manouchian, pcc Aragon, qui écrit à sa femme. Pas un chanteur cabot qui fait le beau, qui fait le Ferré…

L’âge d’or, L’idole, Petite, Les hiboux, Vingt ans, Marizibill, Ni dieu ni maître, Thank you Satan, Les 400 coups, Quand je fumerai autre chose que des Celtiques, Avec le temps… Meilland égrène son ananar, saigne son cœur de souvenirs sincères, maillon tangible, palpable entre Léo et nous, le désinstallant de son piédestal pour en faire un parmi nous.

Ce spectacle tient tant par Meilland que par son complice musicien, Stéphane Scott, au piano à queue, à l’harmonium indien, aux cloches, tambour et pouet-pouet qui font du bruit. A la chanson aussi, le monsieur nous gratifiant d’un superbe Monsieur William dont on se souviendra.

De toute façon, on se souviendra de tout, ou presque. De cette étrange et confortable intimité parallèle à Ferré, de cette approche sensible et amicale. De cette proximité avec Léo. Léo, Léo de Hurlevent.

 

Les repreneurs de Ferré que NosEnchanteurs a chroniqué en scène : Philippe Guillard, Emmanuel Depoix, Natasha Bezriche, Annick Cisaruk, Michel Hermon, hommage Barjac 2013, Marcel Kanche. Tous les articles sur Ferré (dont les traditionnels « Jours Ferré »), sardines inclues, publiés sur NosEnchanteurs, c’est ici.

En vidéo, « La mémoire et la mer » interprétée par Alain Meilland. Cette chanson ne fait pas partie du spectacle « Léo de Hurlevent » : Image de prévisualisation YouTube

6 Réponses à Meilland, graine d’ananar et frère de Ferré

  1. Danièle Sala 12 octobre 2014 à 12 h 33 min

    Sobriété et émotion dans cette interprétation de « La mémoire et la mer » par Alain Meilland. Et c’est vrai que ça me touche plus que les vidéos d’Emmanuel Depoix chantant Ferré. Mais je crois aussi que Norbert est sincère quand il trouve Depoix grandiose dans la peau de Dimey ou dans les chants de marins. Alors, à chacun son Ferré, son Dimey, son Depoix. Et vive la poésie et la chanson.

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    • Michel Kemper 12 octobre 2014 à 13 h 04 min

      Bien sûr que Norbert est sincère. Et je suis persuadé que ce spectacle sur Dimey est à voir, à applaudir. A lire Norbert, ça donne envie (ah ! si j’étais sur Paris…). A Barjac, j’ai porté un jugement sur le spectacle qu’il m’était donné d’assister : un répertoire Ferré (et j’ai dit, avec les mots qui me sont alors venus sur le clavier, sans calcul et sans haine, ce que j’en avais ressenti). En aucun cas sur un autre spectacle d’Emmanuel Depoix, encore moins sur l’homme qu’il est et que je respecte. Je n’y peux rien si les médiocres et autres crapoteux en ont fait une polémique imbécile et indigne. Le hasard et l’actualité font que nous parlerons encore d’Emmanuel Depoix, par la plume de Norbert, la semaine prochaine, au sujet d’un autre spectacle encore. Une fois de plus en bien, en très bien. Et j’en suis satisfait. Ce n’est en aucun cas contradictoire avec ce que NosEnchanteurs a publié en début août. Nous ne calculons pas nos émotions à NosEnchanteurs : nous avons l’honnêteté de dire ce que nous pensons, sans dogme, sans ressentiment aucun.

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    • Norbert Gabriel 12 octobre 2014 à 13 h 14 min

      On va revenir sur ce sujet (avec Emmanuel Depoix), l’interprétation par des comédiens, ce que ça peut apporter… hier, dans un spectacle dont c’était la première, Emmanuel Depoix a chanté Y rien qui s’passe, ou plutôt, c’était du parlé chanté, très peu chanté, et pourtant la musique était là… C’est aussi ce que j’avais perçu dans son Dimey, sans bien l’analyser, c’est différent de tout ce que j’ai entendu, (mais je ne connais pas tout) et c’est vraiment intéressant. Ce sera pour demain ou après demain, avec aussi Rachel Pignot, sa partenaire dans ce spectacle, très belle découverte pour moi dans la chanson (elle est comédienne)

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  2. Florence Saint Amand 12 octobre 2014 à 14 h 08 min

    J’ai vu son spectacle en Berry. Un beau spectacle et un hommage émouvant à Léo Ferré qu’Alain Meilland a côtoyé pendant plusieurs années. Merci aussi à Alaine Meilland pour ces magnifiques premières années du Printemps de Bourges !

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  3. Babeth 12 octobre 2014 à 21 h 33 min

    Belle soirée, effectivement ! pas de copié-collé de Ferré, pas de performance, mais une vraie histoire, une vrai émotion. J’ai aimé sa façon de nous rendre Ferré accessible. Soirée très émouvante pour eux comme pour nous, Alain était heureux de boucler la boucle auprès de Jean Saby. La salle