Bédoin et St-Vincent-de-Durfort : le printemps des petits festivals !
« Pour que la langue française perdure à travers la chanson, et que la création en chanson soit mieux défendue, de petits festivals militants et courageux se sont créés partout en France et essaiment peu à peu » lit-on sur le dossier de presse du festival La Chanson d’abord de Bédoin. Allons à Bédoin, à St-Vincent de Durfort aussi. C’est à cent-quarante kilomètres l’une de l’autre. Dans chacune de ces deux communes, l’une dans le Vaucluse, l’autre en Ardèche, se déroule, le même week-end du 1er mai, un festival de chanson avec, chaque fois, une programmation que NosEnchanteurs ne peut que vous recommander : que du bon ! C’est le printemps qui veut ça : les beaux jours appellent plus encore les festivals et, ma foi, il n’y a pas assez de week-ends. D’où de tels doublons si proches l’un de l’autre. Dans le foot, ça ferait songer à un derby ; dans notre vocabulaire, nous qui sommes dépourvus de toute ubiquité, on dira que c’est simplement pas de chance.
Nous sommes à Saint-Vincent-de-Durfort, pas loin de Privas, en Ardèche. Pour la quatrième année consécutive, l’hôtel de ville est épicentre d’une chanson en tous points passionnante. La chanteuse Robinsonne persiste et signe une programmation
Zouick, Nathalie Miravette, Thorne, Jipé Laroche, Joyce Ballerat, « Quand Didier tangue » (jeune public), Medhi Krüger, La Baronne ainsi qu’une conférence avec votre serviteur, tout ça en un seul week-end (en fait les vendredi 1er et samedi 2 mai), c’est du bien chargé, du copieux. Entre nous, de l’infiniment délectable.
Depuis son retour du Québec où elle s’exila pat amour durant bien un quart de siècle, la batteuse-chanteuse La Baronne (de son vrai nom Sylvie Cobo) retrouve nos scènes. Ici avec une partie de son répertoire en propre, comme une compilation. Marraine de cette édition festivalière, Nathalie Miravette se produit elle aussi avec son propre répertoire, répertoire qu’elle déserte souvent pour des tas de créations, participations, hommages et accompagnements : ainsi elle tourne actuellement beaucoup avec Emma la clown dans le formidable spectacle sur Anne Sylvestre que nous avons déjà chroniqué ici. Zouick est un chanteur-saxophoniste ardéchois qui, chaque année, nous surprend plus encore. En solo comme en groupe, il tourne beaucoup et chaque fois se bonifie : le revoir est promesse de satisfaction renouvelée. Chants Ouverts , festival par excellence des ACI, privilégie chaque fois le beau texte dans la chanson : c’est dire s’il fallait qu’un jour ce festival invite Medhi Krüger, un des grands troubadours du verbe, pur délice pour qui vient l’entendre : à coup sûr un des grands moments de ce festival. La conférence de ce festival tournera autour de l’itinéraire, entre rêve et réalité, de Bernard Lavilliers.
Des ateliers d’écritures se déroulent également. Dans cette toute petite commune, le festival se tient dans un mouchoir de poche, de la mairie au barnum contigu. C’est dire si parler de convivialité relève du pléonasme, tant c’est presque un huis-clos de chansons. Un p’tit bonheur, pourrait chanter Leclerc.
Chants ouverts, les 1er et 2 mai à Saint-Vincent de Durfort (Ardèche), à seize kilomètres de Privas. Le site du festival, c’est ici.
Ce 1er mai, La Chanson d’abord, le festival de Bédoin (à proximité du Mont Ventoux, un des haut-lieux du cyclisme s’il en est) sera dans le dur de sa programmation. Il aura été précédé la veille du concert de Piotki (que nous ne saurions que vous recommander chaudement) et du formidable Thomas Pitiot et, bien avant, en avant-première, par le parrain de cette présente édition qu’est Frédéric Bobin (c’était en fin mars). En quatre jours, s’y succèdent, outre Piotki et Pitiot déjà nommés, le Duo Odalva, Jean-Paul Bonfils, le groupe No Monark, David Lafore et Mathieu Boogaerts : pas mal d’esthétiques de la chanson (ça doit être ça la définition de « festival »!) en un seul lieu, de quoi potentiellement satisfaire un large public. En fait six groupes et artistes en concerts payants, huit artistes en lice aux scènes ouvertes (entrée libre), mais aussi des jeux, quatre ateliers (« créer sa chanson », chorale, écriture de chansons, écriture de chansons spécial enfants), un blind test quiz avec le jouissif dessinateur de bédé Didier Tronchet, histoire de tester vos connaissances (c’est bien plus drôle et bien moins con qu’à la télé chez Nagui), une expo de dessins, une autre de photos (de Bruno Rumen, l’excellent photographe de ce festival) et la buvette qui précède et suit les concerts pour refaire le monde, un monde alors enchanté… L’équipe de La Chanson d’abord se fait fort de réaliser un festival chaleureux, de faire la fête à cet art qui les passionne, de le partager.
Bédoin apparaît comme un oasis de chanson dans une région où celle-ci est plutôt rare malgré quelques louables initiatives. Un oasis fragile, animé par un petit groupe de bénévoles avec, là encore, à sa tête, une chanteuse, Danièle Constant-Cohen. On ne dira jamais assez l’abnégation de ces artistes qui, parfois au détriment de leur travail personnel, s’activent à faire vivre leur art et leurs collègues : « Après Barjac, Vaison la romaine, Moncuq, Bédoin peut devenir un lieu de défense de ce moyen d’expression. Ce village peut constituer un de ces lieux précieux en France qui soutient les artistes émergents et permet ainsi à sa population la plus rurale d’avoir accès à des moyens d’expressions privilégiés qui véhiculent pensée, réflexion mais aussi émotions et lien sociaux » déclare la patronne de ce festival. On a envie d’y croire avec elle.
La Chanson d’abord, du 31 avril au 3 mai à Bédoin (Vaucluse), à quinze kilomètres de Carpentras. Le site du festival, c’est ici.

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