4e Chants Ouverts de St-Vincent-de-Durfort : les reliefs de Thorne et de Nicollet
Ranafoot (Fabrice et Tom) en scène ouverte (photos Jonas Graphiste)
Ce petit festival de Saint-Vincent-de Durfort se déroule tant dans la salle de la mairie, celle ou Madame la maire célèbre les mariages, que dans le chapiteau qui est dressé dans la cour. Fait de concerts en bonne et due forme, mais aussi d’une conférence, de scène ouverte et de la restitution d’un stage. D’un bar et d’un stand de livres et disques qui résonne d’un tonitruant et désopilant cri de ralliement après chaque concert « La librairie est ouverte ! » Sur cette scène ouverte, souvent les mêmes artistes d’une année sur l’autre, comme de douces retrouvailles, comme une vie de famille.
De cette scène nous saluerons aujourd’hui le fidèle Robert Nicollet, à l’occasion de la sortie de son nouvel opus. Côté concert, découvrons cet intrigant et, ma foi, passionnant ermite ardéchois qu’est Thorne…
Thorne, le géant d’Ardèche
L’incroyable Thorne
1er mai 2026, festival Chants Ouverts à Saint-Vincent-de-Durfort,
Flanqué derrière son micro, il est imposant, dépassant bien d’une tête ses comparses musiciens. Visage christique mais sans couronne d’épines, possible viking, homme des bois, il a tout du marginal et ce ne sont pas ses chansons qui vont démentir cette tenace impression. C’est peu dire si Thorne est pour nous une découverte, inconnu des radars de la chanson si ce n’est dans ce département si atypique, là où dit-on la montagne est belle, là où s’agglomèrent tant et tant d’artistes.
Derrière sa voix éraillée, rocailleuse, impressionnante voix de baroudeur ou de marin, ce n’est a priori que douceur. Mais faudrait pas l’énerver, pas qu’il croise un flic : « Serait-ce de ton devoir / Comme celui de chaque citoyen / De désobéir au pouvoir / Et de protéger les tiens… ». Autre collabo selon lui, celui masqué, « telle une âme perdue », durant la crise sanitaire du Covid : « Je suis un collabo mon cher / L’ennemi de la lumière / Un dangereux imbécile / Aussi crétin que docile ». Thorne, par ailleurs leader du groupe Nataverne, a le mérite de la franchise et le grand talent de bien nous la chanter : qu’on soit d’accord ou non, il force le respect. Rien qu’à le voir s’exprimer, on devine en lui les rudesses de la vie, la sienne, on se rappelle les nôtres : « A nos blessures, à nos coups durs / Ce qui nous cause du tort / La vie est une belle aventure / Ce qui ne tue pas rend plus fort ». Cette chanson avec laquelle il a ouvert son récital est belle philosophie de vie.
Sans cesse l’homme réajuste ses petites lunettes mais chante les yeux clos. Comment qualifier son art, qui emprunte au protest-song il va de soi, au folk song avec jolis accords trad’, au celtique. Avec lui, nous sommes dans une bulle intemporelle, qui peut nous renvoyer aux années soixante-soixante-dix mais forte de propos d’une grande actualité, comme si rien n’avait bougé. Avec des incursions dans le new-age, comme par ce titre sur les Enfants indigo, qui « sont venus de très très loin / D’autres univers, d’autres confins ». Mystique et tendre, opposant résolu au pouvoir établi, ce diable d’homme, au moins le temps de son set, de ses chansons longues comme des jours sans pain, trouve en l’auditeur que nous sommes un complice ou presque : c’est par la beauté de son chant qu’il vous enjôle, et c’est loin d’être désagréable.
Autre séduction : ses musiciens, excellents : Rémi Kerbrat à l’élégante contrebasse, et Fred Vanucci à presque tous les instruments (violon, diato, flûte, banjo…). Ils participent de belle manière à la folle élégance de ce récital, sa douceur, malgré la dureté de certains propos. On reverra avec plaisir cet étonnant chanteur qui s’en « remet à l’univers, [qui] veut l’amour, pas la guerre ».
Le site de Thorne, c’est ici. Apparemment pas de vidéo en solo sur le net au format que notre site peut accepter. Dommage… Vous en trouverez sur son site.
Par défaut, une vidéo du groupe Nataverne, « Les ruelles du port » 
Robert Nicollet, la douceur et l’élégance taillées dans le grave
Si vous fréquentez les festivals chansons, Vaison-la-Romaine, Barjac et autres, vous le connaissez, à l’applaudir parfois lors de scènes ouvertes, plus souvent encore dans la rue, à l’ombre d’un platane ou près d’une fontaine, tant d’ailleurs qu’il a développé son bel organe (sa voix, faut-il préciser) en conséquence, pour que son chant porte plus loin, accroche et retienne l’oreille du passant : il chante en force, même sur disque qu’il grave de sa voix martiale, combative, paradoxalement douce et mélodieuse.
Ça n’en est pas moins un auteur-compositeur raffiné, adepte de Mots libres autant que de belle écriture, habile et amoureuse, en plein comme en délié. Voici son nouvel album (son quatrième, le premier remonte à 1996, alors partagé avec Jean-Marc Le Bihan), toujours entre tendresse et engagement, amour et doutes. Amour toujours, comme dans l’affriolant Alors on s’aime : « J’te croque les lèvres, tes friandises / Jusqu’à leur miel, je gourmandise / Alors, on s’aime… » Doute et mal-être avec J’ai mal : « J’ai mal des faux bonjours, des sourires automates / Des clins d’œil sans discours, des brillants que tu mates / J’ai mal à l’amitié, trop d’emplâtres à mensonges / De tendresses agressées, aux angoisses qui me rongent… »
États d’âme à chacune des quatorze plages du disque, ainsi « J’ai mal des faux bonjours, des sourires automates / Des clins d’œil sans discours, des brillants que tu mates / J’ai mal à l’amitié, trop d’emplâtres à mensonges / De tendresses agressées, aux angoisses qui me rongent ». Le ciment, le liant, précis et précieux, en est la poésie, libre comme les mots : « Quand un mot s’évade, des prisons, des censures / Le poète lui tend la main, le cajole, le rassure / Les mots qu’on enchaîne, resteront toujours libres / Accrochés aux étoiles ils éclairent nos nuits… »
L’album aurait fière allure dans votre discothèque : vous pensez, une chanson indomptée qui court dans les rues et vous séduit irrésistiblement…
Robert Nicollet, Les Mots libres, autoproduit 2026. La page Robert Nicollet sur le site Chansonyme, c’est ici.


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