CMS

Off Avignon 2026. Vive la reprise ?

710537020_1284610340324272_7650525587438330309_nDu 4 au 25 juillet 2026, la 60ème édition du Off d’Avignon voit 1.432 compagnies proposer 1.780 spectacles dans 248 salles, pour une moyenne de 1.250 représentations par jour et un total de 27.000 levers de rideau. Au vu de ces chiffres faramineux, ce qu’on appelle le Off d’Avignon s’avère donc ne pas être un festival, mais un marché colossal qui draine bien des espoirs et des désillusions.

Alors, pourquoi ne considèrerais-je pas cet événement comme un festival ? Tout simplement parce que, pour mériter cette appellation, l’organisation qui y prévaudrait se devrait de proposer une programmation réfléchie, cohérente et attractive. Et si le Off d’Avignon reste effectivement une destination attrayante pour les amateurs de et les professionnels du spectacle « encore«  vivant -la population de la ville est multipliée par 10 chaque mois de juillet-, ce n’est certes pas parce que la proposition globalest éthiquement défendable ou artistiquement cohérente, mais parce que chacunE peut, selon sa position au milieu de ce maelström vertigineux, y présenter l’oeuvre de sa vie ou bien y pêcher sa perle rare théâtrale, musicale et/ou chorégraphique.

Alors, pourquoi ce préambule chiffré quelque peu angoissant, êtes-vous en droit de vous questionner ? Hé bien, tout simplement parce que, une fois ce constat initial effectué, il faut bien se décider à plonger dans ce miroir aux alouettes pour se rafraichir les idées et faire des choix de spectacles à aller voir. Et cette année, j’ai décidé d’utiliser des angles d’attaque un peu plus saillants que de coutume pour envisager mes articles avignonnais. Et en matière de chansons -puisque c’est la thématique qui nous importe chez Nos Enchanteurs-, une particularité m’a sauté aux yeux : sur les quelques quatre-vingt spectacles que j’ai pu recenser -ce qui fait tout de même d’Avignon Off le plus important événement français en la matière-, une grande majorité d’entre-eux sont consacrés à de la reprise plutôt qu’à de la création.

affiche tribu nougaroCe constat intrigant m’a amené à réfléchir à cette interrogation et j’ai rapidement achoppé sur la question de l’économie du secteur. En effet, la chanson -pourtant le mode d’expression artistique le plus populaire qui soit dans notre beau pays-, n’y est que mal aidée. Y serait-elle mal aimée ?… Si la question mérite d’être posée, la réponse, elle, se révèle être profondément injuste. En effet, s’il existe des dispositifs d’aide de proximité encore efficaces en matière de politique culturelle pour le théâtre, le cinéma, la danse, les arts visuels, l’architecture,… par l’intermédiaire des DRAC (antennes régionales du Ministère de la Culture), des collectivités territoriales (conseils régionaux, conseils départementaux, communautés d’agglomération,…), la chanson reste -incontestablement et incompréhensiblement- le parent pauvre dans le large éventail des modes d’expression artistiques soutenus par la puissance publique.

Alors, pourquoi cette flagrante injustice ? La réponse est multifactorielle et découle, en particulier, des petites histoires dans La Grande Histoire. La chanson est, de tous âges, une façon simple, directe et populaire d’exprimer son opposition au pouvoir en place. Et, de ce fait, elle s’est souvent avérée être d’une efficacité redoutable contre les puissants de ce monde. Lesquels, après avoir été passés à la moulinette des chantres, chansonniers et chantistes de tous poils, ont décidé, de façon plus ou moins directe, de leur couper les vivres. Et puis, radio, cinéma et télévision sont passés par là, outils de communication extrêmement puissants, qui ont permis à la chanson de devenir populaire, les droits y étant associés permettant, par le biais de sociétés civiles comme la SACEM, la SACD ou l’ADAMI, de régler des droits d’auteurs viables aux créateurs. Enfin, il y a moult autres raisons pour lesquelles la chanson n’est pas vraiment aidée par les pouvoirs publics, mais je vous invite à vous référer aux ouvrages des musicologues, sociologues et historiens ayant travaillé la question.

PaugamEn effet, revenons à nos moutons : pourquoi les spectacles-chanson du Off sont-ils majoritairement composés de reprises et pas de créations ?

– Parce que, de nos jours, pour un programmateur, il est plus que compliqué de prendre le risque de faire venir dans sa salle unE inconnuE chantant des textes ignorés sur des musiques insoupçonnées.

– Parce que, sous prétexte de devoir rendre des comptes financiers aux responsables politiques -qui mettent de plus en plus leur nez dans ces affaires-là-, la curiosité n’est plus vraiment une vertu cardinale de ce beau métier de prescripteur devant désormais absolument « remplir sa salle« .

– Mais aussi, parce que le public lui-même -par déficit d’écoute, de sensibilisation et d’éducation-manque désormais singulièrement, lui aussi, d’ouverture d’esprit et de curiosité. Là encore, pour pleins de raisons compréhensibles d’ordre culturel, éducatif, communicationnel,…

Pour toutes ces raisons, à la fois tristes et avérées, vouloir proposer un spectacle de chansons de création devient donc une véritable gageure dans le paysage culturel français. Mes prochains papiers évoqueront donc, exemples à la clé, cette dualité problématique entre créations et reprises dans ce « joli foutoir » qu’est le Off d’Avignon

- Franck HALIMI

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Vous pouvez utiliser ces balises et attributs HTML : <a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <strike> <strong>

Archives