Romain Didier, une vie, nos vies
6 juin 2026, MJC Allain Leprest à Venelles, l’Etincelle
Dernier concert de l’année pour clôturer la saison en beauté, Romain Didier, s’il est un fidèle de la MJC de Venelles, vient pour la première fois dans les nouveaux locaux au Pôle Culturel L’étincelle, salle Grace-Kelly.
Le 4 septembre 2021 pour les cinquante ans de la MJC, il donnait dans les anciens locaux près de la Mairie son concert « Dans ce piano tout noir » et participait ce weekend-là aux festivités de rentrée pour le nouveau baptême de la MJC du nom d’Allain Leprest, avec les concerts de JeHan et d’Enzo Enzo et l’inauguration de la fresque d’Allain Leprest.
Comme en écho, le 6 juin Julie Berthon et Julien Rochette nous faisaient l’heureuse surprise de leur présence pour faire le don à la MJC du magnifique portrait d’Allain Leprest. Réalisé par Jean-Pierre Bertomère et les bénévoles de l’association Chant Libre, l’un des 30 portraits d’artistes affichés à l’occasion du 30eme anniversaire du Festival de Barjac.
C’est ensuite que s’installent Romain Didier à son piano noir et l’élégant et discret Thierry Garcia aux guitares et parfois aux chœurs, son complice de plus de vingt ans. Ce n’est pas une Intégrale (celle publiée en 2022 comporte 364 titres !) qu’entreprend Romain Didier, mais quand même un florilège de près d’une trentaine de titres à travers lesquels il nous fait voyager dans le temps et l’espace, explorer nos propres vies à la lumière de ses souvenirs mêlant nostalgie et humour. 1982 avec L’aéroport de Fiumicino et ses mœurs de l’époque et de l’âge, qu’il serait mal vu d’afficher actuellement « J’veux une esclave dans mon lit » – pourtant déjà chantée d’une voix si douce qu’elle semblait démentir la crudité des propos, d’autant qu’elle s’accompagnait de ce « J’voyage au bout d’mon enfance » – ici encore plus émouvante en acoustique, avec ces quelques notes délicates de Nino Rota au piano : nos mémoires fredonnent Amarcord, « Je me souviens ». Jusqu’aux deux seules chansons du dernier album de 2026, la nostalgique Buée des miroirs et aussi Un After, sur un texte de Gil Chovet. En passant par la si belle Cantate pour un cœur bleu (textes de Leprest), qu’on aimerait revoir sur scène pour que la Méditerranée rejoue encore son rôle fédérateur et civilisationnel, son cœur battant de paix entre L’olivier et la Goutte d’eau, « goutte d’huile ». Et en dernier rappel cette Retraite qu’Allain n’a pas vécue.
Comme à son habitude, Romain Didier nous mène sans pause d’un bout à l’autre du récital, avec parfois un commentaire, une source, une boutade, sans suivre d’ordre chronologique, et c’est avec ce « Quand je parle de moi c’est de vous qu’il s’agit », son maître mot, qu’ il commence, introduisant Vu de ma quarantaine de 1994. Petite mimique au moment de parler de cette quarantaine déjà bien lointaine, s’en excusant avec beaucoup d’autodérision et nous remerciant de n’en avoir pas ri. Il a tant à son répertoire qu’il peut modifier son récital au gré de ses émotions du moment ou de l’actualité. Engagé sans le revendiquer avec cette émouvante chanson contre la guerre, Pleure pas, déjà en 1984, en contraste avec cette note d’humour et occasion de virtuosité pianistique, J’ai toujours cru que j’étais chanteur de rock’n roll, 1990, ou avec Madame sans âme et ses jeux de mots de sons et de sens trouvés par Leprest. Empathie pour une qui fut belle « Elle allume un brûleur / Au parfum de lilas / Pour retrouver l’odeur / Des fleurs qu’elle reçoit pas », Insolente et infidèle, 1992, ou pour ceux de « l’amour au masculin pluriel », À quoi ça tient, 1999.
C’est d’ailleurs l’album fin de siècle J’ai noté, de 1999 qui a la part belle, six fois chanté. Je me souviens, De source en ruisseau (noter cette eau récurrente, telle le flux de la vie) nous conte des renoncements, « un ventre serein, les premiers bras de maman » et des évolutions « Henri Dès pour les Doors », des premières fois jusqu’à « Fair’un beau jour à Madame un petit homme qui puisse… ». Des rêves éveillés le rapprochent d’une Dame de Montparnasse que l’on imagine triste et en quête de bonheur, filment en traveling un coup de foudre dans la rue entre Madame Untel et Monsieur Machin, voyagent en métro Station Émile Zola vers son enfance, cachous et Chicorée Leroux, ou l’imaginent revenant hanter les vivants depuis Dix pieds sous terre…
Du XXIeme siècle nous aurons trois titres de Délassé (2002), dont la férocement drôle et désabusée,
Dans ma rue. Trois de 2011, où ce canard manifeste dissonant contre le racisme ordinaire – dédié à Bolloré et à Trump – ne ressemble pas à une oie même de loin, où tourne une valse lente, cette consolante, cette « mélodie frangine ». Les vitres, déjà, y sont embuées, ce sont celles d’un train qui a passé, et ces instants de vie qui se croisent sur un quai, les mots qu’on a dit ou que l’on a omis, les adieux « ce baiser / Dont personne ne sait qu’il sera le dernier », les gens quittés ou rencontrés, voire manqués, avec ces réminiscences d’autres chansons éternelles, les passantes et les belles étrangères. Toutes ces notes impressionnistes, ces odeurs qui réveillent la mémoire, ces clignements d’yeux, mais comment, une vie déjà passée ? De 2021 Une chanson de Sylvie Vartan nous replonge dans l’atmosphère des années 60, en écho à celle de Gainsbourg (et de Prévert) écrite 25 ans plus tôt, quand La femme qui sommeille « Je n’aime des hommes que la part féminine » se fait manifeste.
Romain Didier nous dévoile quand on croit qu’il se dévoile. C’est ce qui fait l’attachement de son public.
Le site du Romain Didier, c’est ici ; ce que NosEnchanteurs en a déjà dit, c’est là. En concert le 27 juillet 2026 à Barjac pour ce même spectacle, puis le 13 novembre à Cancale et le 22 janvier 2027 à Isle pour La Buée des miroirs, de son nouvel album.
Le programme 2026-2027 de la MJC de Venelles est en ligne.
« L’olivier », 2026 (Vidéo Alain Withier MJC Venelles 2026) 
« Je me souviens », 1999 (Concert dans le Lot 2008) 
« Dans ma rue », 2002 (Concert dans le Lot 2008) 
« Je suis canard », 2011 (Vidéo Tranches de scène Eric Nadot 2013) 





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