Off Avignon 2026. Nicolas Paugam, singulier
Nicolas Paugam au Off d’Avignon (photo Agnès André)
12 juillet 2026, L’Arrache-Cœur, Avignon,
Nicolas Paugam est un singulier chanteur. Fallait-il déjà avoir l’idée de « tropicaliser » Brassens — ce qui n’est pas exactement écouter La Mauvaise réputation un sex-on-the-beach à la main, ni chanter Brassens sur des rythmes caribéens ! Le tropicalisme, nous glisse Nicolas Paugam en début de concert, c’est un mouvement culturel et politique né au Brésil dans les années 1970. Plus érudit que ce que l’on ne pensait.
C’est une couleur musicale en tout cas — bossa nova, synthés, guitares électriques — qu’il affectionne (celle de La Délicatesse, paru en 2023) et dont il colore les chansons du Sétois (L’Assassinat, applaudi cette année par la critique) venu le « visiter dans sa chaumière » ardéchoise…
L’histoire de sa rencontre avec Brassens dans ce concert est narrée comme un conte ; on y entre d’autant plus facilement que l’éclairage est peu vif — petit souci technique ; ce jour-là le jeu de lumières a déclaré qu’il ne fonctionnerait pas et Nicolas Paugam s’éclaire d’une lampe de chevet peu agréable pour les yeux des spectateurs, et ne permettant pas d’apprécier le décor prévu dans la mise en scène, mais donnant une petite ambiance « à la chandelle » qui nous rapproche.
Dans cette mise en scène, on se doute que le choix des reprises ne sera pas celui des plus connues (il y en aura quelques-unes) ni des plus inconnues. Cette histoire est racontée par glissements : un mot, une idée de Brassens entendue dans un des enregistrements ou un de ses textes qui nous fait glisser sur une autre chanson, des liens subtils, parfois ténus, parfois très clairs, « par ricochets », avait bien précisé l’artiste en introduction, le long de ce cru personnel. On aime par exemple glisser de la voix de Brassens dans une interview évoquant ses parents à une des chansons de Paugam, La Délicatesse (« C’est pas moi, c’est pas moi, c’est pas moi ! / C’est mon père par endroits »). C’est dans les ricochets entre les deux que ces glissements sont les plus beaux.
Et si en solo l’électrique et les synthés sont moins impressionnants — on se dit qu’en trio, l’autre format de ce concert, ça doit envoyer —, les arrangements le sont néanmoins, voire de temps à autre peu évidents : il faut le suivre sur ses ponts où il nous invite à fredonner ! Tout comme Brassens, il n’est pas évident de le chanter, mais peut-être est-ce ici davantage le fait que le chanteur semble déstabilisé par l’obscurité. L’attention semble en effet se relâcher à mi-chemin ; et les guitares électriques ne nous emportent pas autant que l’on aimerait. Par chance, une des plus connues de Brassens sur laquelle il est aisé de chanter, nous ramène sur son chemin.
Cette rencontre entre Paugam et « le moustachu fumant sa pipe » s’achève sur une de ses chansons. Était-ce une subtile stratégie pour nous faire découvrir ses compositions personnelles au travers du monument Brassens ? En tout cas, ça marche : même pour des non-adeptes de « tropicalisme », ce solo singulier pique la curiosité.
- Agnès ANDRÉ
Le site de Nicolas Paugam, c’est ici ; ce que NosEnchanteurs a déjà dit de lui, c’est là.
► Nicolas Paugam joue à L’Arrache-Cœur à 13 h 40 jusqu’au 25 juillet. (relâche le 22 juillet)




J’aime l’adaptation (je n’ose ici dire la « tropicalisation ») des mots. Voici ce que je trouve sur le Larousse en ligne à propos de « Tropicalisation » (« tropicaliser » étant, selon ce dico, « pratiquer une tropicalisation »). Je ne sais ce qu’en aurait dit ou rit Brassens.
tropicalisation
nom féminin
1. Étude ou préparation d’un matériau ou d’un matériel pour les rendre peu sensibles à l’action d’un environnement de type tropical.
2. Traitement de passivation pour pièces en acier préalablement zinguées ou cadmiées.
Synonyme :
climatisation
3. Évolution biologique des eaux courantes réchauffées par les rejets industriels d’eau chaude.