Spa 2026. Buffet à volonté
Francofolies de Spa, 25 juillet 2026
Depuis 1994, chaque mois de juillet voit les amateurs de musique se rassembler dans les Ardennes belges, pour y célébrer les Francofolies spadoises, petite sœur du renommé festival de La Rochelle. Bon an mal an, en une trentaine d’éditions, tout le gratin de la chanson française est venu fouler les planches de la ville d’eau. C’est dès lors avec un petit pincement au cœur que nous avions découvert le programme de 2026. Si les vedettes que nous chérissons (Laurent Voulzy, Julien Clerc, Michel Jonasz…) y trouvaient leur place, c’était désormais pour des concerts dans la salle du casino, dans une sorte de prélude au Festival proprement dit, baptisé « Les Nuits Francofolies ». On peut le déplorer, mais le constat est indéniable et cruel : les grands noms de la chanson n’attirent plus suffisamment de monde pour remplir le grand espace de la scène principale ! Ainsi va la vie…
Pour assurer une affluence suffisante et vitale, les organisateurs ont donc dû se résoudre à puiser (bien plus qu’à l’habitude !) dans le vivier du rap (avec Gims en haut du podium), de la chanson anglo-saxonne (Sting en grosse tête d’affiche, qui a évidemment affiché complet en 8 jours) et de la variété-Star AC (Matt Pokora et Helena). Why not ? Nul doute que ces artistes ont rempli leur contrat, assuré le show et fait le bonheur du nombreux public rassemblé. Mais avouons que l’identité du festival devient difficile à cerner…
A côté de ces grosses vedettes, accessibles désormais avec un ticket à part, le Parc de 7 Heures abrite toujours le Village francofou. Soit 2 scènes – fort proches, rendant ardu le passage de l’une à l’autre – pour accueillir 9 artistes par jour. Un immense espace est également réservé à la musique électro, tandis qu’une 3ème scène placée hors de l’enceinte du festival permet au public de découvrir gratuitement les artistes en devenir.
Bref, un peu de tout et la sensation tenace d’un festival qui s’est perdu et se cherche sans se retrouver…
********
Quoi qu’il en soit, la journée de samedi a été l’occasion pour moi de goûter au buffet varié du Village francofou.
J’ai commencé en douceur avec Les Remarquables. Soit un groupe cornaqué par la chanteuse belgo-américaine BJ Scott, qui a la particularité d’être composé d’artistes handicapés. On s’en doute : une singulière aventure, qui a trouvé son apogée avec cette représentation devant une foule compacte. Des reprises essentiellement, mais aussi quelques chansons originales, pour célébrer la diversité et l’inclusion. Un beau geste, tant humain qu’artistique.
J’ai voulu pour la suite découvrir un spectacle pour enfants : le chanteur belge Piwi Leman présentait en effet son P’tit bal des orignals dans l’espace-enfants. Un concert acoustique que j’aurais souhaité apprécier à sa juste valeur. Las, la sono de la scène pas loin allait à un tel niveau que le pauvre banjo de notre artiste et ses deux cuillères en guise de percussion ne pouvaient pas faire le poids. J’ai donc lâché l’éponge, partie remise. Honte toutefois aux organisateurs de laisser les artistes se produire dans de telles conditions ! N’était-il pas possible de dénicher un endroit plus retiré où les spectacles jeune public auraient pu se donner sereinement ?
Celle qui a perturbé sans le savoir la prestation de son collègue, c’est Rori, une jeune chanteuse belge qui donne dans la pop vitaminée. C’est frais, mélodique, énergique, entraînant… Et déjà-entendu aussi, hélas. Un brin d’originalité supplémentaire serait le bienvenu.
TeddyBear est également un jeune chanteur belge de 24 ans. Pas encore d’album dans sa besace, mais des chansons disséminées sur les réseaux, qui lui ont permis de se faire remarquer et d’être déjà programmé en première partie de Julien Doré ou de Clara Luciani… L’artiste se classe dans la catégorie des écorchés-vifs, avec toutefois une pointe d’auto-dérision belge qui allège avec bonheur le répertoire. Dans ses chansons proches du rap pour le phrasé, on cherche sa place dans le monde, on s’interroge sur la masculinité, on court après l’amour éternel… C’est encore un peu maladroit et décousu, mais assurément plein de promesses. La presse évoque Stromae et Brel à son sujet, j’y ai pour ma part vu un cousinage évident avec Noé Preszow et, surtout, Eddy de Pretto. Affaire à suivre, quoi qu’il en soit.
Hooverphonic est un groupe super-star en Belgique. Sa notoriété a cependant largement dépassé nos frontières, même si la France semble y résister. La formation d’Alex Callier (le big boss) a éclaté en 2000 avec l’album The Magnificent Tree. Pour fêter les 25 ans de l’opus, le groupe s’est lancé dans une longue tournée-anniversaire, que nous propose donc cette édition 2026 des Francos. La totalité de l’album nous sera jouée. L’occasion de réécouter Jackie Cane et son incroyable riff introducteur, et bien sûr, en point d’orgue, leur célébrissime Mad about you. Concert impeccable de bout en bout, avec 9 musiciens sur scène – dont un quatuor à cordes – pour entourer la chanteuse en longue et classieuse robe noire. Triomphe mérité, tant le talent s’allie au professionnalisme.
Poursuivons avec le liégeois Jérôme Mardaga, qui a repris son pseudo de Jéronimo pour nous présenter son nouvel album, La difficulté des rêves. Un concert qu’il nous introduit comme étant « rock ‘n roll avec juste 2 filles et 4 mecs qui jouent ». Ses nouvelles chansons se mêlent à ses classiques (L’été inoubliable, Mon éternel petit groupe, Comme un fakir…) et le tout nous offre une réjouissante prestation de noisy-rock qui décoiffe et fait du bien par où il passe (tout en écorchant tout de même les oreilles plus sensibles).
Et nous terminons la journée avec le roi des saltimbanques, qui fête ses 50 ans de chansons, le grand Sttellla him-self. Au programme : un florilège évidemment haut en couleurs, où notre vedette entourée de son habituel band se déchaîne sur des rocks costauds (un Les petits pois sont rouges qui arrache d’emblée), du country digne de Nashville (savoureux Haute tension Léon), des airs de synthé vintage (Années 80). Il pousse même le vice, avec Les Mouches, une chanson de ses tout débuts ressortie du placard, de s’offrir une virée bretonnante. Rien de nouveau sous le soleil pour quiconque l’a déjà applaudi, une heure de plaisir et de surréalisme pour qui le découvre. Et de quoi réfléchir avant le coucher, avec ses multiples aphorismes philosophiques, comme Tous les hommes mûrs ne sont pas des maçons ou On n’a rien de moins que les Américains, on aurait même plus en comptant qu’on est moins…
Le site de Piwi Leman, c’est ici .
La page facebook de Rori, c’est ici.
La page facebook de TeddyBear, c’est ici.
Le site de Hooverphonic, c’est ici .
La page facebook de Jeronimo, c’est ici ; ce que NosEnchanteurs en a déjà dit, c’est là.
Le site de Sttellla, c’est ici ; ce que NosEnchanteurs en a déjà dit, c’est là.
Le site des Francofolies de Spa, avec le programme complet, c’est ici.
Les remarquables « Autrement » 
Piwi Leman « Ronge, ronge petit frère Castor » 
Rori « Jalousie » 
Teddy Bear « Enfin bon » 
Hooverphonic « Jackie Cane » 
Jeronimo « Comme un fakir » 
Sttellla « Dracula » 









Commentaires récents