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Mégas salles et p’tit artisanat de chanson

C’était il y a presque trois mois, dans « le plus beau Zénith de France » mais c’est partout pareil, là où on entasse le public pour faire fonctionner la planche à billets…

Sophie Signoret et Axl Mathot : excellents Tit'Nassels (photo d'archives DR)

La scène est grande et eux ne sont que deux, certes avec leur attirail. Elle de petites percus, d’un kazou ou d’autres trucs à faire du bruit avec ; lui avec seulement sa guitare. Leur notoriété est enviable, surtout ici, à Saint-Etienne où ils firent, jadis, leurs débuts. Eux sont d’à côté de Roanne, à l’autre bout du département. Du Théâtre de poche, leur première scène stéphanoise, à ce Zénith, il y a dix ans, cinq albums, et cette franche sympathie qu’ils savent susciter.
Oh, bien sûr, tout ce peuple ne vient pas que pour eux. Mais pour les Ogres de Barback qui les suivent. Et Têtes raides qui fait les finitions. Le concert est déjà bien entamé et le public n’en finit pas de rentrer, souvent sans grande discrétion. C’en est même gênant, irritant, ce flot ininterrompu de spectateurs qui déambulent et s’installent. Pour moins que ça, ça vous gâche un concert, ça vous le ruine, l’anéantie. Bien sûr, tant de gens c’est enthousiasmant. Mais je ne suis pas sûr que de telles salles servent la chanson. Quand vous êtes quatre, cinq, six mille entassés dans un Zénith, dites-moi par quel chemin, en quelle travée peut encore circuler l’émotion ? Comment pouvez-vous être en communion avec l’artiste en scène, lui avec ses p’tites chansons travaillées sur sa petite guitare, quand l’écoute est si contrariée, quand le public d’un groupe ne vient que pour le sien et se fiche éperdument et bruyamment de l’autre, celui qui précède ou celui qui suit. Il y avait, mettons, six mille personnes ce soir-là : ça fait bien sur une bio, ça fait chaud au cœur aux chanteurs mais c’est tout. Il vaut mieux, je crois, dans le confort de chez soi, se poser le laser sur la platine. Et écouter. Je ne suis pas insensible, loin s’en faut, à la quincaillerie musicale des Tit’Nassels, à leurs tit’chansons parfois sans importance mais toujours, toujours sympas. Mais c’est massacre en tel lieu. Non, vraiment, les mégas salles ne sont pas faites pour cela. Pour quoi d’ailleurs sont-elles faites ? Entasser les gens pour faire recette, bizness s’entend. Et les gens s’y entassent, consentants, qui n’y entendent que peu, que pas, moutons de Panurge pour émotion collective. Ça fait peur, ça fait frayeur…
Jadis (mais les moins de trente ans ne peuvent pas connaître…), Raymond Devos exigeait que, dès le début de son spectacle, les portes soient fermées : tant pis pour les retardataires, même munis de leur billet. Et si on faisait ça, y compris dans les Zéniths ? C’est un choix entre le respect des artistes et du public et celui du sacro-saint tiroir-caisse. A votre avis, qui gagne ?

10 Réponses à Mégas salles et p’tit artisanat de chanson

  1. Romain Girod 28 août 2011 à 10 h 04 min

    Là je suis tout à fait d’accord avec tout ça !
    De plus en plus nous ne faisons, ma compagne et moi, que les petites salles pour retrouver les artistes en après concert pour partager et sentir tout ce qu’il y a de caché dans leurs textes et leurs paroles !!

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  2. dousar 28 août 2011 à 10 h 05 min

    Bravo pour votre article, vous parlez dans certains lieux entasser les gens oui, quand dans certains spectacles on ne les mets pas debout, évidemment ça rapporte encore plus…

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  3. andré 28 août 2011 à 12 h 35 min

    Je suis aussi d’accord avec vous, je m’insurge en particulier contre ce qui devient pratiquement une « règle » : les spectacles qui ne commencent jamais à l’heure. Pour ce qui est de la grandeur des salles, j’aimerais bien avoir l’avis des intéressés -en l’occurence ici les Tit’Nassels – mais aussi d’autres artistes pour qui les textes ont au moins autant d’importance que la musique.

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  4. Gilles Liobard 28 août 2011 à 14 h 32 min

    Attirés par l’affiche, nous avions effectivement prévu de faire un tour à St-Etienne début juin pour voir ou revoir ces 3 groupes. Mais au moment de commander les billets, le nom de la salle nous a fait réfléchir… puis renoncer. Aucun regret aujourd’hui à la lecture de ton article.

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  5. Eliane BONUFASSI 28 août 2011 à 15 h 19 min

    Nouvellement parmi vous c’est un régal. J’ai plongé dans vos archives, c’est une mine de renseignements sur des artistes que nous aimons. L’écriture, belle et juste, sert à merveille la chanson. Pour ce qui est des grandes salles je suis bien d’accord avec ce qui est dit, mais dans ma région (06) nous n’avons pas tellement le choix, alors… Et en cherchant bien on peut parfois dénicher quelques bonheurs. Puis-je faire de la pub ? Merci et continuer à nous enchanter.
    Mamynane

    Réponse : Oui, vous pouvez faire de la pub. NosEnchanteurs ça sert à ça aussi. Amicalement, MK

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  6. Odile 28 août 2011 à 17 h 19 min

    Très bon article, pour un sujet malheureusement d’actualité.
    Il y a bien longtemps qu’avec mon cher et tendre, nous nous rendons que dans des petits lieux ,des petites jauges comme dirait l’ami Gary…
    Le respect des artistes et des spectateurs pendant un concert est bien la moindre des choses.

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  7. Melmont 28 août 2011 à 18 h 10 min

    Vaste débat mais après tout dépend de l’alchimie artiste-public, quel que soit le type de salle. J’ai vu des prestations médiocres et constaté l’absence d’émotions dans des petites salles avec des chanteurs ‘indépendants contre le système etc etc gna gna gna’, c’était atroce. J’ai vu Polnareff devant la Tour Eiffel : ambitieux mais aucune émotion. J’ai vu une fois dans ma vie Mouron dans une petite salle sur Marseille -inoubliable, émotion à fleur de peau. J’ai vu Mylene Farmer une fois à Bercy, en 96, inoubliable, émotion à fleur de peau. Méfions nous de ce débat souvent trop tranché qui montre surtout des positions idéologiques qui sont loin d’aider les artistes. Et comme dit Claude Lemesle, on peut déplorer que Leprest ne soit pas connu du chauffeur de taxi qui le conduisit jusqu’à la cérémonie d’enterrement, je rajoute on peut aussi déplorer qu’il n’ait jamais fait le moindre Zenith. Et combien même certaines personnes seraient rentrées tardivement, cet homme avait suffisamment de poigne pour transporter une salle d’émotion.

    (là encore je vais me faire détester par mon propos par certains puristes mais osons, c’est la démocratie)

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  8. Cat 28 août 2011 à 19 h 28 min

    Il faut de tout pour faire le monde de la chanson !

    Je suis une inconditionnelle des « petites salles » (100 à 300 places), voire de celles aménagées en cabaret (le Forum Léo Ferré à Ivry, Thou Bout d’Chant à Lyon, l’Esprit Frappeur à Lausanne, La Septième Vague à La Seyne… et d’autres). La proximité du chanteur, la possibilité de lui parler à la fin du concert, de lui renvoyer une partie de l’émotion qu’il a suscitée, de polémiquer parfois avec lui, d’échanger avec les autres spectateurs, c’est un « plus » qu’on ne peut rencontrer que dans ce genre de lieux.

    Mais il ne faut pas se leurrer, il y a des artistes qu’on n’y verra JAMAIS.
    Ceux qui, justement, ne tiennent pas (plus ?) à dialoguer en direct avec leur public
    Ceux dont la carrière est faite et dont l’entourage tient à préserver les distances entre l’artiste et les « débordements » supposés des « fans » (bouh ! quel vilain mot !)
    Je ne pense même pas à un Johnny Hallyday ou à un Patriiiiiiic Bruel mais aux derniers que je suis allée voir au Zénith de Toulon :
    Je sais bien que jamais je ne pourrai approcher « comme ça » Charles Aznavour, Michel Sardou, Joan Baez ou Alain Souchon. Donc le Zénith, avec ses écrans géants des deux côtés de la scène, sa « grosse mécanique » de son et lumières convient à ce genre de spectacle, pas vraiment « intimiste »
    Quand je suis allée écouter Jeanne Cherhal à Martigues, j’ai même regretté que la salle ne soit pas plus vaste ! Mon diaphragme a bien mis trois jours pour arrêter de vibrer…
    Cette année, j’irai sans doute écouter Julien Clerc… même si je préfèrerais le voir à la MJC de Venelles ! Je pense qu’il ne se contenterait pas des 200 places de la salle, comme le fait pourtant Anne Sylvestre (message pour Éliane, du 06 : elle va passer au Forum Jacques Prévert de Carros le vendredi 10 février)

    D’accord aussi avec André : la politesse des spectateurs, c’est d’arriver à l’heure, mais le public prendrait peut-être l’habitude d’arriver à temps si les spectacles commençaient vraiment à l’horaire indiqué ! C’est l’ennui avec les places numérotées (donc des grandes salles). On est sûr d’avoir SA place et on se permet d’arriver en retard « puisque ça ne commence jamais à l’heure »
    Et je me suis déjà exprimée ici sur ce que je pense de ceux qui partent avant la fin du spectacle…

    Cat

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  9. Axl - Tit'Nassels 29 août 2011 à 14 h 04 min

    Bonjour à tous! André voulait l’avis des intéressés, en voilà 1 sur 2, puisque nous sommes deux sur scène.

    Pour notre part nous l’avons vécu comme une fête plus que comme un moment intime. Il est évident qu’un concert dans une salle pareille ne peut pas être « intime », mais cela n’empêche pas pour autant la communion.
    Nous avons réellement savouré ce moment:
    1) parce qu’il y avait une histoire anecdotique derrière comme le dit Michel,nous avons commencé la scène à St-Etienne il y a 13 ans, il s’agissait de notre 3ème participation à Paroles et musique (2 fois au Magic – 1 fois à Jeanne d’Arc), les programmateurs n’ont pas voulu faire de redite et ont voulu également nous faire plaisir et marquer le coup, car ils nous ont depuis toujours soutenus, ils nous également fait très plaisir aussi en partageant le plateau avec des groupes que l’on affectionne particulièrement

    2) Parce que ça change, et que nous adorons passer d’un théâtre à une mjc, d’un bar à une smac, d’une salle des fêtes à un festival; alors pourquoi se priver de ce genre d’aventure…nous avons la chance de pouvoir éviter la routine dans notre métier en variant les lieux et les publics…et jouer dans un Zénith devant 5000 pers. et bien ça fait parti de l’aventure, des expériences inédites, ça participe au fait que chaque concert est unique.
    Faire des Zénith toute l’année ça m’ennuierait mais faire des théâtres toute l’année ça m’ennuierait aussi.
    3) de par son côté exceptionnel, on ne joue pas tous les jours devant 5000 pers., c’est impressionnant et puis ça flatte bien sûr, ce serait être de mauvaise foi pour n’importe quel artiste que de soutenir le contraire. (Très honnêtement le « ça fait bien sur une bio » on s’en fout éperdument)

    De notre côté, nous n’avons pas ressenti de gêne par rapport au bruit des spectateurs en retard, peut-être parce qu’effectivement c’était très grand et qu’on ne les entendait pas…et que nous étions bien évidemment concentrés sur notre spectacle. Nous avons plus entendu les applaudissements, les rires, voire les sourires des stéphanois.

    Les horaires, eux, ont été respectés à la minute près. Lorsque des artistes partagent un tel plateau et un tel festival pas question de commencer en retard et de mettre en retard tout le monde, il s’agit là de respect.
    Et au cas où , il y a des gens que l’on appelle « régisseur général » qui sont là pour veiller à cela et croyez-moi ils le font avec la plus grande méticulosité.

    Moi non plus je ne vais pas dans les Zénith en tant que spectateur pour les mêmes raisons que vous, je préfère moi aussi les plus petites « jauges ». Ceci dit j’ai été submergé par le concert des Têtes Raides au Zénith…et rien ne pouvait parasiter mon écoute et mes yeux, comme quoi!
    Nous avons tous nos préférences, nos habitudes d’écoute, notre conception de ce qu’est le confort pour assister à un concert, mais nous pouvons aussi être surpris et pris. Pris par l’artiste car il n’y a que lui qui peut générer cela, l’artiste ! qu’il y ait des écrans géants ou pas, 200 ou 5000 pers, chaises ou debout etc…

    J’aime être assis et à l’écoute, mais je crois qu’on peut (même si je ne le pratique pas et que j’ai mis du temps à l’accepter) apprécier un spectacle de chanson (et quand je dis chanson c’est aussi dans le texte, ah…la guéguerre variété française et chanson française…) tout en chantant, en tapant des mains.
    Certes c’est plus difficile pour découvrir un artiste je le concède mais si on le connait déjà et qu’on affectionne ses chansons et qu’on les connait par coeur, pourquoi pas? (parler de mouton de Panurge me parait inapproprié).
    Le disque ou internet permettent également la découverte au préalable du contenu des chansons…

    Pour notre part, étant donné que nous n’étions pas la tête d’affiche, cela nous a permis de jouer devant un public bien plus large qu’à l’habitude, et qui sait, ceux qui nous ont « entendu » pour la première fois viendront peut-être nous « écouter » dans une plus petite salle…Beaucoup de gens sont venus nous voir à la fin du concert en nous disant qu’ils ne nous connaissaient que de nom et qu’ils ont beaucoup aimé et qu’ils ont beaucoup apprécié les les textes…

    Aussi, personne n’oblige qui que ce soit à payer 30,40 ou 50 euros pour aller voir un spectacle dans une salle immense, il s’agit là d’un choix. La preuve en est, plusieurs d’entre vous s’y refusent…c’est un choix, beaucoup d’autres (plus jeunes certainement) se sont certainement privés d’autres soirées pour pouvoir assister à celle-là, c’est un choix aussi. Le monde est régi par l’argent, le monde du spectacle n’y échappe malheureusement pas. « faire de l’argent » et surtout « ne pas perdre d’argent » pour pouvoir recommencer l’année prochaine…cela ne concerne pas que les grosses structures.
    Ce genre de salle plait à un certain public, un autre que vous qui n’a pas les mêmes attentes d’un concert, c’est tout.
    Continuez à fréquenter les petits lieux (car ils ont besoin de vous et les artistes aussi), laissez  » l’autre » public continuer à fréquenter les grandes salles, et nous nous ferons un plaisir de continuer à rencontrer ces deux mondes.
    Enfin, Melmont, vous avez bien fait d’oser, en dernière phrase permettez-moi de vous citer: « …Méfions nous de ce débat souvent trop tranché qui montre surtout des positions idéologiques … »

    Axl (des Tit Nassels)

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  10. andré 30 août 2011 à 14 h 42 min

    Merci à Axl pour sa longue et pertinente réponse.
    Il reconnaît en particulier avoir « la chance de pouvoir éviter la routine ».
    Oui, car s’il est vrai que certains artistes peuvent préférer tel ou tel type de lieu, d’autres n’ont pas vraiment le choix, et d’autres encore aimeraient déjà se produire…où que ce soit !
    A propos de ces artistes de talent dont on n’entend jamais parler, et puisque MK nous autorise à faire de la pub (désintéressée), j’invite les amoureux de la chanson française à aller sur le site de Rémy Long ou sur son myspace pour écouter quelques titres.
    Cordialement

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