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Barbara Weldens, le mâle d’être Femme

Weldens Barbara grand H de l'hommeComment dire ? Les mots manquent pour rendre l’indescriptible état où nous conduit l’écoute de cet album, écrit, composé et chanté par Barbara Weldens. Comme si on nous avait agité une nuit dans l’essoreuse des réflexions, des sentiments, et des sensations de la seule question qui compte : qui suis-je vraiment, au milieu de six milliards et plus d’autres homo homini, sapiens ou habilis, qui suis-je, homme ou femme ?

Comme il semble lui avoir été difficile, à Barbara, d’accoucher non pas du grand H de l’homme, mais de sa propre féminité. Comme il lui en coûte de se dire femme, comme elle se déchire dans son corps, dans sa tête et dans son âme, comme elle s’arc-boute, pourtant combien elle est femme. Pas de celles dont on dit encore une femme, d’un ton méprisant, mais de celles que leurs frères hommes reconnaissent comme une autre eux-mêmes, « Je les entends parfois rire / A la même table / Partager les beaux fruits / De la terre / Je les entends parfois jouir / Dans le même lit / Partager les beaux fruits / De la chair » pour qu’elles disent « Encore, encore ! »

Des chansons d’amour ? Oui, en quelque sorte, mais si vous croyiez tout savoir de lui depuis qu’on en parle, qu’on en chante, vous allez en tomber sur le cul… d’Alice (comprenne qui écoutera). La chanson sur l’absence qui ouvre l’album semble pourtant bien féminine au sens traditionnel, mais la suite bascule  très vite dans une autre dimension « J’ai peur du noir sans toi / Je perds l’espoir sans toi / Et pour conjurer les monstres  / Sous mon lit de ton absence / Je rêve / Que je mange des oiseaux / Je rêve / que je suis un corbeau ». Et puis après avoir dit « Reste, je suis prête à n’importe quoi » la voici qui le libère, refusant l’habitude, la maladie, l’adultère, les enfants… « Je t’aime libre pour toujours »

Le cauchemar de la petite fille de treize ans se peuple d’insectes géants prêts à la transpercer dans cette Purple room qui rappelle tant cette aventure traumatisante «  du sang circulant / Tous les mois à mes / Flancs, s’écoulant / Recyclé, recraché » qu’une symphonie rock digne de la Catherine Ribeiro de Alpes.

Tout est éternel combat entre une virilité sous-jacente, comprise comme une Violence tour à tour revendiquée et dénoncée « Sous les dards des homme décérébrés », un combat, avec tous les mots de la guerre, de la mort, de l’apocalypse jusque dans le jaillissement de L’organique vibration ; et une féminité « ronde et chaude » comme une « suintante symphonie » niée dans sa chair, dans son ventre, cette « outre que j’ai griffé de haine / contre moi », dans ses cuisses, dans ses seins, jusqu’à son « clito desséché… » Dans la hantise de cette ouverture, de cette acceptation de la nature, de l’espèce, de ce désir d’avaler le monde, d’en être partie prenante plutôt que de le conquérir par la force, c’est fureur d’être femme « ma honte, ma faiblesse, ma souillure ». C’est d’une violence inouïe !

Et pourtant la femme finit par avoir le dessus, appelant l’homme capable de l’aimer, « Viens au creux de ma chair / et colle moi un voyage jusqu’au fond des entrailles », ou même capable de ne pas l’aimer, Emu mais digne.

Les mots semblent écrits au sang scarifié, au sang menstruel, la voix se libère, s’arrache, se déchire. Les musiques s’emballent, entre le piano et l’orgue de l’autre Barbara, Hammadi, le violon de Sylvie Rabourdin, le violoncelle de Marion Picot, et les cuivres, saxo de Cédric Riche, trompette de Sébastien Pagès, renforcés par la guitare, le violoncelle électrique, les percussions de Christophe Boucher, et parfois les chœurs. Chaque chanson a son propre arrangement musical, bien différent du seul piano-voix d’origine. Le résultat est  grand’messe rock et baroque, musique de  cabaret expressionniste, parade du cirque de la vie. 

Laissez tourner votre CD sur la platine, vous saurez tout des rêves de Barbara….

 

Barbara Weldens, Le grand H de l’homme, autoproduit/L’Autre distribution 2017. Le site de Barbara Weldens, c’est ici ; ce que NosEnchanteurs a déjà dit d’elle, c’est là. En concert du 20 au 22 janvier 2017 au Bellovidere à Beauvoir (89) puis le 24 aux Poly’sons de Montbrison (42), le 26 à A Thou bout d’Chant à Lyon (69) avant de partir en Chant’appart, en Vendée.

Barbara Weldens a reçu à Tarbes le Pic d’or 2016 et le Prix du public. Ainsi que le Prix de créativité de l’Académie Charles-Cros, qui lui a été remis à la Maison de la Radio (Paris), en novembre 2016.

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4 Réponses à Barbara Weldens, le mâle d’être Femme

  1. patricia 20 janvier 2017 à 19 h 18 min

    J’aime beaucoup tout en étant novateur ça reste dans la tradition les textes sont beaux , la musique aussi et l’interprétation magistrale .Il y a un peu de Barbara avec moins de tristesse et plus de folie .On vivrait dans un monde normal , cela ferait un tabac !

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  2. MARTINE ULLMANN 22 janvier 2017 à 14 h 51 min

    Oh !!!!

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  3. Catherine Laugier 23 septembre 2017 à 19 h 45 min

    Le dernier concert enregistré de Barbara Weldens
    https://vimeo.com/189304765

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  4. Catherine Laugier 9 octobre 2017 à 12 h 27 min

    Barbara nous a quittés tragiquement le 19 juillet 2017
    http://www.nosenchanteurs.eu/index.php/2017/07/20/barbara-weldens-1982-2017/

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